Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a évoqué, mardi 7 juillet, la situation sécuritaire dans les Hauts-Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira dans la province du Sud-Kivu, dénonçant ce qu'il présente comme une nouvelle implication du Rwanda dans les tensions persistantes dans l'est de la République démocratique du Congo.
Alors que, fin juin dernier, Kigali et Kinshasa ont tenu à Londres (Royaume-Uni) la réunion de leur Comité conjoint de suivi de l'accord de paix de Washington au cours de laquelle les deux parties se sont engagées à désamorcer les tensions, notamment autour de Minembwe, et à élargir le mandat du mécanisme de vérification du cessez-le-feu, les autorités congolaises accusent le Rwanda de mener des tirs de drones dans cette région du Sud-Kivu à partir de son territoire. Selon Muyaya, cette situation compromet les efforts engagés dans le cadre du processus de paix.
« Vous suivez certainement aussi la situation sécuritaire dans les Hauts-Plateaux, où le Rwanda excelle avec des tirs de drones à partir de son territoire. C'est encore une nouvelle fois une preuve de la mauvaise foi pour ne pas avancer dans le processus qui est prévu, le processus de paix. Mais nos forces armées sont bien mobilisées », a déclaré Patrick Muyaya lors d'un briefing presse.
Dans un contexte marqué par la poursuite des hostilités sur le terrain et les annonces de prise de contrôle de certaines localités de l'Est de la République démocratique du Congo par les rebelles, le ministre a également insisté sur la nécessité de faire preuve de prudence face aux contenus relayés sur les plateformes numériques, estimant que certaines informations pourraient relever de la désinformation.
« Je voudrais aussi attirer l'attention des uns et des autres sur la nécessité de faire preuve de prudence ou des précautions avant de relayer les informations diffusées sur les réseaux sociaux, car elles peuvent parfois relever de la manipulation de l'ennemi. De manière régulière, nous continuerons à vous informer de l'évolution de la situation, y compris sur le terrain » a-t-il ajouté.
Dans cette partie de l'est de la République démocratique du Congo, les hostilités impliquent plusieurs protagonistes. Selon le dernier rapport du Groupe d'experts des Nations unies, les affrontements opposent notamment les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les groupes Wazalendo, les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB) et d'autres groupes alliés, au Mouvement révolutionnaire pour la défense du peuple (MRDP/Twirwaneho) ainsi qu'à l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), soutenue par le Rwanda.
Le rapport des Nations unies exprime également son inquiétude quant au sort des populations civiles, prises au piège des hostilités et exposées aux conséquences des combats entre les différentes parties au conflit. Selon le même document, c'est ce qui entrave considérablement les mouvements de la population ainsi que l'acheminement des produits de première nécessité et de l'aide humanitaire.
En République démocratique du Congo, Minembwe, localité située dans les Hauts Plateaux du territoire de Fizi, au Sud-Kivu, est au cœur de violents affrontements opposant les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés au Mouvement révolutionnaire pour la défense du peuple (MRDP/Twirwaneho) ainsi qu'à l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Sous la médiation conjointe des États-Unis, du Qatar et de l'Union africaine, Kinshasa et Kigali se sont engagés à désamorcer les tensions dans cette partie de l'est de la RDC.
Réuni le mois dernier à Londres, le Comité mixte de surveillance de l'Accord de paix entre la RDC et le Rwanda a exprimé sa vive préoccupation face à l'escalade des combats, aux conséquences des frappes de drones sur les populations civiles et sur le processus de paix, ainsi qu'à l'aggravation de la situation humanitaire dans l'est de la RDC, marquée notamment par l'épidémie d'Ebola en cours.
Dans une déclaration conjointe publiée par le Département d'État américain, les représentants des États-Unis, de la RDC, du Rwanda, du Qatar, du Togo et de l'Union africaine ont souligné l'urgence de prendre des mesures pour garantir le respect du cessez-le-feu. Kinshasa et Kigali se sont notamment engagés à désamorcer immédiatement les tensions, en particulier autour de Minembwe, et à user de leur influence respective auprès de toutes les parties présentes sur le terrain afin d'atteindre cet objectif.
Cette nouvelle séquence de la crise entre Kinshasa et Kigali, en dépit de la signature de l'Accord de paix de Washington, relance le débat sur les écarts entre les engagements pris sur le papier et la réalité sur le terrain. Lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la République démocratique du Congo, Massad Boulos, conseiller pour l'Afrique au sein de l'administration Trump, avait dressé un bilan mitigé de la mise en œuvre de l'accord, relevant que les engagements n'avaient pas été pleinement respectés par les deux parties. Il avait également mis en garde Kinshasa et Kigali sur l'urgence d'honorer leurs engagements afin de préserver la dynamique du processus de paix.
Clément MUAMBA