Grands Lacs : la commissaire européenne à la préparation et à la gestion des crises Hadja Lahbib attendue en RDC, Rwanda et au Burundi pour une mission humanitaire

Le site des déplacés de Lushagala
Le site des déplacés de Lushagala

Dans moins de deux semaines, la commissaire européenne à la préparation et à la gestion des crises et à l’égalité, Hadja Lahbib, se rendra en République démocratique du Congo (RDC), au Rwanda et au Burundi dans le cadre d’une mission humanitaire dans la région des Grands Lacs, frappée par la poursuite des activités de la rébellion de l’ADF/M23, soutenue par le Rwanda, contre les forces gouvernementales. L’ancienne cheffe de la diplomatie belge l’a annoncé jeudi 29 janvier 2026, en marge du Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne à Bruxelles.

Devant la presse, la commissaire belge a souligné que l’aide humanitaire de 250 millions d’euros de son institution reste insuffisante sans solution politique et diplomatique à la crise actuelle. Hadja Lahbib a également lancé un nouvel appel pour garantir un accès total et sans restriction aux acteurs humanitaires sur le terrain, en attendant la conclusion d’un véritable accord de paix.

"Des centaines de milliers de personnes nouvellement déplacées. L'accès humanitaire est extrêmement difficile. L'UE a mobilisé 250 millions €, mais l'argent ne suffit pas. Nous devons intensifier notre plaidoyer humanitaire. Seule la diplomatie peut instaurer la paix. Je me rendrai en RDC, au Rwanda et au Burundi dans deux semaines", a-t-elle fait savoir dans une publication faite sur son compte X.

Cette question était au centre d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, tenue jeudi 29 janvier 2026 à Bruxelles (Belgique), sous la direction de Kaja Kallas, Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et présidente du Conseil des affaires étrangères. Il s’agissait pour le Conseil des affaires étrangères d’échanger des points de vue sur la situation dans la région des Grands Lacs, à la lumière de la récente escalade de la violence dans l’est de la RDC

"Suite aux discussions du Conseil des affaires étrangères de décembre, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont examiné comment l'UE peut soutenir les efforts de paix fondés sur les accords de Washington et la déclaration de Doha , ainsi que les efforts de médiation de l'Union africaine . Ils se sont également penchés sur les moyens de remédier à la détérioration de la situation humanitaire et sur la manière dont l'UE peut intensifier son engagement diplomatique sur le terrain et soutenir les efforts de stabilisation régionale ", renseigne le compte rendu de l'UE publié à l'issue des travaux

Le Burundi et la Tanzanie, deux pays limitrophes de la République démocratique du Congo (RDC), ont accueilli des centaines, voire des milliers de Congolais fuyant les hostilités entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Ces combats ont notamment provoqué la chute de la ville stratégique d’Uvira et d'autres agglomérations et accru l’influence du mouvement rebelle dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu dans l'Est de la République Démocratique du Congo. 

Dans ce contexte, le gouvernement congolais, avec à sa tête la Ministre d’État, ministre des Affaires sociales et des Actions humanitaires, Ève Bazaiba Masudi, avait conduit une mission humanitaire au Burundi et en Tanzanie. L’objectif était de rencontrer ces Congolais réfugiés pour leur apporter un message de réconfort, fournir l’assistance du gouvernement, renforcer la coordination de l’aide avec les pays d’accueil, et évaluer la situation en collaboration avec d’autres partenaires et organisations, telles que l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

À l’issue de cette mission, la ministre d’État a salué l’attachement des réfugiés à leur mère patrie, malgré la " désolation et tragédie humaine " qu’ils vivent. Au cours de son intervention, la ministre a dévoilé des chiffres alarmants. Au Burundi, elle a indiqué qu’environ 250 000 Congolais, toutes vagues confondues, se trouvent actuellement sur le territoire. En Tanzanie, indique Ève Bazaiba, cheffe de la délégation congolaise, environ 87 000 Congolais sont actuellement présents. Plusieurs vagues ont été enregistrées, la plus récente comptant près de 9 800 personnes, soit environ 10 000.

Au egard d’un déficit critique de financement, la communauté humanitaire en République démocratique du Congo est contrainte de prioriser strictement sa réponse en 2026. C’est dans ce contexte que le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la communauté humanitaire ont lancé, ce mercredi 28 janvier 2026 à Kinshasa, un appel urgent de 1,4 milliard USD afin de répondre aux besoins humanitaires dans le pays en 2026.

Selon les deux parties, ces ressources sont indispensables pour venir en aide à des millions de Congolaises et de Congolais pris au piège de l’une des crises humanitaires les plus prolongées et les plus négligées à travers le monde. À défaut de financements suffisants, la réponse humanitaire en 2026 sera recentrée sur 7,3 millions de personnes, parmi près de 15 millions ayant des besoins vitaux en assistance et en protection.

L'année 2025 a déjà montré les conséquences dramatiques du sous-financement. Par exemple, au cours de l'année, la réduction des capacités opérationnelles a conduit à la fermeture de plus de 1000 centres de nutrition, privant plus de 390 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère d'une prise en charge essentielle.

Environ 1,5 million de personnes ont perdu l'accès aux soins de santé primaires en raison de la fermeture de structures, de ruptures de stock de médicaments vitaux et d'une capacité réduite de prévention et de réponse aux épidémies. Les cibles d'assistance alimentaire mensuelles ont été réduites jusqu'à 73 %, exposant les populations les plus vulnérables à des risques accrus de faim et de privation.

Ce plan s'inscrit dans un contexte humanitaire profondément bouleversé dans l'Est du pays depuis janvier 2025. Les affrontements au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri ont fait évoluer les besoins, perturbé les chaînes d'approvisionnement et multiplié les contraintes administratives et sécuritaires. Selon OCHA, l'accès aux populations est devenu plus dangereux et plus complexe que jamais.

Clément MUAMBA