Ebola en RDC : le ministre de la Santé exhorte les partenaires à centraliser les données sur les financements au sein de la coordination unique de la riposte pour une meilleure traçabilité des fonds 

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Patrick Muyaya, Roger Kamba et Gaby Kasongo

Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a appelé les partenaires de la République démocratique du Congo à renforcer la coordination et la transparence dans la gestion des financements destinés aux interventions sanitaires, notamment dans le cadre de la riposte contre Ebola qui sévit dans l’Est du pays.

Lors d’un briefing conjoint tenu jeudi 18 juin 2026 à Bunia, dans la province de l’Ituri, avec le ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya, le ministre de la Santé a insisté sur la nécessité d’une approche commune entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers.

S’adressant directement aux partenaires, Samuel Roger Kamba a rappelé que, dans l’opinion publique, la population tient d’abord les autorités gouvernementales responsables de la réponse aux crises. D’où son appel à une meilleure harmonisation des interventions et une plus grande visibilité dans la gestion des ressources financières mobilisées.

"Je voudrais dire un dernier mot, cette fois-ci, je parle aux partenaires parce-que en fait, quand nous venons à cet exercice de redevabilité, c’est nous qu’on met devant, c’est nous qu’on contrôle. Et quand on parle des millions, c’est nous qu’on regarde en disant : “Mais oui, on a entendu hier le président Macron parler d’un milliard de dollars du G7. On a entendu les Américains parler de 500 millions de dollars. Mais cet argent est où ?”. Tout le monde est d’accord : un plan, un budget, une équipe. Je voudrais vraiment demander à tous nos partenaires qu’ils s’alignent, parce que c’est nous qui répondons devant notre population", a-t-il insisté lors de son intervention.

L’expérience d’Ebola de 2018 comme référence 

Samuel Roger Kamba est également revenu sur la précédente épidémie d’Ebola de 2018 en RDC, rappelant l’importance d’une traçabilité claire des ressources mobilisées. Le ministre a regretté que les investissements réalisés ne soient pas toujours visibles après les interventions.

"Quand je dis qu’il y a eu 1,2 milliard de dollars dépensés dans Ebola en 2018, au début les gens ne le croyaient pas, jusqu’à ce que la Banque mondiale fasse une étude qui a prouvé qu’on avait réellement dépensé 1,2 milliard de dollars. On n’a même pas laissé une petite pancarte à Goma pour dire : “Ici, il y avait Ebola.” Même pas une pancarte", a-t-il déploré.

Vers une coordination unique des financements 

Face aux nombreux chiffres annoncés autour de la réponse humanitaire et sanitaire, le ministre souhaite une centralisation des informations afin d’éviter les incompréhensions. Selon lui, cette démarche permettra au gouvernement de mieux répondre aux préoccupations des institutions de contrôle et de la population.

"Donc, je répète :là encore, on entend beaucoup de chiffres. Et je voudrais que tous ces chiffres nous soient rapportés, notamment au niveau de la coordination unique, parce que c’est un plan, un budget, une équipe pour que nous sachions qui a fait quoi exactement. Il ne faut pas qu’on entende des millions, des millions et des millions, puis qu’on nous pose la question, par les députés ou par d’autres, et que nous-mêmes nous répondions : “Mais ces millions sont où ?” », a-t-il interpellé lors de sa communication.

Le ministre de la Santé a enfin fait le point sur les ressources déjà reçues par son département dans le cadre de la riposte. Il a toutefois précisé que les besoins restent importants et que la mobilisation des partenaires demeure nécessaire pour assurer une réponse efficace face aux urgences sanitaires.

"En tout cas, moi, je peux vous dire qu'au ministère de la Santé, nous avons reçu 20 millions du gouvernement. Nous avons reçu 2 millions de l’Africa CDC. Nous attendons encore 30 millions du gouvernement. Pour le reste! ", s'est-il exclamé dans son intervention.

La résurgence de la 17ᵉ épidémie d’Ebola dans l’Est de la RDC, notamment en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ainsi que l’épidémie signalée en Ouganda, a entraîné une vague d’annonces de financements et de promesses de dons de la part de partenaires régionaux et internationaux. Cependant, malgré l’existence d’un plan de riposte évalué à 518 millions de dollars, les fonds effectivement décaissés restent en deçà des besoins. À ce jour, la réponse est principalement soutenue par les contributions du gouvernement congolais, de certains États partenaires et de plusieurs organisations engagées dans la lutte contre Ebola en RDC et en Ouganda.

En date du 17 mai 2026, soit deux jours après la déclaration officielle de l'épidémie en République démocratique du Congo, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé l'épidémie d'Ebola causée par le virus Bundibugyo, qui s'est propagé de la RDC vers l'Ouganda, comme une urgence de santé publique de portée internationale (PHEIC).

Selon l'OMS, l'épidémie a connu une expansion géographique importante et son ampleur réelle pourrait être sous-estimée. La situation est notamment aggravée par la forte mobilité des populations, la fragilité des systèmes de santé, l'insuffisance des infrastructures sanitaires ainsi que les difficultés d'accès à certaines zones touchées par les conflits.

À ces défis s'ajoute l'absence, à ce jour, de vaccin homologué et de traitement spécifique contre le virus Bundibugyo. Malgré ce contexte préoccupant, les autorités congolaises demeurent optimistes et s'appuient sur l'expérience acquise lors des seize précédentes épidémies d'Ebola que le pays est parvenu à maîtriser.

Clément MUAMBA