Invité mardi soir au Space organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Christian Lumu, vice-président de la Ligue des jeunes de l'UDPS et membre du comité de suivi pour le Congrès, a détaillé les arguments du pouvoir en faveur d'un changement constitutionnel, allant jusqu'à évoquer un renforcement des prérogatives présidentielles.
Christian Lumu a d'abord rappelé l'opposition historique de l'UDPS au texte constitutionnel de 2006 : « nous n'étions pas d'accord avec cette constitution. On n'avait pas adhéré à ce processus », a-t-il affirmé, rappelant que son parti avait boycotté le référendum, jugeant les conditions de l'époque non réunies. Il a également contesté la légitimité de la « constituante dérivée » ayant façonné le texte, composée selon lui de personnes « issues de belligérance », y compris des représentants de la société civile de l'époque. « Cette constituante dérivée ne dégageait pas la légitimité du peuple », a-t-il tranché, ajoutant que le « oui » au référendum de 2006 aurait été obtenu en agitant la menace d'une reprise de la guerre.
Vingt ans après son adoption, le cadre de l'UDPS juge le texte dépassé : « cette constitution est devenue vieille, elle ne répond plus aux aspirations du peuple, elle ne répond plus aux réalités auxquelles nous faisons face ». Il a listé plusieurs chantiers qu'une nouvelle constitution permettrait d'ouvrir : réforme de la justice, modernisation démocratique, lutte contre la corruption, réorganisation de la décentralisation, évoquant notamment le non-respect de la rétrocession de 40% aux provinces, et surtout une réponse à la crise sécuritaire à l'Est.
Relancé sur un point précis, en quoi la constitution actuelle empêcherait concrètement la fin de la guerre, la bonne gouvernance, la justice ou la démocratie, Christian Lumu a concentré sa réponse sur les mécanismes de déclaration de guerre. Il a estimé que l'obligation de réunir les deux chambres du Parlement en congrès avant toute déclaration de guerre constitue une lourdeur institutionnelle : « il y a beaucoup de gymnastiques dilatoires et cela nous empêche d'y avancer plus rapidement », a-t-il déclaré, ajoutant que certains élus s'opposeraient « farouchement » à une telle démarche, comme ce fut, selon lui déjà le cas avec l'état de siège, contesté par une partie des parlementaires.
Interrogé sur ce que impliquerait concrètement ce changement « d'architecture du pouvoir », Christian Lumu a explicitement évoqué un renforcement de l'autorité présidentielle, citant en référence une proposition portée en 2010 par l'actuel directeur de cabinet de Moïse Katumbi : « débattre sur l'opportunité de changer l'architecture du pouvoir [pour] renforcer le pouvoir du président de la République, de manière efficace », a-t-il affirmé, justifiant cette orientation par le contexte de crise : « personne ne peut empêcher le pouvoir de réfléchir sur l'amélioration pendant que nous faisons face à une situation de crise ».