L’Organisation des Nations Unies, à travers le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), tire la sonnette d’alarme sur la dégradation continue de la situation sécuritaire et humanitaire dans plusieurs territoires de la province de l’Ituri.
Dans son rapport couvrant la période du 1er au 31 mai 2026, dont une copie est parvenue à la rédaction de ACTUALITE.CD ce 17 juin 2026, l’agence humanitaire met en évidence la vulnérabilité persistante des populations civiles face aux attaques des groupes armés ainsi que les risques croissants en matière de protection.
Dans le territoire d’Aru, les incursions répétées d’acteurs armés étrangers le long de la frontière avec le Soudan du Sud continuent d’exposer les populations civiles à des enlèvements, des violences physiques et des actes de pillage. Selon OCHA, ces attaques provoquent des déplacements préventifs de populations vers la brousse et renforcent les préoccupations liées à la protection des civils dans les localités frontalières.
"Entre les 11 et 12 mai, plus de 70 civils auraient été enlevés dans les villages d’Ulendere et d’Arile, situés dans la zone de santé d’Adi. Quelques semaines plus tard, le 31 mai, trois autres personnes auraient été kidnappées dans le village de Nyangbare, d’après des sources locales", explique le rapport de l'Agence de l'ONU.
Face à cette situation, les acteurs de la protection plaident pour un renforcement des mécanismes de protection des civils dans cette zone frontalière particulièrement exposée.
Dans le territoire de Djugu, l’annonce d’un cessez-le-feu par un groupe armé actif dans la région, le 14 mai dernier, n’a pas permis d’améliorer durablement la situation sécuritaire. Les violences ont rapidement repris, accentuant les risques pour les populations civiles, notamment les personnes déplacées vivant dans les sites de déplacés et les communautés d’accueil.
Des affrontements ont été signalés autour de Bule les 22 et 23 mai. Selon le rapport de OCHA, ces combats ont causé la mort d’au moins une personne et fait dix blessés parmi les déplacés du site de Plaine Savo. Plusieurs habitations ont également été incendiées lors de ces violences.
Par ailleurs, entre le 15 et le 28 mai, au moins onze personnes déplacées ont été tuées à proximité des sites de Plaine Savo et de Rhoe, illustrant la persistance de l’insécurité dans cette partie de l’Ituri.
L'Agence de l'ONU en charge de la situation humanitaire souligne que ces incidents s’inscrivent dans une dynamique similaire à celle observée au cours du mois précédent, marquée par l’exposition continue des civils aux violences armées. Les personnes déplacées demeurent particulièrement vulnérables, aussi bien à l’intérieur des sites que lors de leurs activités de subsistance.
La situation humanitaire en Ituri demeure préoccupante, marquée par une insécurité persistante, des déplacements massifs de populations et une crise aiguë en matière d’alimentation et de santé. Les attaques des groupes armés ont déjà provoqué la fuite de milliers de personnes dans les territoires de Djugu et d’Irumu, aggravant les besoins en vivres, soins médicaux, abris, eau et protection. À ces défis s’ajoutent des épidémies, notamment de rougeole et de Mpox, ainsi que les dégâts causés par des catastrophes naturelles.
Tout comme dans le Grand Nord, l’Ituri reste confrontée aux attaques répétées des ADF, un groupe armé à l’origine essentiellement ougandais. Actifs depuis près de trois décennies dans l’est de la RDC, les ADF ont prêté allégeance en 2019 au groupe État islamique, qui les présente désormais comme sa branche en Afrique centrale. Malgré les opérations militaires conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise, la menace persiste.
Outre l’activisme des ADF, la province est également minée par des tensions intercommunautaires déjà explosives.
La pénurie de financements humanitaires au niveau international a considérablement affecté la réponse sur le terrain. De nombreuses voix s’élèvent pour appeler le gouvernement à combler ce déficit budgétaire, à rétablir la paix et à assumer pleinement sa responsabilité dans la prise en charge des déplacés. Ces appels insistent également sur la nécessité de renforcer la présence militaire afin de restaurer l’autorité de l’État et de faciliter le retour des populations dans leurs villages.
Clément MUAMBA