Le Président angolais et président en exercice de l’Union africaine, João Manuel Gonçalves Lourenço, a rappelé l’urgence et la nécessité de mettre fin aux conflits sur le continent afin de réaliser le rêve du « silence des armes » en Afrique. À l’occasion de la cérémonie d’échange de vœux, tenue vendredi 23 janvier 2026 à Luanda avec les diplomates, ambassadeurs et chefs des organisations internationales accrédités en Angola, il est revenu sur le rôle joué par son pays en République démocratique du Congo, ainsi que dans d’autres théâtres de crise sur le continent.
Alors qu’il s’apprête à quitter la tête de l’Union africaine pour céder la présidence tournante à son homologue burundais, Évariste Ndayishimiye, João Lourenço a appelé au respect des engagements pris par les parties prenantes dans le processus de Washington, qui encadre la crise entre Kinshasa et Kigali, ainsi que dans le processus de Doha, relatif à la crise opposant Kinshasa à la rébellion de l’AFC/M23. Dans le même registre, il a rappelé à Kinshasa et à la société civile l’importance de la convocation d’un dialogue national inclusif en interne.
"L’Angola continue de jouer un rôle important dans le processus de pacification de la RDC, dont les contributions ont conduit à la signature de l’accord de paix à Washington le 4 décembre 2025, entre la RDC et le Rwanda. Il s’agit sans aucun doute d’un moment historique significatif, que toutes les parties doivent mettre en œuvre afin d’atteindre une paix durable dans la région des Grands Lacs. Le cessez-le-feu négocié à Doha, au Qatar, entre le gouvernement de la RDC et le M23 doit être mis en œuvre, tandis que nous encourageons les autorités gouvernementales et la société civile congolaises à engager sans tarder le dialogue intercongolais", a rappelé Joao Lourenço, président Angolais et président en exercice de l'Union africaine.
Pour le chef de l’État angolais, sans la paix, la sécurité et la stabilité en Afrique, le continent ne pourra pleinement atteindre ses objectifs de développement.
Selon lui, les défis auxquels l’Afrique est confrontée nécessitent des réponses rapides, objectives et coordonnées, allant au-delà de la seule dimension sécuritaire et intégrant d’autres composantes essentielles, telles que le développement économique, l’inclusion sociale et la bonne gouvernance.
"Nous approchons de la fin de la présidence tournante de l’Union Africaine que j’ai assumée en février de l’année dernière, avec l’engagement de promouvoir la Paix, la Sécurité et la Stabilité en Afrique, sans lesquelles le continent ne pourra pleinement atteindre ses objectifs de développement. Au niveau de l’Union Africaine, il est nécessaire de mettre fin aux conflits armés sur le continent, objectif encore non atteint, ce qui nous oblige à poursuivre nos efforts pour réaliser le rêve du Silence des Armes en Afrique. Nous n’avons jamais ménagé nos efforts pour contribuer à la résolution des conflits sur le continent, notamment au Soudan et en République Démocratique du Congo", a fait savoir le Président Angolais dans son discours.
Et d'ajouter :
"Nous sommes convaincus que les défis auxquels l’Afrique fait face nécessitent des réponses rapides, objectives et coordonnées, allant au-delà de la dimension sécuritaire, et intégrant d’autres composantes telles que le développement économique, l’inclusion sociale, la bonne gouvernance et le renforcement des capacités des États.Cette perspective, correctement appliquée, retire les arguments utilisés par les promoteurs de changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique pour justifier les coups d’État qu’ils perpètrent contre les démocraties et les autorités légitimes. Face à ces faits et à la récurrence des coups d’État sur le continent africain, il devient de plus en plus nécessaire de renforcer les mesures de dissuasion et de condamnation de ces pratiques, répréhensibles à tous points de vue".
Des manœuvres diplomatiques orchestrées par João Manuel Gonçalves Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, en prélude à un dialogue en gestation, se sont poursuivies avec la consultation mercredi 14 janvier 2026 à Luanda (Angola), des délégations de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC). Ces délégations étaient respectivement conduites par Mgr Fulgence Muteba Mugalu, président de la CENCO, et André Bokundoa Bo-Likabe, président de l’ECC.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts de médiation africaine menés par l’Angola en vue de la résolution de la crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC). Au cours de l’audience, la situation générale du pays ainsi que les implications régionales du conflit ont été examinées, en tenant compte de la proximité géographique et des frontières communes entre l’Angola et la RDC.
Les chefs religieux ont, pour leur part, exprimé leur entière disponibilité à collaborer activement à ce processus, soulignant que les Églises sont prêtes à mobiliser tous les moyens à leur disposition au service de la paix, de la réconciliation nationale et de la stabilité institutionnelle. Leur principale préoccupation demeure la recherche d’une solution consensuelle susceptible de rouvrir les portes du dialogue et de restaurer la confiance entre les différents acteurs. À l’issue de cette rencontre, João Lourenço avait dépêché son émissaire à Kinshasa, en la personne du chef de la diplomatie angolaise, Téte António, porteur d’un message adressé au président Félix Tshisekedi.
Cette démarche du président angolais, également président en exercice de l’Union africaine, n’est toutefois pas considérée, à ce stade, comme une nouvelle initiative diplomatique, que ce soit à Luanda ou à Kinshasa. Elle est plutôt présentée comme un prolongement des efforts africains venant en appui aux initiatives diplomatiques déjà en cours, notamment le processus de Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que le processus de Doha, conduit sous l’égide de l’État du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23.
Cette initiative suscite néanmoins des divergences au sein de l’environnement sociopolitique congolais. L’AFC/M23, acteur majeur de la crise, affirme attendre des éclaircissements de la part de l’Angola, d’autant plus que le mouvement est déjà engagé avec Kinshasa dans le cadre du processus de Doha. De son côté, le mouvement Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, s’est également montré dubitatif et réservé, privilégiant la finalisation des initiatives en cours en particulier celle de Doha avant d’envisager un dialogue plus large incluant l’ensemble des forces sociopolitiques congolaises.
Clément MUAMBA