RDC : voisine d’Uvira, Kalemie accueille une mission du VPM à la Défense axée sur l’évaluation des infrastructures militaires

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Le VPM de la Défense en mission à Kalemie

Après la chute du verrou stratégique de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, passée sous le contrôle de la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, la ville de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika et voisine d’Uvira, s’impose comme une zone hautement stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais.

Kalemie se situe au cœur de la 22ᵉ région militaire, qui couvre également les provinces du Haut-Katanga, du Haut-Lomami et du Lualaba. Cette zone revêt une importance particulière dans un contexte sécuritaire marqué par la persistance des combats sur plusieurs fronts dans l’Est de la République démocratique du Congo, en dépit des initiatives diplomatiques engagées au niveau international.

Considérée comme l’un des poumons économiques du pays, notamment en raison de ses importantes ressources minières, et stratégique pour prévenir toute progression de la rébellion vers une région encore relativement épargnée par les combats, Kalemie a accueilli une mission de travail du Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Guy Kabombo Muadiamvita. Celui-ci était accompagné du chef d’état-major général adjoint des FARDC, chargé des opérations et des renseignements, le lieutenant-général Ishaligonza Nduru Jacques.

Selon la cellule de communication du ministère de la Défense, mercredi 31 décembre dernier, le VPM a procédé à une évaluation des infrastructures militaires de la ville. Il a également présidé une réunion stratégique à huis clos au siège du 22ᵉ groupement de la Force navale, avant d’inspecter les installations logistiques et de maintenance des Forces armées de la République démocratique du Congo.

Dans le même temps, le gouvernement de la République a dénoncé la poursuite de l’occupation et de l’extension territoriale rwandaise dans l’Est du pays. Dans un communiqué signé par le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, Kinshasa fait état de l’arrivée de trois nouveaux bataillons de l’armée rwandaise, dont l’objectif serait de progresser vers les territoires de Fizi, au Sud-Kivu, et de Kalemie, dans la province du Tanganyika.

« Ces actes constituent une agression manifeste contre la souveraineté nationale, une violation grave et répétée du droit international, ainsi qu’un mépris assumé des engagements régionaux et internationaux. Ils aggravent de manière dramatique une situation sécuritaire et humanitaire déjà critique et exposent directement les populations civiles à des violences massives », souligne le communiqué.

Le gouvernement dénonce également l’arrivée de ces unités rwandaises dans les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi et de Mwenga, sous couvert du groupe Twirwaneho, afin d’en masquer l’identité et les responsabilités. « Les mouvements observés traduisent une manœuvre militaire planifiée visant une descente vers Fizi, puis une avancée sur l’axe stratégique de Kalemie », précise le document.

Par ailleurs, à l’occasion de la parade mixte tenue à la veille de la fête de Noël à Lubumbashi, le commandant de la 22ᵉ région militaire, le général Eddy Kapend, a fait le point sur la situation sécuritaire dans l’espace Katanga. Il a mis en alerte l’ensemble des unités afin de défendre la partie sud-est du pays en cas de provocations.

« La première chose, c’est que l’ensemble de ma juridiction est resté calme en 2025. Cela signifie que des hommes et des femmes de la police et de l’armée ont veillé avec détermination pour protéger la population », a-t-il déclaré.

Il a ajouté avoir rappelé la mission des forces de défense et de sécurité, tout en ordonnant la mise en alerte de toutes les unités « afin de répondre à toute provocation, d’où qu’elle vienne ».

Pour le général Eddy Kapend, la patrie ne pardonne pas la trahison. Il a insisté sur le devoir de sacrifice des militaires pour la survie de la nation.

« J’ai rappelé à chacun l’engagement pris : sacrifier notre vie pour la survie de la patrie. En tant que commandant, je serai toujours au-devant, au front. Aucun officier ni militaire n’a le droit de fuir. Celui qui fuit n’est pas avec la République, ni avec le drapeau, ni avec la paix et la sécurité. La patrie ne tolère pas et ne pardonne pas la trahison », a-t-il martelé.

Sur le plan diplomatique, malgré l’implication du président américain Donald Trump et l’accélération apparente du processus de Washington, marqué par l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, les discussions de Doha entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, peinent à produire des résultats concrets.

Ces négociations, censées compléter les accords de Washington en s’attaquant aux causes profondes du conflit, notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés, restent au point mort. Plusieurs mesures convenues depuis la publication du communiqué conjoint en avril n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements entre l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, et les forces gouvernementales. Par ailleurs, le dialogue national, pourtant réclamé par plusieurs acteurs sociopolitiques pour accompagner ces initiatives, peine à être convoqué. Le président de la République, Félix Tshisekedi, maintient jusqu’à présent sa position, estimant que toute initiative de dialogue doit émaner de sa propre autorité, malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses.

Clément Muamba