La République démocratique du Congo a plaidé pour une mise en œuvre ambitieuse de la justice réparatrice en faveur de l’Afrique et des personnes d’ascendance africaine, lors de la Conférence consultative de haut niveau sur la mise en œuvre de la résolution A/RES/80/250 de l’Assemblée générale des Nations Unies, consacrée à la traite transatlantique des esclaves africains et à la justice réparatrice.
Prenant la parole à Accra, au Ghana, lors de ces assises tenues du mercredi 17 au vendredi 19 juin 2026, la Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la diaspora, Mme Thérèse Kayikwamba Wagner, a salué l’adoption de cette résolution comme une étape majeure dans la reconnaissance d’une tragédie historique.
"L’adoption de la résolution reconnaissant la gravité exceptionnelle de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains constitue une étape importante", a-t-elle déclaré soulignant que cette reconnaissance répond "à la vérité historique, à la mémoire collective et surtout à la dignité des hommes et des femmes dont la vie a été profondément marquée par ces injustices".
Pour la cheffe de la diplomatie congolaise Thérèse Kayikwamba, la reconnaissance internationale ne peut toutefois constituer une finalité. "La reconnaissance ne peut donc constituer une fin en soi. La mémoire sans justice demeure incomplète. Elle reste une blessure ouverte. La justice sans action demeure une promesse non tenue" a-t-elle affirmé dans son discours
La RDC rappelle l’impact historique de la traite sur son territoire
Dans son intervention, Mme Kayikwamba Wagner a insisté sur la place particulière de la République démocratique du Congo dans cette histoire.
"Pour notre pays, l’histoire de l’esclavage ne se limite ni à une côte, ni à une route, ni à un siècle", a-t-elle expliqué, rappelant que les territoires correspondant aujourd’hui à la RDC ont été touchés par plusieurs formes de traite.
Elle a évoqué notamment l’implication historique du Royaume du Kongo et de l’Afrique centrale occidentale dans la traite transatlantique, ainsi que les conséquences de la traite orientale dans l’est du Congo au XIXe siècle.
"Cette prédation prolongée et multidirectionnelle a laissé des conséquences qui ne peuvent être mesurées uniquement en chiffres. Elles se mesurent en familles séparées, en communautés déracinées, en sociétés déstabilisées et en générations privées du droit de construire leur propre destin", a-t-elle déclaré.
Une justice réparatrice tournée vers l’avenir
La ministre congolaise a également lié la question des réparations aux défis contemporains du continent africain. Selon elle, " la justice réparatrice ne concerne donc pas uniquement le passé. Elle concerne aussi la construction d’un avenir plus juste".
Elle a souligné que l’Afrique doit pouvoir bénéficier pleinement de ses ressources naturelles et participer pleinement à la définition de son propre développement.
"Le droit des peuples africains à bénéficier pleinement de leurs ressources et à déterminer eux-mêmes leur développement", constitue, selon elle, un élément essentiel de cette justice.
Vers un mécanisme international de réparation
La RDC a exprimé son soutien à la création d’un fonds international pour la justice réparatrice sous l’égide des Nations Unies et en coordination avec l’Union africaine.
"Les réparations ne peuvent être réduites à une simple question financière", a précisé Mme Kayikwamba Wagner. Elles doivent également inclure " la restitution du patrimoine culturel africain, la préservation des lieux de mémoire, le transfert de connaissances et de technologies, un accès équitable aux financements du développement ainsi que le renforcement des capacités institutionnelles".
Elle a également appelé à un mécanisme régulier de suivi de la résolution A/RES/80/250 à travers des rapports périodiques des Nations Unies.
Un appel à une nouvelle responsabilité internationale
La Ministre d’État congolaise a appelé à dépasser les déclarations de principe. Pour la RDC, la justice réparatrice doit devenir un engagement collectif fondé sur « la vérité, la dignité et la responsabilité ».
"La véritable mesure de cette conférence ne résidera pas dans la force de nos discours, mais dans le courage de leur mise en œuvre. Que la mémoire conduise à la réparation, que la réparation soutienne le développement et que le développement serve la justice, la paix et la prospérité partagé", a souligné Mme Thérèse Kayikwamba Wagner.
Après l’adoption par l’ONU d’une résolution reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme un crime d’une gravité exceptionnelle, des pays africains et de la Caraïbe se sont réunis à Accra, au Ghana, du 17 au 19 juin, afin de définir une démarche commune en faveur de la justice réparatrice. Les participants ont notamment réclamé des excuses officielles, la création d’un fonds de réparations ainsi qu’une réforme des institutions internationales afin de répondre aux conséquences historiques de l’esclavage.
Proposée par le Ghana au nom de l’Union africaine, cette résolution avait recueilli 123 voix favorables, dont une majorité provenant des pays du Sud. Plusieurs pays européens s’étaient abstenus, tandis que les États-Unis, Israël et l’Argentine avaient voté contre. Ces assises font suite à l’adoption, le 25 mars, par l’Assemblée générale des Nations Unies, d’une résolution reconnaissant la traite transatlantique et l’esclavage comme « le crime le plus grave contre l’humanité » et ouvrant la voie à des discussions sur les réparations.
Elles interviennent également dans un contexte marqué par la situation sécuritaire en République démocratique du Congo, confrontée à l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23. Kinshasa profite ainsi de différentes tribunes internationales pour plaider sa cause et appeler à la reconnaissance des crimes commis sur son territoire depuis plus de trois décennies.
Clément MUAMBA