Walikale : déplacements et retours simultanés dans la zone autour de Pinga, une crise humanitaire persistante

Pinga sur la carte du Nord-Kivu
Pinga sur la carte du Nord-Kivu

La zone de santé de Pinga en territoire de Walikale au Nord-Kivu fait face à une situation humanitaire particulièrement complexe marquée par des déplacements massifs de populations et des retours simultanés, dans un contexte sécuritaire toujours instable.

Selon des sources humanitaires locales, plus de 30 000 personnes seraient déjà revenues dans certaines localités de la zone, mais ces retours s’effectuent dans des conditions précaires et sans garanties suffisantes de sécurité.

Parallèlement, de nouveaux déplacements sont encore en cours, rendant difficile toute estimation précise du nombre total de ménages déplacés, d’autant plus que les opérations d’identification n’ont pas encore été menées.

Ces mouvements de populations sont directement liés aux affrontements récents entre les rebelles de l’AFC/M23 et les forces gouvernementales dans les localités de Balinda et Banakindi en groupement Kisimba. Les combats ont provoqué la fuite massive des habitants de plusieurs villages, notamment Mpombi, Iteya, Munsanga et Buma, aujourd’hui presque totalement vidés de leurs populations.

La majorité des habitants se sont réfugiés dans la forêt, tandis que d’autres ont pris la direction de la cité de Pinga, perçue comme un centre relativement plus sûr.

Les axes Rusamambu–Pinga et Pinga–Mutongo concentrent l’essentiel des mouvements, avec une forte pression démographique observée dans les centres stratégiques de Pinga et Mutongo.

Si des retours sont observés, les humanitaires alertent sur leur caractère non durable. Beaucoup de ménages retournent dans leurs villages sans assistance, sans abris adéquats et dans un environnement encore exposé aux violences armées.

L’accès humanitaire demeure par ailleurs irrégulier et parfois limité, ce qui entrave l’évaluation complète des besoins et la mise en place de réponses adaptées. Des nombreuses alertes rapportées sur le terrain n’ont pas encore été évaluées et reposent uniquement sur des diagnostics préliminaires, ajoutent des sources humanitaires locales.

Les conditions de vie des déplacés et des retournés sont jugées extrêmement préoccupantes. Les populations manquent de tout : nourriture, eau potable, soins de santé, abris et moyens de subsistance. Les risques de lacunes sectorielles majeures sont élevés, notamment dans les domaines de la sécurité alimentaire, la protection des civils, le WASH (eau, hygiène et assainissement), les abris et articles ménagers essentiels.

La promiscuité dans les zones d’accueil, la vie prolongée en forêt et l’absence de services de base exposent particulièrement les femmes, les enfants et les personnes âgées à des risques accrus de violences, de maladies et d’insécurité nutritionnelle.

Face à cette dynamique de déplacements mixtes et évolutifs, la coordination humanitaire formule plusieurs recommandations urgentes notamment l'organisation rapide de missions d’évaluation multisectorielles, avec un appui à distance des clusters ; le renforcement de la coordination inter-clusters dans les zones affectées par les déplacements et les retours simultanés ; ka priorisation des territoires de Masisi, Rutshuru et Lubero, également touchés par des crises similaires ; un suivi spécifique des retournés, notamment en matière de protection, de relance des moyens d’existence et de cohésion sociale et

 la mise en place de réponses flexibles, capables de s’adapter à la mobilité continue des populations.

À Walikale, la crise humanitaire autour de Pinga évolue dans une zone grise entre déplacements et retours, où les populations oscillent entre espoir de stabilité et peur permanente d’un nouveau cycle de violences. Sans une intervention humanitaire renforcée, coordonnée et durable, la coordination Humanitaire craint que ces mouvements se transforment en crise prolongée, avec des conséquences graves sur la résilience communautaire et la sécurité humaine dans toute la région.