Pour Tshisekedi, seule une articulation cohérente et complémentaire entre les initiatives internationales et les mécanismes africains permettra d’aboutir à une stabilisation durable de la région des Grands Lacs 

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Après l’échec du processus de Luanda mené par João Lourenço de l’Angola, les initiatives de Washington et de Doha demeurent les deux volets diplomatiques complémentaires visant à résoudre la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. L’accord de Washington cible la médiation entre la RDC et le Rwanda, tandis que le processus de Doha, sous l’égide de l’État du Qatar, se concentre sur le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, gestionnaire de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu.

Ces efforts, appuyés par la médiation de l’Union africaine, dirigée par Faure Gnassingbé, président du Conseil du Togo, bien qu’ambitieux, peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Revenant sur ces initiatives diplomatiques ce samedi 31 janvier 2026, devant les ambassadeurs et diplomates lors de la cérémonie d’échange des vœux, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité d’une articulation cohérente de ces initiatives pour maximiser leur impact sur le terrain.

"Cette dynamique africaine constitue un levier politique destiné à accompagner, harmoniser et consolider les deux processus en cours, sans s’y substituer, afin d’en garantir la crédibilité, la cohérence et l’impact sur le terrain.La République Démocratique du Congo demeure convaincue que seule une articulation cohérente et complémentaire entre les initiatives internationales et les mécanismes africains permettra d’aboutir à une stabilisation durable de la région des Grands Lacs. C’est avec cet esprit de continuité, de coopération sincère et de lucidité que notre pays poursuivra son action, afin que les avancées diplomatiques se traduisent en résultats concrets pour la sécurité, la stabilité et la protection de nos populations", a déclaré Félix Tshisekedi.

Selon le président congolais, l’année écoulée a, à cet égard, marqué un tournant à travers des démarches engagées pour prévenir l’embrasement régional et réaffirmer le primat du droit. 

"L’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2773 a constitué une étape majeure : pour la première fois, les responsabilités dans la crise à l’Est de la République Démocratique du Congo ont été établies de manière explicite, dissipant toute ambiguïté sur la nature de cette agression et sur les obligations qui en découlent. Cette clarification a été consolidée par la résolution 2808, adoptée le 19 décembre 2025, renouvelant jusqu’au 20 décembre 2026 le mandat de la MONUSCO en réponse à la dégradation persistante de la situation sécuritaire, notamment marquée par la résurgence du M23", a-t-il indiqué.

Pour Félix Tshisekedi, ce mandat réaffirmé met un accent prioritaire sur la protection des civils en danger immédiat, le soutien aux processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) des membres des groupes armés, l’assistance à la réforme du secteur de la sécurité (SSR) et l’appui aux institutions congolaises, ainsi que le soutien à l’instauration et à la consolidation d’un cessez-le-feu permanent, y compris à travers l’accompagnement des mécanismes de suivi issus des processus politiques.

"Nous saluons, à cet égard, l’engagement de la communauté internationale à accompagner la République Démocratique du Congo dans la protection des civils et la stabilisation des zones affectées. Ainsi, la résolution 2773 a posé les bases d’un cadre politique et juridique clair, fondé sur la vérité des faits, la responsabilité des acteurs et la protection des populations, cadre qui a été par la suite consolidé et prolongé par la résolution 2808. C’est dans ce contexte de clarification et de mobilisation internationales renforcées que s’inscrit la dynamique diplomatique ayant conduit à la signature de l’Accord de Washington du 27 juin 2025". 

Par ailleurs, M. Tshisekedi a tenu à  saluer à cet égard, l’implication directe du Président Donald J. Trump, dont l’engagement a permis de créer les conditions politiques nécessaires à l’ouverture, puis à l’aboutissement de ce processus, dans le respect du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité.

Cette inertie diplomatique ne cesse de favoriser  la poursuite de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur dans la crise congolaise, l’Angola opère actuellement un retour progressif et discret dans le dossier. Luanda a relancé des consultations élargies, multipliant les contacts avec la quasi-totalité des parties prenantes impliquées dans la crise. En dehors de l'Angola, le Togo vient d’organiser une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs

Clément MUAMBA