Francine Muyumba annonce la publication imminente de son ouvrage qui appelle la RDC à « sortir de la diplomatie du spectacle pour un art de l'action et de la souveraineté »

Francine Muyumba annonce la sortie de l'ouvrage "Pour une diplomatie congolaise source de prospérité nationale et de rayonnement international"
Francine Muyumba annonce la sortie de l'ouvrage "Pour une diplomatie congolaise source de prospérité nationale et de rayonnement international"

Dans un contexte où la République démocratique du Congo fait face à guerre menée par la rébellion de l’AFC/M23 qui occupe de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les fronts militaire et diplomatique sont généralement considérés comme des réponses appropriées pour répondre à la crise. À Kinshasa, la voie diplomatique semble être priorisée par les dirigeants congolais, d’où l’engagement du pays dans différentes initiatives de paix, à savoir les processus de Luanda et de Nairobi, jusqu’à l’émergence, ces derniers mois, des initiatives pilotées par Washington portant sur la crise entre Kinshasa et Kigali, et l’autre menée à Doha concernant la crise entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23.

Si certains dirigeants s’en félicitent et louent ce qu’ils qualifient de « diplomatie agissante du chef de l’État », d’autres, en revanche, voient des insuffisances dans la politique diplomatique de la RDC. C’est notamment le cas de l’ancienne sénatrice Francine Muyumba, qui plaide pour une diplomatie congolaise au service de la prospérité nationale et du rayonnement international.

Elle a lancé cet appel dans son nouvel ouvrage intitulé « Pour une diplomatie congolaise source de prospérité nationale et de rayonnement international ». Elle y appelle à rompre avec une « diplomatie du spectacle », et plaide pour une refonte stratégique afin de faire de la diplomatie un véritable levier de puissance, de souveraineté et de prospérité pour la République démocratique du Congo.

« La République Démocratique du Congo traverse une heure de vérité. Malgré les discours officiels, malgré les communiqués de presse de la "communauté internationale" que nos dirigeants accueillent trop souvent avec une naïveté déconcertante, une question brutale s'impose à chaque Congolais : Pourquoi, en dépit de prétendues victoires diplomatiques, rien ne change concrètement sur le terrain ? La réponse est amère, la diplomatie ne se réduit pas à des postures, à des photos de sommet ou à des coups de boutoir sans lendemain. Elle ne se gagne pas dans l'émotion, mais dans la puissance », a-t-elle indiqué dans une note rendue publique ce lundi 16 février.

Après cinq années à la tête de la Commission des Relations extérieures du Sénat, elle dit avoir pu observer de l'intérieur, les limites d'un système qui s'essouffle à réagir au lieu d'agir. Pour Francine Muyumba, la République Démocratique du Congo a confondu l'agitation avec l'influence.

« La diplomatie est un art agissant ; elle exige une compréhension froide des rapports de force, une restructuration radicale de notre appareil diplomatique et, surtout, une fin de la complaisance envers ceux qui nous bercent de promesses stériles. Parce qu'une critique sans alternative n'est qu'un reproche vain, j'ai décidé de soumettre à la Nation un outil de rupture pour une diplomatie congolaise, source de la prospérité nationale et du rayonnement international », a-t-elle souligné.

L’ouvrage est préfacé par le Professeur Emmanuel Caulier, directeur de la collection "Diplomatie et Stratégie" chez L'Harmattan et avocat au Barreau de Paris.

Selon l'ancienne Sénatrice élue de la province du Haut-Katanga, cet ouvrage, qui sera disponible dans un mois, n'est pas une publication académique de plus mais plutôt un manifeste pour un changement de paradigme.

« Je propose une refonte globale pour que notre diplomatie cesse d'être une charge pour l'État pour devenir le levier de notre économie, le bouclier de notre intégrité territoriale et le moteur de notre influence réelle. Il est temps de passer d'une diplomatie de sollicitation à une diplomatie de puissance. La RDC ne doit plus subir les agendas extérieurs ; elle doit imposer les siens. J'offre ce travail à chaque Congolais de bonne volonté, pour qu'ensemble, nous cessions d'être les spectateurs de notre propre destin », a confié Francine Muyumba.

Malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.

Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, viennent de reprendre une nouvelle fois après un longue période au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Clément MUAMBA