Les ADF poursuivent leurs tueries dans l’Est de la République démocratique du Congo. Selon les données sur la situation du mois de février 2026, révélées par le Baromètre sécuritaire du Kivu, malgré une légère baisse du nombre de victimes civiles par rapport au mois de janvier, les ADF sont restés le groupe le plus meurtrier dans la zone couverte par le projet KST.
Selon le rapport consulté samedi 21 mars 2026, ils ont tué au moins 56 civils au cours du mois de février, dont 32 en territoire de Lubero (le centre de gravité habituel des massacres ces derniers mois), 23 en territoire de Beni et un en territoire d’Irumu. Les ADF sont également responsables de l’enlèvement d’au moins seize civils et ont été impliqués dans cinq affrontements contre les FARDC et les Wazalendo.
S’agissant du territoire de Mambasa, le Baromètre sécuritaire du Kivu révèle que ce territoire a connu plusieurs mouvements de troupes des ADF, mais relativement peu d’exactions, hormis la collecte de paiements pour des « jetons » et les taxes d’exploitation que les rebelles imposent aux populations locales depuis novembre 2025. Ailleurs, les ADF ont continué à commettre des tueries, notamment des embuscades sur les axes secondaires fréquentés par des motos, ainsi que des destructions d’infrastructures civiles.
"Lors d’une attaque ADF au village Mamove, le 1er février, deux hommes ont été tués, et 10 maisons d’habitation ainsi que 57 boutiques et dépôt de marchandise ont été incendiées. Le 3 février dans le territoire de Beni, les ADF ont tué quatre agriculteurs sur le tronçon Oicha-Mamove, à Malibo. Les assaillants ont également brûlé huit motos. Le même jour, les ADF ont fait une incursion au village Mulolya où ils ont tué huit civils dont une femme. Le 5 février, les ADF ont fait une incursion dans la commune d’Oicha, où ils ont tué deux hommes et brûlé quatre motos au quartier Mabasele avant de se retirer. Au village de Mangadu, les ADF ont tué cinq personnes, dont une femme, le 10 février. Le 12 février, sur l'axe routier Mbau-Mandumbi, deux motocyclistes ont été tués par des ADF à Ilimba. Les assaillants ont aussi brûlé leur moto"lit-on dans le rapport
D’après le Baromètre sécuritaire du Kivu, à Mambimbi et Boti, le 6 février, au moins 16 personnes ont été tuées par les ADF, qui ont également incendié sept maisons. Ces incursions ont provoqué un déplacement massif de la population locale, et de nombreuses autres personnes sont portées disparues. Le 7 février, les corps de six des personnes enlevées ont été retrouvés décapités, et le 10 février, quatre corps supplémentaires ont été découverts.
Le Baromètre sécuritaire du Kivu rappelle qu’en date du 27 février, dans le territoire d’Irumu, des combattants ADF ont attaqué une position des FARDC au village Machongani, sur l’axe Luna–Komanda. Le bilan fait état de deux militaires des FARDC tués. L’épouse d’un militaire a également été tuée sur le coup, tandis qu’une autre est décédée des suites de ses blessures par balle et qu’une troisième a été grièvement blessée. Lors de cette attaque, les assaillants ont récupéré une arme appartenant aux FARDC et ont également incendié deux motos avant de se retirer.
La RDC reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans, et la violence ne faiblit pas en dépit des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise menées depuis mai 2021.
Cette problématique était au cœur de la rentrée parlementaire lundi 16 mars 2026 à Kinshasa. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji, a demandé au gouvernement d’accorder plus d’attention au phénomène ADF et d’en faire l’objet de démarches internationales, comme c’est le cas pour la crise liée à la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
M. Boji suggère même que la problématique des ADF soit portée auprès des États-Unis, garants des accords de Washington, alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo et l’armée ougandaise mènent des opérations conjointes contre cette menace dans la région. La poursuite des massacres dans cette partie du pays relance le débat sur l’efficacité de ces opérations conjointes, menées depuis près de cinq ans sans impact réel sur le terrain, en dépit du satisfecit des autorités congolaises et ougandaises.
Selon les données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), en 2025, les membres des ADF ont été responsables de 465 atteintes ayant fait 1 749 victimes, dont 344 femmes et 129 enfants, dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de la Tshopo. Les exécutions sommaires représentent 46,45 % des atteintes (216 cas), suivies des atteintes à l’intégrité physique, 24 % (111 cas), et des atteintes au droit à la propriété, 15 % (71 cas).
Clément MUAMBA