Marche de l’espoir : de la conquête de la démocratie à une répression sanglante, 34 ans déjà ! 

Marche de Lamuka ce samedi 16 octobre 2021 à Kinshasa
Marche de Lamuka ce samedi 16 octobre 2021 à Kinshasa

Le 16 février 1992, des milliers de manifestants, chrétiens catholiques, protestants et orthodoxes, descendaient dans les rues de Kinshasa lors de ce qui était appelé la "marche de l’espoir". Leur objectif : réclamer la réouverture de la Conférence nationale souveraine (CNS), suspendue un mois plus tôt par le Premier ministre de l’époque, Jean Nguz Karl-I-Bond. 34 ans après, retour sur l’un des épisodes les plus marquants et tragiques de l’histoire récente de la RDC. 

La CNS, ouverte le 7 février 1991, visait à établir les bases d’une transition démocratique au Zaïre, évaluant sans complaisance la situation politique du pays afin de tracer le chemin vers la démocratie et le changement social. Sa fermeture, le 19 janvier 1992, avait été justifiée par le Premier ministre par le coût élevé des travaux et la surreprésentation de certaines provinces parmi les délégués. 

Face à cette décision, intellectuels et prêtres catholiques avaient mobilisé la population pour une manifestation pacifique, malgré l’interdiction des autorités. Chaque manifestant a été invité à ramener une bougie, un rameau ou un chapelet. Dans les rangs des manifestants, si les chrétiens sont très représentés, la marche réunit toutes les confessions.

Une répression sanglante

La marche, qui avait rassemblé des dizaines de milliers de Kinois, a été dispersée dans une violence inouïe. Les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur les manifestants, avec des tirs à bout portant.

Le bilan de la répression de cette marche diverge. L’archidiocèse de Kinshasa a publié une liste de seize blessés graves et de vingt et une personnes mortes par balle, mais les organisations de défense des droits humains, telles que la Voix des Sans-Voix pour les droits de l’Homme (VSV), évoquent au moins 35 victimes, tandis que d’autres sources non officielles avancent la centaine. Dans plusieurs quartiers, des manifestants tentant de se réfugier dans les églises ont été poursuivis et agressés par les forces armées.

D’après les témoignages de l’époque, pendant que les policiers postés en première ligne ouvraient le feu sur les manifestants, d’autres éléments placés en retrait s’empressaient à récupérer et à dissimuler les corps. Cette méthode a complètement bouleversé le décompte des victimes de ce 16 février 1992. 

Malgré ce bain de sang, la pression populaire et internationale a contraint le régime de Mobutu Sese Seko à rouvrir la CNS en avril 1992, désormais « Souveraine ». La Conférence aboutit à l’élection d’Étienne Tshisekedi comme Premier ministre du gouvernement de transition le 15 août 1992 et se clôtura en décembre, avec un projet de constitution et un calendrier électoral jetant les premières pierres d’une démocratie encore inachevée.

Les leçons d’hier et les défis d’aujourd’hui

Trente-quatre ans après cette répression, les chrétiens de la RDC continuent de faire face à des obstacles pour faire entendre leur voix devant le pouvoir. 

Dans un contexte où le pays est confronté à des crises sécuritaires persistantes, notamment dans sa partie Est, des négociations de paix sont en cours, et le dialogue national reste au point mort. Le gouvernement continue de refuser de prendre part au dialogue politique national proposé par l’ECC-Cenco, baptisé « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », soulignant les difficultés persistantes des acteurs civiques et religieux à peser sur la gouvernance et la résolution des crises.

La “marche de l’espoir” demeure pourtant un symbole fort de la lutte pour la démocratie en RDC. Si les martyrs de l’indépendance du 4 janvier 1959 ont été célébrés pour avoir libéré le pays du joug colonial, ceux du 16 février 1992 ont payé de leur vie la quête de droits et de libertés civiques. Aujourd’hui, cette mémoire devrait servir d’avertissement et d’inspiration : la démocratie reste un chantier inachevé, et l’engagement citoyen, pacifique et déterminé, demeure indispensable.

James Mutuba