Maniema : tensions politiques, un bureau d'âge installé à l'Assemblée provinciale

Bâtiment de l'Assemblée provinciale du Maniema/Ph. ACTUALITE.CD

La crise institutionnelle au Maniema franchit un nouveau palier. Après une série de pétitions visant l’ensemble de ses membres, le bureau de l’Assemblée provinciale, dirigé par Junior Kibungi Mutanga, a cédé la place, ce mercredi 13 mai, à un bureau d’âge. Une transition qui intervient dans un climat de haute tension politique, exacerbé par l’affaire de l’interpellation du gouverneur.

C'est désormais officiel. La direction administrative de l'organe délibérant a procédé, ce mercredi, à l'installation du bureau d'âge. À sa tête, le doyen d’âge, l’honorable Gaspard Kalukula Lutaka, élu de Punia. Il est secondé par deux membres les moins âgés, conformément au règlement intérieur de la chambre.

Ce nouveau directoire dispose d’une mission précise et d’un délai de dix jours pour vider les contentieux visant les cinq membres du bureau sortant : le président Junior Kibungi Mutanga, le vice-président Théophile Buleli Docta, le rapporteur Papy Omeonga Tchopa, le rapporteur adjoint Nehemie Kangakolo et le questeur Assani Noelos.

Aussitôt installé, le président du bureau d’âge, Gaspard Kalukula, a affiché sa détermination à sortir l’institution de l’impasse. Pour lui, l’urgence est de restaurer la crédibilité de l’Assemblée, mise à mal par les récents incidents en séance plénière.

« Nous ressentons le poids de la responsabilité et de la lourde tâche que la province vient de nous confier pour redorer l’image de notre chambre, qui avait tendance à être ternie. Dès maintenant, nous avons commencé le travail », a déclaré le député Kalukula Lutaka.

Le calendrier est déjà fixé : les invitations pour la prochaine séance plénière ont été lancées dès ce mercredi, respectant le délai de 48 heures requis. « Vendredi, nous allons statuer sur l’analyse cas par cas de chaque pétition et nous allons dégager un consensus. Que la population soit calme », a-t-il ajouté, martelant que l'intérêt général devait primer sur les différends politiques.

Une chute sur fond de « guerre des chiffres »

Cette déchéance collective fait suite au dépôt, le lundi 11 mai, de pétitions visant l'ensemble du bureau. Si l'« incompétence » est officiellement reprochée au président Junior Kibungi, les griefs contre les quatre autres membres n'ont pas encore été divulgués.

Toutefois, personne à Kindu n'ignore le déclencheur de ce séisme : la plénière houleuse du vendredi précédent. Le vote sur l'interpellation du gouverneur Moïse Kabwankubi avait tourné au fiasco lorsque le rapporteur du bureau avait publiquement contredit le décompte des voix annoncé par le président Kibungi. Ce désaveu en direct avait scellé la rupture de confiance entre les élus et leur bureau.

Le Maniema s'enfonce dans une zone de turbulences inquiétante. Alors que huit des députés favorables à l'interpellation du gouverneur auraient déjà rejoint Kinshasa, la procédure de contrôle parlementaire semble s’être enlisée dans les méandres administratifs. L'interpellation aurait été signifiée au Gouverneur sans qu'une plénière formelle ne vienne confirmer les modalités, une situation inédite.

Pour de nombreux analystes locaux, le blocage est total. Entre un exécutif sous pression et un législatif qui se cherche une nouvelle tête, le fonctionnement de la province du Maniema est aujourd'hui suspendu aux conclusions du bureau d'âge attendues pour la fin de la semaine.

Chadrack Londe, à Kindu