Guerre dans l’Est de la RDC : à Addis-Abeba, l’Afrique du Sud condamne la poursuite des annexions territoriales de l’AFC/M23 et insiste sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale

Évariste Ndayishimiye prend les commandes de la présidence tournante de l'UA en remplacement de João Lourenço
Évariste Ndayishimiye prend les commandes de la présidence tournante de l'UA en remplacement de João Lourenço

Silencieux depuis un certain temps sur la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, Matamela Cyril Ramaphosa, chef de l’État sud-africain et actuel président par intérim de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) depuis le retrait de Madagascar, a profité du cadre offert par le 39ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine pour aborder la question.

Intervenant lors des travaux de délibération en marge de ces assises, qui se tiennent du samedi 14 au dimanche 15 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie, Matamela Cyril Ramaphosa a exprimé sa préoccupation face à la détérioration de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, en dépit des initiatives diplomatiques engagées, et a condamné la poursuite des conquêtes territoriales menées par la rébellion de l’AFC/M23.

Au nom de son pays, il a pris acte du rapport sur l’état de la paix et de la sécurité sur le continent et s’est dit préoccupé par l’aggravation des conflits, des guerres et de l’instabilité en Afrique. L’Afrique du Sud a réaffirmé son engagement indéfectible en faveur de la vision d’une Afrique pacifique, prospère et intégrée, telle que définie dans l’Agenda 2063.

"L'Afrique du Sud est préoccupée par la situation sécuritaire et humanitaire qui prévaut dans l'est de la République démocratique du Congo, malgré plusieurs processus de médiation et de paix. Nous réaffirmons que l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la RDC doivent être préservées et respectées. Nous condamnons la poursuite des annexions territoriales par le M23/AFC dans les provinces du Kivu et de l'Ituri. Ces actions illégales doivent être fermement stoppées. L'Afrique du Sud a assumé le rôle de mécanisme régional de supervision pour la RDC et la région, et durant notre mandat, nous travaillerons avec tous les pays signataires de l'Accord-cadre pour trouver une solution durable à ce conflit prolongé", a déclaré le Président Sud-africain lors de son intervention publiée également sur son compte X.

Bien plutôt ce sommet et dans le cadre des efforts africains, la République d’Angola a proposé l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et le groupe armé M23 à partir de midi mercredi 18 février, avait annoncé la présidence angolaise. Cette proposition qui fait suite à une rencontre tenue  à Luanda entre le président angolais João Lourenço, le président congolais Félix Tshisekedi, le président togolais Faure Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine, et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, représentant des anciens chefs d’État désignés par l’UA comme facilitateurs du processus de paix en RDC, a été approuvée par la RDC alors que l'AFC/M23 qui ne se reconnaît pas dans cette rencontre préfère s'accrocher au processus de Doha mené sous l'égide de l'État du Qatar. 

La Présidence angolaise a précisé par ailleurs que l’annonce du début de la phase préparatoire du dialogue intercongolais, appelée à se dérouler à Luanda, interviendra en temps utile. Cette dynamique diplomatique a été précédée par une réunion de haut niveau tenue à Lomé, au Togo, le 17 janvier 2026, consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Initiée par Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil des ministres de la République togolaise et médiateur principal désigné par l’Union africaine pour l’est de la RDC, cette rencontre a réaffirmé sa volonté de travailler en étroite coordination avec les États-Unis et le Qatar, afin d’encourager les différentes parties à honorer leurs engagements.

La dynamique africaine qui ne veut plus être attentiste intervient dans un contexte où malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.

Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, viennent de reprendre une nouvelle fois après un longue période au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Clément MUAMBA