1 534 victimes de violences sexuelles liées au conflit en 2025 dans l’Est de la RDC: le gouvernement et le BCNUDH veulent lutter contre l’esclavage sexuel et pour la protection des enfants nés du viol

Photo d'illustration d'une femme violée
Photo d'illustration d'une femme violée

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les femmes, les filles et les enfants continuent d’être les premières victimes des violences liées aux conflits armés, notamment lors des combats opposant la rébellion de l’AFC/M23 à l’armée congolaise au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Selon des données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) pour l’année 2025, 887 cas de violences sexuelles ont été documentés, affectant 1 534 victimes, dont une majorité de femmes (854) et de filles (672).

C’est dans ce contexte que le ministère du Genre, Famille et Enfant, en collaboration avec le BCNUDH ont lancé ce lundi 9 mars, une campagne contre l’esclavage sexuel et pour la protection des enfants nés du viol dans les conflits armés. C’est à l’occasion d’un panel des représentants des services étatiques, des agences des Nations unies œuvrant dans le secteur de la femme et de l’enfant, des organisations de femmes et d’enfants ainsi que d’autres organisations et personnalités. Cette rencontre a été l’occasion d’échanger sur les données disponibles et les perspectives d’actions collectives en vue de défendre les droits des femmes et des enfants en RDC.

Pour Micheline Ombae Kalama, ministre du Genre, Famille et Enfant, ces enfants vivent trop souvent dans l’ombre de la stigmatisation, du rejet et de l’oubli, pourtant malgré eux le poids d’un crime dont ils sont pourtant les premières victimes. Elle reconnaît à ces enfants et ces femmes le droit à la dignité, à l’identité, à la protection et à un avenir, précisant que la stigmatisation dont ils font l’objet constitue une violence supplémentaire, une injustice que la conscience collective ne peut plus tolérer.

"C’est pourquoi, aujourd’hui, nous lançons une campagne nationale essentielle : mettre fin aux violences sexuelles liées au conflit et protéger les enfants nés du viol en République démocratique du Congo. La violence sexuelle est un crime de guerre. Elle est une offense à l’humanité, une atteinte intolérable à la dignité de notre nation. À travers cette campagne, le gouvernement de la République réaffirme sa détermination à renforcer la prévention, la protection des survivantes et des survivants, l’accès à la justice et la mobilisation de toute la société", a-t-elle déclaré dans son discours projeté par vidéo dans les installations de la MONUSCO.

La situation est plus grave

Pour sa part, le directeur du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), Patrice Vahard, a rappelé que cette activité avait, entre autres, pour objectif d’envoyer un message clair à ceux, en particulier à ces hommes, qui pensent pouvoir se cacher derrière le silence des femmes pour continuer à perpétrer des actes inacceptables. Selon lui, la situation sur le terrain est encore plus grave, appelant ainsi à ne pas toujours se focaliser uniquement sur les chiffres avancés par son institution.

"Vous verrez que les statistiques trompent très souvent. En fait, cela représente le courage de celles qui parlent au nom de milliers de personnes qui ne sont pas notées. C’est pour cela qu’il ne faut pas s’accrocher aux chiffres. Une personne suffit, parce que derrière cette personne il y a aussi le stigma et le regard de cette société, nous tous, notre regard. Après qu’elle ait témoigné, sera-t-elle acceptée ? C’est pour toutes ces femmes-là qu’on s’est dit qu’il fallait commencer le mois de mars avec courage, parce que la première réponse ne doit pas être le silence et l’indifférence. Nous allons poursuivre cette campagne, pas du BCNUDH) encore moins des Nations Unies, mais en co-création", a fait savoir Patrice Vahard lors de son intervention.

Le directeur du BCNUDH estime que le leadership de la RDC ne doit pas se limiter aux conférences, il est temps d’envoyer un message fort et positif à l’endroit des victimes et des survivants de ces fléaux. D’où son appel à l’implication de tous.

Situation alarmante sur le terrain

L’est de la République Démocratique du Congo demeure l’épicentre de ces violences, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu concentrant près de 80 % des victimes recensées. Dans son dernier rapport, le BCNUDH indique que les groupes armés sont responsables de 75 % des victimes documentées. Le Mouvement du 23 mars (M23) arrive en tête avec 439 victimes, suivi de groupes Wazalendo, de la Coopérative de développement du Congo (CODECO), de divers groupes Maï-Maï, ainsi que des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Forces démocratiques alliées (ADF).

Le Bureau onusien note également avec préoccupation l’implication d’acteurs étatiques, notamment des membres des Forces armées de la RDC (FARDC), de la Police nationale congolaise (PNC) et de l’Agence nationale de renseignements (ANR), dans 19 % des cas documentés. Le rapport met en lumière des crimes particulièrement graves, notamment des situations d’esclavage sexuel, où des femmes et des filles sont maintenues en captivité prolongée, soumises à des viols répétés et à des grossesses forcées.

Il alerte également sur la situation des enfants nés du viol, souvent confrontés au rejet familial, à l’absence d’enregistrement à l’état civil et à un risque accru de recrutement par des groupes armés. En matière de prise en charge, le BCNUDH indique que 70 % des victimes accèdent à des soins médicaux d’urgence, mais que moins de 2 % bénéficient d’une prise en charge holistique, incluant un accompagnement juridique, psychologique et social.

Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Clément MUAMBA