Est de la RDC : le CPS de l’UA condamne la mise en place des administrations parallèles par l’AFC/M23 et recommande à tous les États voisins de ne pas collaborer avec elles ni de les reconnaître

Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa
Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa

La détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo, marquée par l’activisme de la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, ainsi que par d’autres groupes armés étrangers, était au centre de la 1323ᵉ réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), tenue le 29 décembre dernier, au niveau ministériel et par visioconférence.

Au cours de cette réunion, le CPS, organe décisionnel permanent de l’Union africaine chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits, mais également mécanisme de sécurité collective et d’alerte rapide, visant à permettre une réaction efficace et coordonnée face aux situations de conflit et de crise en Afrique, a condamné l’administration parallèle mise en place par l’AFC/M23 et a invité les États membres ainsi que les États voisins à ne pas collaborer avec ces structures parallèles.

"Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) condamne sans appel la mise en place de structures administratives parallèles dans les territoires contrôlés par des groupes armés, déclare ces actions nulles et sans effet juridique, et déconseille vivement à tous les États membres, en particulier aux pays voisins de la région, de collaborer de quelque manière que ce soit avec ces structures parallèles ou de les reconnaître", rapporte le communiqué final.

Les participants à la réunion ont souligné les principes de l'UA tels que stipulés à l'article 4 de l'Acte constitutif et dans le Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, notamment la non-ingérence d'un État membre dans les affaires intérieures d'un autre État membre, la coexistence pacifique des États membres et leur droit de vivre en paix et en sécurité. Ils ont également réaffirmé la solidarité de l'UA avec le peuple et le gouvernement de la RDC dans leurs aspirations à la paix, à la sécurité et au développement durable, ainsi que l'engagement continu de l'UA à respecter la souveraineté, l'indépendance, l'unité et l'intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo. 

Cette réunion intervient dans un contexte où, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, matérialisée par l’entérinement des accords par les présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Kinshasa et Kigali ne parviennent pas toujours à parler le même langage, et les tensions persistent sur fond d’accusations mutuelles de non-respect des engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours, en particulier le processus de Washington sous l’égide de l’administration Trump.

Il en est de même pour les discussions de Doha, menées sous l’égide de l’Émir du Qatar, entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, qui peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit  notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés  restent au point mort. Plusieurs mesures convenues, notamment depuis la publication du communiqué conjoint d’avril dernier, la signature du mécanisme de cessez-le-feu, de la déclaration de principes, et plus récemment de l’accord-cadre, n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, tarde à être convoqué. Le président de la République, Félix Tshisekedi, maintient pour l’instant sa position, estimant que toute initiative de dialogue doit émaner de sa propre autorité, malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses.

Clément MUAMBA