Déplacés internes et réfugiés congolais : le gouvernement mise sur l'autonomisation, les retours volontaires et revendique un rôle actif dans leur assistance malgré d'énormes défis

Déplacés de Rutshuru au Nord-Kivu
Déplacés de Rutshuru au Nord-Kivu

Face à la persistance de la crise humanitaire en République démocratique du Congo, le gouvernement entend désormais privilégier une approche axée sur le relèvement et l'autonomisation des populations déplacées plutôt que sur une assistance d'urgence prolongée. C'est ce qu'a déclaré la ministre d'État, ministre des Affaires sociales et Actions humanitaires, Eve Bazaiba, lors d'un briefing presse tenu jeudi 18 juin 2026 à Bunia, en Ituri, aux côtés de ses collègues Patrick Muyaya, ministre de la Communication et Médias, et Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé publique, de l'Hygiène et de la Prévoyance sociale.

Selon la ministre d'État Ève Bazaiba Masudi, l'assistance humanitaire classique ne peut constituer une solution durable pour les millions de déplacés internes que compte le pays. Pour le gouvernement, cette nouvelle orientation repose sur l'approche dite du " nexus ", qui combine les dimensions humanitaire, développement et paix.

"Désormais, l'intervention humanitaire en faveur des déplacés internes s'inscrit davantage dans une logique de relèvement. Nous ne voulons plus maintenir durablement les populations dans une situation de dépendance à l'aide humanitaire. Certaines personnes finissent par s'y habituer et même les habitants des quartiers voisins se déplacent parfois lors  des distributions des biens, nous estimons qu'il est temps d'aller au-delà de l'assistance d'urgence "a déclaré Ève Bazaiba Masudi au nom du gouvernement

Et de poursuivre :

"Nous nous inscrivons désormais dans une approche dite « nexus », qui associe l'humanitaire, le développement et la paix. Lorsqu'il existe des déplacés, cela signifie qu'il y a une cause à leur déplacement. En parallèle de l'aide humanitaire, nous travaillons également à résoudre ces causes. Chaque fois qu'une zone retrouve la stabilité, pacification, nous encourageons les retours volontaires. Il ne s'agit jamais d'une obligation. Nous cherchons à convaincre les populations concernées de rentrer lorsque les conditions le permettent"

La ministre a souligné que les retours vers les zones d'origine ne sont envisagés que lorsque les conditions sécuritaires le permettent et demeurent strictement volontaires.

"Chaque fois qu'une zone retrouve la stabilité, nous encourageons les retours volontaires. Il ne s'agit jamais d'une obligation. Nous cherchons à convaincre les populations concernées de rentrer lorsque les conditions le permettent, lorsque les premiers retournés constatent que leur situation est meilleure chez eux que dans les sites des déplacements, celà encourage progressivement d'autres familles à faire le même choix", a-t-elle expliqué dans son intervention.

Elle a cité les exemples d'Uvira et de Kalemie où des initiatives de retour ont déjà été engagées à la faveur de l'amélioration de la situation sécuritaire.

"C'est notamment ce que nous avons commencé à faire pour les réfugiés, vous avez vu qu'après le retour progressif de la paix à Uvira, plusieurs réfugiés ont commencé à rentrer. La même démarche est engagée à Kalemie, j'y étais personnellement, nous avons commencé à organiser des retours volontaires pour les déplacés internes originaires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Qu'il s'agisse de déplacements internes ou de réfugiés à l'étranger, le principe demeure le même : le retour doit être volontaire", a indiqué la ministre, ajoutant que ces retours sont accompagnés de kits de réinsertion et de relance destinés à faciliter la reprise des activités économiques et sociales.

Formation et entrepreneuriat pour les jeunes déplacés

En Ituri, le gouvernement travaille avec l'Institut national de préparation professionnelle (INPP) et l'UNICEF afin de favoriser l'insertion socio-économique des jeunes déplacés. Après une période de formation, les bénéficiaires sont orientés vers l'apprentissage de métiers susceptibles de leur garantir une autonomie financière.

Le gouvernement prévoit également de soutenir la création de coopératives et de petites entreprises portées par les jeunes déplacés.

"Pour ceux qui ont été déscolarisés pendant plusieurs années et qui ne savent parfois ni lire ni écrire, nous organisons des programmes de rattrapage scolaire et d'alphabétisation. Après six mois de formation, ils bénéficient d'un apprentissage professionnel afin de leur permettre d'acquérir un métier et de devenir autonomes. Ces initiatives seront complétées par des programmes d'entrepreneuriat des jeunes.  Nous souhaitons les accompagner dans la création de coopératives et de petites, moyennes entreprises afin qu'ils puissent progressivement assurer leur propre prise en charge ", a déclaré la ministre d'État, Ève Bazaiba.

Et d'ajouter :

"Nous ne voulons pas les abandonner. Nous avons constaté que les zones accueillant d'importantes populations déplacées connaissent souvent une augmentation de la mendicité, des problèmes sociaux et parfois de la criminalité urbaine, nous voulons donc rompre ce cycle grâce à des programmes d'autonomisation. Entre-temps, l'assistance humanitaire continue naturellement d'être fournie".

Une assistance aux réfugiés congolais à l'étranger

Eve Bazaiba a également mis en avant l'implication de la RDC dans l'assistance apportée à ses ressortissants réfugiés à l'étranger, une démarche qu'elle présente comme peu courante au regard des pratiques internationales. La ministre a reconnu que les besoins humanitaires demeurent considérables malgré les efforts consentis par le gouvernement de la République

"Il faut également tenir compte du fait que la République démocratique du Congo est aujourd'hui l'un des rares pays à avoir adopté certaines dispositions particulières en matière d'assistance à ses ressortissants déplacés ou réfugiés. Dans le droit international humanitaire, les mécanismes d'assistance aux réfugiés relèvent généralement des pays d'accueil et des organisations spécialisées, il est interdit, il n'est pas permis aux pays d'aller aider ses ressortissants qui sont dans un autre pays pour raison de sécurité", a-t-elle expliqué.

Et d'ajouter :

"Mais grâce à des accords particuliers conclus avec le HCR et certains États hôtes pour la prise en charge des congolais qui sont à l'étranger et nous faisons aussi de la même manière. À ce stade, la RDC a intégré le circuit des donateurs, nous sommes le pays donateur actuellement, nous nous occupons non seulement de nos congolais déplacés internes mais aussi des réfugiés qui sont à l'extérieur en donnant des vivres et des non vivres, ce qui n'est pas chose facile compte tenu de toutes les pressions que nous recevons de partout par rapport à cette crise humanitaire, Je pense qu'il est important de souligner ces actions menées par le gouvernement même si cela demeure insuffisant au regard des besoins, le gouvernement agit".

Un suivi hebdomadaire de la situation humanitaire

Selon Eve Bazaiba, la question humanitaire fait désormais l'objet d'un suivi régulier au plus haut niveau de l'État

"Comme l'a rappelé le ministre de la Communication, le président de la République a instruit que chaque vendredi, lors du Conseil des ministres, un point complet soit présenté sur la situation humanitaire à travers tout le territoire national ainsi qu'à l'étranger en ce qui concerne les ressortissants congolais. L'objectif est de permettre au gouvernement d'apporter une réponse adaptée à chaque situation, nous sommes néanmoins confrontés à de nombreux défis", a indiqué Ève Bazaiba Masudi.

Alors que les crises se multiplient simultanément dans plusieurs provinces, notamment en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Tanganyika et dans le Haut-Uele, la ministre assure que le gouvernement poursuit ses interventions malgré l'ampleur des défis.

"Pendant que nous gérons les situations en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu ou encore au Tanganyika, d'autres urgences surviennent simultanément ailleurs dans le pays Haut-Uele mais c'est le rôle de l'État, et nous poursuivons notre travail", a rassuré la ministre d'État Ève Bazaiba Masudi.

En raison d'un grave manque de financement, le gouvernement de la RDC et la communauté humanitaire ont lancé, le 28 janvier 2026 à Kinshasa, un appel de 1,4 milliard de dollars pour répondre aux besoins humanitaires du pays. Ces fonds sont destinés à soutenir des millions de personnes touchées par une crise humanitaire persistante. Faute de ressources suffisantes, l'aide en 2026 sera limitée à 7,3 millions de bénéficiaires, alors que près de 15 millions de personnes ont besoin d'une assistance et d'une protection vitales.

Clément MUAMBA