Prenant la parole lors du live Space organisé lundi soir par Stanis Bujakera Tshiamala, le chercheur Jason Stearns a distingué ce qui est « juste » de ce qui est « possible » dans la résolution du conflit à l'Est de la RDC, plaidant pour une issue négociée faute d'alternative militaire crédible.
« Est-ce que c'est juste que la RDC soit obligée de négocier avec un groupe rebelle ? On va dire non. C'est une invasion injuste », a-t-il d'abord reconnu, avant de nuancer : « dans la résolution des conflits, généralement l'issue possible, c'est souvent simplement la moins injuste [...] elle nécessite toujours des compromis. Parce que, sinon, vous avez simplement une victoire militaire ».
Interrogé sur la capacité de Kinshasa à reprendre militairement l'avantage, Jason Stearns a jugé qu'« il n'y a rien qui est impossible », mais a relevé que « la campagne militaire congolaise est conduite et sous-traitée à des compagnies privées militaires qui sont en train d'aider avec les drones [...] cela a aidé à faire stagner le conflit, mais n'a pas fondamentalement changé le conflit ». Un retrait rwandais, a-t-il ajouté, « changerait aussi les rapports de force sur le terrain ».
Le chercheur a mis en garde contre ce qu'il considère comme « le plus grand danger » actuel : une « certaine complaisance » qui s'installerait chez tous les acteurs — Kinshasa, Kigali et le M23 — face à un conflit qui pourrait « continuer même pendant longtemps », selon lui, parce qu'il « sert aux intérêts » de chacun. « Le M23 est un groupe qui ne voit pas d'avenir à travers la paix. Pour eux la paix signifie leur suicide », a-t-il affirmé.
Jason Stearns a également estimé que certains à Kinshasa pourraient voir dans la poursuite du conflit un moyen de « renforcer la popularité d'un gouvernement qui est en train d'essayer de changer la constitution », tandis que Kigali en tirerait un bénéfice économique direct, citant des exportations rwandaises d'or « de plus de deux milliards de dollars » l'an dernier, « de l'or qui vient de la RDC », a-t-il précisé. Sa conclusion : « il est possible de concevoir une dynamique où ce conflit persiste pendant des années parce que ça sert aux intérêts, sauf de la population locale, évidemment ».