Guerre dans l'Est de la RDC: à son tour, l’EAC appelle à un cessez-le-feu immédiat et à un règlement pacifique du conflit

Nangaa, Bisimwa, Chalwe
Nangaa, Bisimwa, Chalwe

Après une longue période de silence sur la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) a, à son tour, appelé les différents protagonistes à cesser les hostilités et à observer un cessez-le-feu. Cette recommandation de l’EAC a été formulée à l’issue du 25ᵉ sommet des chefs d’État, tenu le samedi 7 mars 2026 à Arusha, en Tanzanie.

Cette recommandation intervient alors que des violations continues et récentes du cessez-le-feu sont signalées dans l’Est de la RDC, en dépit des engagements consacrés par la signature des Accords de Washington du 4 décembre 2025, ainsi que par l’engagement pris à Doha le 19 juillet 2025 en faveur d’un cessez-le-feu permanent et d’une cessation définitive des hostilités.

"Le Sommet a félicité Son Excellence le Dr William Samoei Ruto, CGH, Président de la République du Kenya et Président de la Communauté est-africaine, pour son rôle déterminant dans la mise en œuvre des décisions du Sommet relatives à la situation de paix et de sécurité dans l'est de la RDC et pour la coordination du processus;  A invité toutes les parties au conflit à cesser les hostilités et à observer un cessez-le-feu immédiat, tout en reaffirmant son engagement en faveur d’un règlement pacifique de leurs différends", rapporte le communiqué final de l'EAC rendu public à l'issue du sommet. 

Selon le communiqué final de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC), le Sommet a, au cours de ses assises, reçu un rapport d’étape sur la mise en œuvre de la décision précédente relative au processus de Nairobi, mené par l’EAC pour le rétablissement de la paix dans l’est de la République démocratique du Congo. Il a également pris note des progrès accomplis dans le rétablissement de la paix et de la stabilité dans cette partie du pays.

La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo demeure préoccupante et précaire, à la suite des combats généralisés opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon les Nations unies, aux forces gouvernementales. Ces affrontements continuent d’affecter gravement le bien-être des populations civiles et d’aggraver la situation humanitaire dans cette partie du pays, dans un contexte marqué par la réduction des financements humanitaires à l’échelle mondiale ainsi que par les difficultés d’accès des acteurs humanitaires aux zones affectées en raison des combats.

À Kinshasa, les autorités gouvernementales ne cessent de faire état du bon comportement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) face à ce qu’elles qualifient d’attitude belliciste de la part de la coalition RDF/AFC-M23. Pour le gouvernement congolais, cette attitude est notamment caractérisée par la prédation des minerais stratégiques dans les zones occupées, ainsi que par des violations systématiques du cessez-le-feu à travers des attaques récurrentes.

Pour sa part, la rébellion de l’AFC/M23 présente également sa propre lecture des faits, illustrant les difficultés persistantes pour les deux parties de parler un même langage, en dépit de leur engagement dans les initiatives diplomatiques de paix, notamment le processus de Doha sous l’égide de l’État du Qatar. Dans ses récents communiqués, le mouvement rebelle ne cesse d’alerter la communauté nationale et internationale, accusant le régime de Félix Tshisekedi d’avoir délibérément décidé de bafouer le cessez-le-feu et de lui imposer une guerre totale dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Pour ce mouvement rebelle, appuyé par le Rwanda selon l’ONU, cette guerre généralisée ferait de ses combattants et des populations civiles les principales cibles de frappes de drones, y compris en dehors des lignes de front. Selon l’AFC/M23, ces violations flagrantes auraient notamment coûté la vie à l’un de ses officiers supérieurs de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), le colonel Willy Ngoma, tombé le 24 février 2026, et continueraient d’ôter la vie à de nombreux civils.

Ce décès d’un des hauts cadres du mouvement, après celui de Magloire Paluku, survient dans un contexte d’intensification des combats dans l’Est de la RDC. Cette montée des hostilités fait suite au non-respect du cessez-le-feu proposé par l’Angola, à l’intensification des frappes aériennes menées par l’armée congolaise, ainsi qu’aux offensives terrestres conduites par les Wazalendo, alliés des FARDC, contre les positions de l’AFC/M23, un groupe soutenu par le Rwanda selon les Nations Unies.

Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques, notamment les processus de Washington et de Doha, appuyés par l’Union africaine, progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Cette situation s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Clément MUAMBA