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Minembwe : Ruberwa dénonce une « logique de guerre » et interroge les priorités sécuritaires de l'État congolais

Minembwe sur la carte

Poursuivant son intervention lors du Space live organisé vendredi par Stanis Bujakera Tshiamala, l'ancien vice-président Azarias Ruberwa est revenu longuement sur les origines du groupe d'autodéfense Twirwaneho, sur les responsabilités dans la poursuite des combats à Minembwe, et sur ce qu'il perçoit comme un traitement inégal des différentes zones sous contrôle armé en RDC.

Twigwaneho, un groupe né il y a neuf ans face à l'avancée des groupes armés

Azarias Ruberwa a rappelé la genèse de Twirwaneho, né selon lui il y a neuf ans, à une époque où il siégeait encore au gouvernement et où les questions sécuritaires de l'Est faisaient l'objet d'un suivi hebdomadaire en Conseil des ministres. Il a décrit une région, de Minembwe aux plateaux de Rurambo, Bibokoboko, Kamombo et Mibunda, progressivement investie par des groupes armés, situation qui aurait motivé la naissance de ce mouvement d'autodéfense, chargé selon lui d'assurer la sécurité du plateau pendant plusieurs années.

Une coalition motivée par les ressources minières, selon Ruberwa

L'ancien vice-président a affirmé que la situation s'était dégradée après le retrait des forces gouvernementales de Bukavu et d'Uvira, et celui des combattants du M23 de cette dernière ville, provoquant selon lui la formation d'une coalition armée visant à conquérir la région pour ses ressources, or, diamants, cassitérite, coltan, plutôt qu'à répondre à un enjeu sécuritaire réel. Il a estimé que la population de Minembwe se trouvait, dans ce contexte, directement ciblée, et a reconnu que Twirwaneho avait dû se rapprocher du M23 pour assurer sa protection, tout en jugeant qu'un tel état de guerre permanent ne pouvait perdurer indéfiniment.

Une comparaison avec les accords de Lusaka de 1999

Interrogé sur les violations répétées du cessez-le-feu, Azarias Ruberwa a établi un parallèle avec l'accord de cessez-le-feu de Lusaka de 1999, estimant qu'il ne s'agissait « de rien de nouveau » : selon lui, un cessez-le-feu s'impose à toutes les parties dès lors qu'il est signé, et un gouvernement ne saurait s'en prévaloir tout en poursuivant les hostilités sur le terrain. Il a évoqué les négociations en cours à Genève, après plus d'une année de pourparlers au Qatar, insistant sur la nécessité de la volonté politique pour restaurer une véritable « culture de la paix ».

Un État absent de la zone ? Ruberwa réfute le lien avec une dérive incontrôlable de l'autodéfense

Confronté à la question de savoir si le recours à un groupe d'autodéfense pour assurer la sécurité de Minembwe traduisait une forme d'absence de l'État dans la région, et si ce dispositif risquait de dériver vers un acteur armé incontrôlable, Azarias Ruberwa a jugé la question incohérente. Il a fait valoir que Minembwe n'est qu'une commune rurale, alors que Bukavu et Goma, bien plus peuplées, restent sous contrôle de groupes armés sans susciter, selon lui, la même préoccupation prioritaire de la part des autorités. Il a appelé à considérer la RDC « comme un tout », plutôt que de cibler une population en particulier, y voyant un manquement à une gouvernance et un leadership censé traiter l'ensemble des populations de manière égale.

Une accusation de ciblage ethnique du dispositif militaire

Poussant plus loin cette critique, Azarias Ruberwa a directement mis en cause la logique des opérations militaires en cours, s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles Bukavu ou Goma, plus peuplées, ne font pas l'objet des mêmes bombardements que Minembwe. Sa réponse : selon lui, cette différence de traitement s'explique par la présence, à Minembwe, de la population banyamulenge, avec toute la charge de suspicion qui, selon lui, l'entoure. Il a néanmoins concédé que le rétablissement de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national relevait d'un droit légitime pour Kinshasa, tout en estimant que ce rétablissement devait résulter des négociations en cours, à Genève notamment, et non d'une tentative d'imposer la paix par la force, une logique qu'il a jugée applicable à toutes les parties au conflit, y compris à M23 ou à Twirwaneho eux-mêmes s'ils cherchaient à imposer une issue militaire plutôt que négociée.

Un appel à la cohérence dans la conduite des opérations

Azarias Ruberwa a conclu cette partie de son intervention en pointant ce qu'il considère comme une incohérence stratégique : selon lui, tant que les troupes gouvernementales et leurs alliés ne quittent pas Bukavu et Goma, l'insistance à vouloir soumettre par la force la population de Minembwe, perchée à plus de 3 000 mètres d'altitude, ne répond à aucune logique militaire ou sécuritaire cohérente, de nombreuses autres localités échappant, selon lui, aux mêmes pressions.