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Kwango : comment MSF organise la riposte contre le choléra à Popokabaka

Riposte par MSF contre le choléra à Popokabaka

Depuis le 1er juin 2026, le territoire de Popokabaka, dans la province du Kwango, est confronté à l’épidémie de choléra. Apparue initialement dans l’aire de santé de Lusanga, la maladie s’est progressivement propagée à plusieurs autres aires de santé. Au 24 août, 864 cas avaient été recensés parmi une population estimée à 285 585 habitants, soit environ 0,3 % de la population, selon les données communiquées dans le cadre de la riposte.

Face à cette situation, Médecins sans frontières (MSF), en appui aux autorités sanitaires, a renforcé la prise en charge des malades. Surveillance épidémiologique, sensibilisation des communautés ainsi que interventions dans les domaines de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement.

L’intervention de MSF s’est structurée en deux phases. La première, dite exploratoire, a consisté à documenter la situation épidémiologique avec les équipes du ministère de la Santé et à confirmer la présence du choléra dans la zone.

Cette phase a été suivie d’une intervention opérationnelle avec la mise en place de structures dédiées à la prise en charge. Un centre de traitement du choléra (CTC) ainsi que six unités de traitement ont notamment été déployés. Les soins y sont gratuits. Les patients bénéficient également d’une prise en charge alimentaire et, selon les besoins, d’un appui au transport.

À l’hôpital général de référence de Popokabaka, le parcours des patients est organisé selon leur état clinique, notamment leur niveau de déshydratation. Cette organisation permet d’assurer une prise en charge adaptée tout en limitant les risques de transmission au sein de la structure.

Un parcours organisé selon le niveau de déshydratation

À l’entrée du CTC, un point de lavage de mains avec de l’eau chlorée constitue un passage obligatoire. À l’intérieur, le centre est compartimenté en plusieurs espaces, notamment pour distinguer les zones à faible risque des zones où sont pris en charge les patients atteints de choléra.

« Déjà, on a la zone verte qui ne représente aucun danger à l’entrée du centre. On l’appelle zone à bas risque. Ensuite, la zone rouge, donc la zone touchée par l’épidémie, où les patients sont pris en charge. Elle est aussi appelée zone de haut risque », explique Innoncent Mogucho Burundi, technicien WASH de MSF.

Dans la salle de triage, chaque patient est évalué selon son état clinique, notamment son niveau de déshydratation. Les personnes présentant une déshydratation modérée et capables de boire sont orientées vers une prise en charge par sérum de réhydratation orale (SRO) et placées sous observation.

« Ceux qui sont aussi dans un niveau acceptable, donc qui ne vomissent pas beaucoup, vont continuer leur traitement ici. Normalement, après deux à quatre heures, ils sont capables de rentrer chez eux. Mais on va réévaluer. S’il y en a qui n’ont pas bien évolué, ils vont rentrer à l’intérieur », explique Materne Tshiribwanwa, responsable médical de Médecins sans frontières dans la riposte contre le choléra à Popokabaka.

En revanche, les patients présentant une déshydratation plus sévère sont directement admis en hospitalisation pour recevoir une réhydratation par perfusion. Une fois leur état stabilisé et leur capacité à boire rétablie, le traitement est progressivement poursuivi par voie orale.

Une prise en charge qui réduit la durée d’hospitalisation

Selon les équipes médicales, le renforcement de la prise en charge et l’amélioration des pratiques ont permis de réduire sensiblement la durée de séjour des patients atteints de choléra.

Avant l’appui de MSF, certains patients pouvaient rester jusqu’à une dizaine de jours dans les structures de santé. Cette durée s’expliquait notamment par une application insuffisante des protocoles de prise en charge et par le manque de formation de certains prestataires.

« Les dix jours, c’est vrai, c’était ça les données, mais là, c’était lié à une mauvaise pratique du protocole. Comme les prestataires n’étaient pas encore formés, ils ne respectaient pas les quantités de liquide, ils ne classaient pas bien les malades et les malades restaient là jusqu’à dix jours », explique Materne Tshiribwanwa.

Selon lui, la prise en charge adéquate d’un cas de choléra ne devrait généralement pas nécessiter un séjour aussi long : « Mais les malades de choléra, c’est maximum trois jours. Quelles que soient les conditions dans lesquelles on est venu, en trois jours, on devait déjà être stable et capable de continuer maintenant à boire à la maison ».

Avec le renforcement du dispositif et une meilleure application des protocoles, les patients passent désormais généralement deux à trois jours au centre de traitement, avant de regagner leur domicile lorsque leur état clinique le permet.

Du traitement des patients à la gestion des déchets

La lutte contre le choléra ne se limite toutefois pas à la prise en charge médicale. La gestion des déchets et des liquides biologiques constitue également un maillon essentiel de la riposte.

Le centre de traitement du choléra (CTC) est ainsi structuré en quatre espaces distincts : une zone à bas risque, qui regroupe notamment les bureaux, la pharmacie et les espaces de repos ; une zone dédiée au triage et à l’observation ; une zone d’hospitalisation ; et enfin un espace réservé à la gestion des déchets et des matières potentiellement contaminées.

Dans cette dernière partie sont notamment assurées la désinfection et la gestion du linge des patients, la prise en charge des corps en cas de décès ainsi que la collecte et le traitement des liquides biologiques, notamment les vomissures et les selles, considérés comme particulièrement à risque dans la transmission du choléra.

En cas de décès, le corps est pris en charge selon les protocoles de prévention et de contrôle des infections, avant d’être remis à la famille dans des conditions visant à limiter tout risque de contamination.

La sensibilisation, autre front de la riposte

La prise en charge du choléra ne s’arrête pas aux soins administrés dans les centres de traitement. À Popokabaka, MSF mise également sur la sensibilisation des patients, leurs accompagnants et des communautés pour réduire les risques de transmission et prévenir les nouvelles contaminations.

Au sein du CTC, les patients reçoivent des conseils sur les comportements à adopter après leur guérison. Les membres de leurs familles et leurs visiteurs sont également sensibilisés aux mesures d’hygiène et aux signes de la maladie nécessitant une consultation rapide.

À leur sortie, chaque patient reçoit notamment un savon de toilette et un savon de lessive, afin de renforcer les premières mesures d’hygiène lors du retour au sein de la communauté.

« Il y a tout un programme ici de promotion de la santé où ils sont accompagnés avec des messages de sensibilisation. Le temps qu’ils sont là, leurs visiteurs, leurs membres de famille sont aussi sensibilisés. Et quand ils sortent, on explique comment ils vont se comporter à la maison », explique Materne Tshiribwanwa, responsable médical de MSF dans la riposte contre le choléra à Popokabaka.

Mais au-delà de la sensibilisation, les équipes de la riposte soulignent l’existence de difficultés structurelles susceptibles de favoriser la persistance de l’épidémie.

« Il y a des éléments structurels, il faut surtout noter que l’eau est un problème ici, les toilettes aussi », relève Materne Tshiribwanwa.

L’accès insuffisant à l’eau potable et les conditions d’assainissement constituent ainsi des défis majeurs dans la lutte contre le choléra. Pour réduire durablement la transmission, les interventions médicales doivent donc être accompagnées d’améliorations dans l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement.

Rapprocher les soins des communautés

Pour limiter les risques liés à l’éloignement des structures de santé et aux difficultés de transport, MSF a également mis en place des points de réhydratation orale communautaires.

Au total, 25 points sont opérationnels à Popokabaka, avec au moins un point dans chaque aire de santé. Leur objectif est de rapprocher la réhydratation des populations et d’éviter que les patients ne parcourent de longues distances sans prise en charge.

Ces points accueillent notamment les personnes présentant les premiers signes de déshydratation. Elles peuvent y recevoir du sérum de réhydratation orale (SRO) avant de poursuivre leur trajet vers un centre de santé ou un centre de traitement. Cette première prise en charge permet de limiter l’aggravation de leur état pendant le déplacement.

Les patients déjà sortis d’un centre de traitement peuvent également y obtenir du SRO complémentaire lorsque le point communautaire est plus proche de leur domicile.

« C’est une approche qui est très valable, surtout quand on a des zones où il y a de nombreux cas, l’accès routier, par exemple, le transport est compliqué. C’est très important de rapprocher le traitement de la communauté utilisatrice », explique Materne Tshiribwanwa.

À Popokabaka, la riposte contre le choléra repose ainsi sur plusieurs leviers : prise en charge médicale, réhydratation orale, hospitalisation des cas sévères, prévention et contrôle des infections, gestion des déchets, sensibilisation, formation des prestataires et rapprochement des soins des communautés.

Mais la maîtrise durable de l’épidémie reste étroitement liée aux conditions de vie des populations. Alors que 864 cas ont été enregistrés au 24 août 2026, l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’adoption des bonnes pratiques d’hygiène demeurent des enjeux majeurs.

James Mutuba