En conclusion de son intervention lors du Space live organisé vendredi 28 août 2026 par Stanis Bujakera Tshiamala, l'opposant Jean-Marc Kabund a été interpellé sur le bilan infrastructurel revendiqué par le pouvoir en place, routes construites, universités et aéroports réhabilités à travers le pays. Interrogé sur le message qu'il souhaitait adresser à une population qui constate ces réalisations, Kabund a d'abord contesté leur ampleur réelle, évoquant, à Kinshasa même, des embouteillages qu'il qualifie de « monstres », qu'il attribue précisément à l'absence d'infrastructures routières suffisantes.
Sur le fond, l'opposant a récusé l'idée qu'une gouvernance puisse s'évaluer à l'aune des seules infrastructures physiques. « La bonne gouvernance ne peut en aucun cas se résumer qu'à la construction des infrastructures », a-t-il affirmé, qualifiant cette approche de réduction du changement à « quelques cartons de ciment ».
Pour Kabund, le changement est un processus global, qui doit reposer sur une vision claire et embrasser l'ensemble des secteurs de la vie nationale. Il a ainsi rappelé que les régimes précédents, celui de Mobutu Sese Seko durant trente-deux ans, comme celui de Joseph Kabila, avaient eux aussi construit des infrastructures, sans que cela n'ait empêché leur contestation ni leur chute.
L'opposant a ensuite déplacé le débat vers des indicateurs macroéconomiques et sociaux qu'il juge plus révélateurs de l'état réel du pays : le produit intérieur brut par habitant, le niveau des salaires minimums, la multiplication des grèves dans l'enseignement, la santé et l'administration publique. Il a cité l'exemple de Bunia, en Ituri, où, selon lui, la population souffre de la faim malgré la présence d'infrastructures universitaires, provoquant un exode vers le Katanga ou Kinshasa des diplômés qui ne trouveraient aucun débouché sur place, les rendant, selon ses mots, incapables de faire bénéficier leur région d'origine de leur formation.
Pour Kabund, ce bilan mitigé explique la réticence du pouvoir à respecter les principes démocratiques, notamment l'organisation d'élections dans les délais constitutionnels.
Il estime que le régime, conscient qu'il perdrait le pouvoir dans un scrutin libre, chercherait à le conserver par la force, en s'appuyant sur les moyens de l'État, dont la Garde républicaine et les services de sécurité. Il a conclu en relativisant l'argument des dix kilomètres de route construits ici ou là, rappelant les besoins du pays, un territoire de 2 345 000 kilomètres carrés nécessitant, selon lui, environ 150 000 kilomètres de routes, pour affirmer que « l'échec est invisible, elle n'est même pas démontrée » de la part du régime en place.