L'annonce d'un dialogue inclusif par le président de la République, Félix Tshisekedi, à l'issue de sa rencontre avec les responsables des confessions religieuses, suscite des interrogations sur l'avenir du processus de Doha, qui traite, sous l'égide de l'État du Qatar, de la crise opposant le gouvernement de la République démocratique du Congo à la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda et qui contrôle de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a tenu à dissiper ces doutes lors d'un briefing de presse organisé vendredi 17 juillet 2026, à l'issue de cette rencontre entre le chef de l'État et les confessions religieuses à la Cité de l'Union africaine.
Interrogé par la presse sur une éventuelle suspension, voire un arrêt du processus de Doha, le ministre de la Communication et Médias, également porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, s'est montré catégorique : « Ce n'est pas suspensif. » Selon lui, les deux démarches sont complémentaires et se poursuivent simultanément. Il a expliqué que le processus de Doha vient en appui à celui de Washington, qui porte sur la crise entre Kinshasa et Kigali.
« Ce n'est pas suspensif. Ça veut dire que nous sommes, comme j'aime beaucoup l'expliquer, dans un dialogue avec le père (NDLR : le Rwanda) à Washington et avec le fils (NDLR : l'AFC/M23) à Doha. Ceux avec qui nous discutons à Doha sont des supplétifs. Je vous ai dit tout à l'heure que les supplétifs, qui doivent leur vie et leur sécurité au Rwanda, ne peuvent pas être en mesure, eux, de décider sans que leur père n'intervienne. Quoi qu'il en soit, il y a un protocole d'accord et un accord-cadre qui ont été fixés. Je crois que les discussions ont été relancées à Montreux » a-t-il indiqué.
Le porte-parole du gouvernement a également fait état de progrès concrets sur le terrain, notamment dans la mise en œuvre du mécanisme de vérification du cessez-le-feu et du processus d'échange de prisonniers entre Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23.
« Au moment où nous parlons, il y a une mission. D'ailleurs, certains de nos officiers se trouvent à Goma dans le cadre de cette mission pour la mise en place du mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Il y a des prisonniers qui sont déjà à Beni. Ils attendent, du côté ougandais, le protocole Ebola, parce que vous savez que la région est touchée par le virus, afin qu'ils entrent à Goma dans le cadre des échanges de prisonniers » a-t-il expliqué.
Dans le même registre, Patrick Muyaya a insisté sur le fait que des avancées sont enregistrées aussi bien dans le cadre des discussions menées sous l'égide des États-Unis que dans celles de Doha.
« Que ce soit du côté de l'accord de Washington, dont je vous ai parlé tout à l'heure avec la réunion du JMS (NDLR : Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité pour l'Accord de paix), ou du côté du processus de Doha, il y a des éléments d'avance qui sont là », a-t-il affirmé.
Le processus de Doha, placé sous l'égide de l'État du Qatar, demeure toutefois confronté à d'importantes difficultés dans la mise en œuvre des engagements pris par les parties, malgré les avancées évoquées par le porte-parole du gouvernement.
Après plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23 peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L'étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique aux négociations, n'a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase n'ont pas été pleinement respectés, tandis que la dégradation de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation. Pendant ce temps, la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda, poursuit les hostilités et consolide ses positions sur le terrain.
Face à cette situation, des voix continuent de s'élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu'à présent, sans effet notable. L'objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d'interpréter les dispositions des accords selon sa propre lecture, rendant leur mise en œuvre toujours plus incertaine.
Clément MUAMBA