Congo Airways : situation toujours précaire avec des risques juridiques et financiers pour l’État actionnaire, Tshisekedi exige un plan de relance réaliste 

Congo Airways
Congo Airways/Ph. ACTUALITE.CD

La situation de la compagnie d’aviation nationale Congo Airways SA demeure préoccupante et critique, en dépit des tentatives de relance initiées à plusieurs reprises par le gouvernement, rendant davantage onéreux le transport aérien au regard de la faible présence des compagnies aériennes en République démocratique du Congo.

Abordant ce dossier lors de la 83e réunion du Conseil des ministres tenue le vendredi 20 mars à la Cité de l’Union africaine, le président Félix Tshisekedi a indiqué avoir été saisi du rapport de la mission d’enquête mixte composée de l’Inspection générale des finances (IGF), du Conseil supérieur du portefeuille et de l’Autorité de l’aviation civile, diligentée en décembre 2025. Cette mission visait à examiner les faits dénoncés par le collectif des agents et à évaluer la régularité, la conformité ainsi que la performance de la gestion administrative, financière et opérationnelle de l’entreprise.

D’après le chef de l’État Félix Tshisekedi, cité dans le compte rendu de la réunion, il ressort que, malgré les efforts engagés dans le cadre du plan d’urgence de relance de cette entreprise dont il avait instruit le financement lors de la 111e réunion du Conseil des ministres du 15 septembre 2023 et qui avait été évoquée à la 3e réunion du 28 juin 2024, Congo Airways demeure confrontée à de graves dysfonctionnements, compromettant toute relance efficace et durable.

Pour le président de la République Félix Tshisekedi, cette détérioration de la situation fait peser sur l’État actionnaire des risques juridiques, financiers et réputationnels élevés.

"La situation est d’autant plus préoccupante qu’en l’absence d’une planification rigoureuse et d’un renforcement substantiel de la gouvernance, elle pourrait compromettre le processus de renouvellement de la flotte aérienne récemment acquise par la Caisse nationale de sécurité sociale au sujet de laquelle toute la lumière devra être faite sur les modalités d’acquisition, de financement et de capitalisation au sein de Congo Airways", rapporte le compte rendu de la réunion.

Pour le président Félix Tshisekedi, il est également attendu que l’État congolais s’acquitte de ses obligations financières envers cette entreprise, notamment par le paiement des droits dus, afin de lui permettre de mobiliser les ressources nécessaires à sa relance.

Tirant les conséquences de ces conclusions, le président de la République a instruit le Vice-Premier ministre, ministre des Transports et Voies de communication, le ministre des Finances ainsi que la ministre du Portefeuille, sous la supervision de la Première ministre et avec le concours des autres ministères et organismes publics concernés, de produire un plan de relance actualisé, réaliste et rigoureusement encadré sur le plan financier.

Le garant de la Nation et du bon fonctionnement des institutions de la République a tenu à souligner que ce plan devra être assorti de mécanismes clairs de contrôle interne, de conformité réglementaire, d’audits approfondis, de gestion des ressources humaines et de reporting institutionnel régulier à l’État actionnaire.

"Ces instruments devront constituer les bases d’une restructuration profonde de la gouvernance managériale de l’entreprise, en vue de restaurer la discipline de gestion, renforcer la redevabilité des dirigeants, améliorer la transparence dans la prise de décision et aligner les pratiques internes sur les standards de bonne gouvernance. Ils devront également permettre de définir un modèle de gestion optimal fondé sur la performance, la soutenabilité financière et l’efficacité opérationnelle, garantissant la viabilité durable de l’entreprise, sa compétitivité sur le marché du transport aérien et la préservation des intérêts stratégiques de l’État actionnaire", a recommandé le Président Félix Tshisekedi.

Il ne s'agit pas de la première tentative du gouvernement de relancer la compagnie aérienne nationale, Congo Airways, ni des premières observations du Chef de l'État, Félix Tshisekedi, sur sa situation précaire. Il y a deux ans, le gouvernement avait déjà examiné un dossier relatif à la proposition de renouvellement de la flotte de Congo Airways SA. Lors de la 6ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 19 juillet 2024, le Vice-Premier ministre, ministre des Transports, Voies de Communication et Désenclavement, Jean-Pierre Bemba Gombo, avait rappelé les mesures envisagées pour assurer la relance de la compagnie nationale.

Selon Jean-Pierre Bemba Gombo, le business plan sur cinq ans prévoyait l’acquisition, en location ou en achat, de trois avions de type A320. Cette initiative devait permettre de résoudre simultanément la perte du certificat de transport aérien (CTA) et celle de l’agrément IATA, dont la date butoir était fixée au 16 septembre 2024. La compagnie nationale Congo Airways SA n'a finalement pas perdu son CTA ni son agrément IATA à cette date, un moratoire lui ayant été accordé par l’Association du transport aérien international (IATA). C’est ce qu’a révélé le Vice-Premier ministre dans une note d’information présentée le vendredi 20 septembre 2024 lors de la 14ᵉ réunion du Conseil des ministres, tenue à la Cité de l’Union Africaine.

Lors de la 111ᵉ réunion du Conseil des ministres, le Chef de l'État, Félix Tshisekedi, est revenu sur la situation du transport aérien, actuellement marquée par un déséquilibre croissant : la demande pour les trafics domestiques augmente, tandis que l’offre reste précaire en raison de l’inexploitation des lignes internationales. Cette situation entraîne un manque à gagner important pour la République démocratique du Congo, qui n’utilise pas pleinement son portefeuille de droits de trafic international, pourtant garanti par plus de 52 accords aériens, au profit des compagnies étrangères.

Clément MUAMBA