27 juin 2025 – 27 juin 2026 marque exactement une année depuis que Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, et son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, ont paraphé à Washington, en présence du secrétaire d'État américain Marco Rubio, l'Accord de paix de Washington. Cet accord avait pour objectif de favoriser le retour de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Dans son rapport annuel d'évaluation, le Baromètre des Accords de Paix en Afrique (BAPA), en sa qualité de groupe d'experts indépendants chargé d'évaluer la mise en œuvre de l'Accord de paix de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, rappelle que la signature de cet accord, le 27 juin 2025, a suscité un nouvel espoir de stabilisation dans une région marquée depuis plusieurs décennies par des tensions récurrentes, des conflits armés persistants et une crise humanitaire prolongée.
Selon le BAPA, l'Accord de Washington constitue un cadre ambitieux destiné à s'attaquer aux causes profondes de l'instabilité dans l'est de la RDC, notamment par la neutralisation des groupes armés, le retrait des forces étrangères, le renforcement de la coopération sécuritaire bilatérale et la promotion de l'intégration économique régionale. Il intègre également le CONOPS (Concept d'opérations du plan harmonisé de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda – FDLR – et de désengagement des forces ou de levée des mesures défensives par le Rwanda), élaboré en octobre 2024 dans le cadre du processus de paix de Luanda, sous la facilitation de l'Angola.
Le rapport souligne également que l'Accord de Washington est complété par le processus de Doha, un cadre interdépendant, mais juridiquement distinct, conduit par le Qatar et consacré exclusivement au dialogue politico-militaire entre le Gouvernement congolais et l'AFC/M23, mouvement soutenu par le Rwanda, à l'exclusion des autres groupes armés opérant dans l'est de la RDC.
" Un an après la signature de l'Accord, les progrès enregistrés dans sa mise en œuvre restent globalement limités et inégalement répartis. Dans l'ensemble, sur les 30 tâches identifiées dans l'Accord, 22 ont connu une exécution, à un niveau initial, minimal, intermédiaire ou complet, correspondant à un taux global de mise en œuvre de 35 %, soit 105 points sur 300 ", fait remarquer le Baromètre des Accords de Paix en Afrique dans son rapport annuel.
Le rapport met en évidence plusieurs phases distinctes dans la mise en œuvre de l'Accord de paix de Washington au cours de sa première année d'application. La première, qualifiée de phase de démarrage et couvrant les mois de juillet et août 2025, a été marquée par une progression rapide du taux global d'exécution, passé de 9 % (27,5 points sur 300) à la fin du mois de juillet à 19 % (57,5 points sur 300) un mois plus tard.
Une deuxième phase, entre septembre et novembre 2025, s'est caractérisée par une progression plus modérée. Le taux global de mise en œuvre a ainsi atteint 21,6 % (65 points sur 300) à la fin du mois d'octobre, avant de s'établir à 23,3 % (70 points sur 300) à la fin du mois de novembre.
Cette dynamique a ensuite marqué un net ralentissement avec une phase de stagnation observée entre décembre 2025 et février 2026, période durant laquelle les principaux indicateurs de mise en œuvre sont restés quasiment inchangés pendant trois mois consécutifs.
À partir de la fin du mois de mars 2026, une reprise progressive a toutefois été enregistrée. Entre mars et avril 2026, le taux global d'exécution est remonté à 27,5 % (82,5 points sur 300), avant qu'une phase de consolidation des acquis, observée entre mai et juin 2026, ne permette d'atteindre un taux global de mise en œuvre de 35 % à l'issue de la première année d'application de l'Accord.
" En ce qui concerne le niveau d’exécution des engagements par chaque acteur, la RDC a enregistré une exécution de 18 des 26 tâches relevant de sa responsabilité au titre de l’Accord, correspondant à un score de mise en œuvre de 31,7% (soit 82,5 points sur 260). Quant au Rwanda, 15 des 22 tâches qui lui sont attribuées ont également connu des avancées, représentant un taux d’exécution de 30,6% (soit 67,5 points sur 220)", explique l'Organisation dans son rapport.
Le rapport relève également que la communauté internationale, notamment les États-Unis, le Qatar, la médiation de l'Union africaine ainsi que d'autres partenaires internationaux, a engagé la mise en œuvre de l'ensemble des sept tâches qui lui sont confiées par l'Accord. Son niveau d'exécution est estimé à 53,5 %, soit 37,5 points sur 70, ce qui en fait l'acteur ayant enregistré les avancées les plus significatives au cours de cette première année.
Selon le Baromètre des Accords de Paix en Afrique, les progrès globalement limités observés dans la mise en œuvre de l'Accord s'expliquent par plusieurs facteurs. En premier lieu, un déséquilibre dans les priorités d'exécution a conduit les parties à concentrer leurs efforts sur les volets institutionnel et économique, au détriment de certains engagements sécuritaires jugés essentiels.
À cela s'ajoute un déficit persistant de confiance entre les parties, qui continue de ralentir l'exécution de plusieurs obligations interdépendantes. Le rapport souligne également que les engagements les plus sensibles, notamment les opérations de neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), n'ont commencé à être mis en œuvre qu'à partir de la fin du mois de mars 2026.
Parallèlement, la poursuite des affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l'AFC/M23, mouvement soutenu par le Rwanda, ainsi que les difficultés rencontrées dans l'opérationnalisation du Mécanisme conjoint élargi de vérification Plus (EJVM+), ont considérablement freiné les progrès attendus dans l'application de l'Accord.
Dans son rapport parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD, le Baromètre estime que la persistance d'une crise humanitaire particulièrement préoccupante dans l'Est de la République Démocratique du Congo continue d'affecter l'environnement général de mise en œuvre de l'Accord de paix de Washington.
En dépit de l’existence de l’Accord de Washington et des réunions d’évaluation qui se succèdent, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Cette évolution intervient malgré la multiplication des initiatives diplomatiques censées contribuer à la résolution de la crise.
L’érosion de la confiance entre les parties ainsi que le manque de volonté politique de certains acteurs régionaux, qui freine la mise en œuvre effective des engagements pris, demeurent des défis majeurs pour les médiateurs, notamment les États-Unis d’Amérique et l’État du Qatar. Ces derniers sont appelés à poursuivre leurs efforts en faveur d’une issue à la crise sécuritaire actuelle, marquée par la présence de la rébellion de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent jusqu’à présent sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage hypothétique.
Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent toujours à accorder leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.
Clément MUAMBA