La riposte contre la maladie à virus Ebola connaît des évolutions contrastées dans l’est de la République démocratique du Congo. Alors que l’Ituri, épicentre de l’épidémie, observe une période de 21 jours sans nouveau cas confirmé, le Nord-Kivu continue d’enregistrer des contaminations et voit les partenaires renforcer leur dispositif de prise en charge.
Au 22 août 2026, la RDC comptait 5514 cas confirmés et 2642 décès, selon les données communiquées dans le cadre de la riposte. En Ituri, l’absence de nouveau cas confirmé depuis trois semaines constitue un signal encourageant, mais les autorités sanitaires maintiennent la vigilance.
Cette accalmie intervient alors que plusieurs infrastructures destinées à renforcer la capacité de prise en charge sont en cours de finalisation. Quatre Centres de traitement Ebola sont notamment annoncés à Bunia, Rwampara et Mongbwalu, avec l’appui de plusieurs partenaires, dont Médecins Sans Frontières (MSF), Alima, International Medical Corps et l’OMS.
Le nombre de patients guéris constitue également un élément important dans la stratégie de sensibilisation. À ce jour, sept patients déclarés négatifs par l’INRB ont quitté les structures de prise en charge en Ituri.
Pour le Dr Richard Kitenge, SitAn Manager de la riposte, la stabilisation de la situation dépend désormais largement de l'implication des communautés.
« Ce n'est pas nous qui allons utiliser une baguette magique pour vaincre Ebola. C'est avec l'appui et l'implication de la communauté que nous allons y parvenir. Lorsque la population respecte les mesures de prévention, collabore avec les équipes et ne cache pas les malades, elle nous permet d'assurer la traçabilité et d'intervenir rapidement.»
La situation reste cependant préoccupante au Nord-Kivu, où 714 cas confirmés et 490 décès étaient rapportés au 22 août.
À Beni, MSF renforce son dispositif avec un nouveau Centre de traitement Ebola, tout en intégrant la prise en charge des autres pathologies dans sa stratégie de réponse. L'organisation soutient notamment quatre structures de santé Kanzulinzuli, Malepe, Madrandele et Kasabinyole afin de maintenir l'accès aux soins courants, notamment pour les patients souffrant du paludisme ou d'autres infections.
Cette approche vise à réduire la peur de fréquenter les établissements de santé, dans un contexte marqué par les rumeurs et la méfiance autour d'Ebola.
Pour Albert Stern, coordinateur des urgences de MSF, retarder la consultation peut également avoir de lourdes conséquences pour les patients atteints d'autres maladies.
« La peur de contracter le virus dans les établissements de santé et les fausses rumeurs sur les soins peuvent dissuader de nombreuses personnes de consulter. Chaque heure compte : un diagnostic et un traitement précoce dès l'apparition des premiers symptômes augmentent significativement les chances de survie.»
La stratégie de MSF comprend également le maintien des services de santé sexuelle et reproductive, notamment au bénéfice des femmes enceintes.
Entre l’accalmie observée en Ituri et la persistance de la transmission au Nord-Kivu, la riposte contre Ebola reste donc confrontée à un double défi : maintenir les acquis dans les zones où la situation s'améliore et rapprocher les soins des communautés dans celles où le virus continue de circuler.
Pour les acteurs de la riposte, la surveillance épidémiologique, la prise en charge précoce, la lutte contre les rumeurs et l'adhésion communautaire restent déterminantes pour interrompre durablement les chaînes de transmission.
Freddy Upar, à Bunia