Est de la RDC : " ce n'est pas parce que nous n'avons pas encore fini la guerre dans laquelle nous sommes engagés qu'il faut jeter l'opprobre sur l'armée" (Patrick Muyaya)

Patrick Muyaya
Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement

Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa, s'est montré très critique face à "l'insouciance" des autorités congolaises suite à l’activisme des rebelles du M23 soutenus par le régime de Paul Kagame dans l'Est de la République Démocratique du Congo. Dans son homélie pascale, Fridolin Ambongo a souligné le fait que la partie Est du pays continue d’être occupée sans réaction de l'armée capable de défendre l'intégrité du territoire national.

" Au-delà du discours que nous tenons ici, des discours complètement inutiles, la réalité est que les autres continuent à avancer et à occuper l'Est de notre pays. C'est une évidence pour la simple raison que le Congo n'a aucune force pour défendre l'intégrité de son pays. Nous sommes comparables à un éléphant aux pieds d’argile, c’est très grave pour une nation comme la nôtre," avait lancé Fridolin Ambongo Besungu devant les fidèles catholiques.

Cet avis du chef de l'église catholique n'est pas partagé par les autorités de la République Démocratique du Congo. Selon Patrick Muyaya, il ne faut pas croire que, comme la guerre n'a pas pris fin jusqu'à présent, la RDC n'a pas d'armée.

" Nous avons des militaires braves. Aujourd'hui, j'ai reçu un appel du gouverneur militaire de l'Ituri qui a été particulièrement touché par certains propos. Nous avons des militaires qui se sacrifient, qui meurent sur le front. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas encore fini la guerre dans laquelle nous sommes engagés qu'il faut jeter l'opprobre sur l'armée. C'est très dangereux et j'invite le cardinal à clarifier ses propos pour ne pas laisser penser à d'autres qu'il serait l'auteur moral ou qu'il donnerait un soutien ou une caution morale à cette aventure qui vise à tuer les Congolais," a déclaré Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, lors d'un briefing presse coanimé mercredi 3 avril avec ses collègues de la Santé publique, Hygiène et Prévention, et de l'Environnement et du Développement durable.

S'agissant des critiques du cardinal sur le faible budget du pays dont une grande partie est consommée par les institutions de la République, Patrick Muyaya note que le Cardinal n'a pas la bonne information sur ce que le gouvernement mobilise depuis un temps comme budget.

"J'ai aussi entendu le cardinal dire qu'on a un budget d'à peine 3 milliards USD. Je suis désolé, mais qui prépare les notes du Cardinal ? Nous avons atteint des records. Aujourd'hui, on parle de 16 milliards de budget. Regardez le contexte dans lequel nous sommes, l'immense travail qui est fait dans le secteur de la santé et de l'éducation, d'ailleurs l'église catholique est partenaire du gouvernement dans l'éducation et la santé. Il ne faut pas donner l'impression que le Congo avait tout il y a 15 ou 20 ans et maintenant il n'y en a plus. Cette manière de parler du gâteau, c'est quoi le message que le cardinal veut planter dans l'imaginaire collectif ? Donc, devons-nous tous regarder l'accès aux responsabilités comme un gâteau et que nous tous nous devons avoir droit au chapitre ? Je crois qu'il faut qu'on fasse très attention aux mots lorsque nous les utilisons dans le contexte qui est le nôtre," a prévenu Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement.

La situation sécuritaire dans la partie Est de la RDC ne cesse de se détériorer suite à l'activisme des groupes armés étrangers et locaux. Dans son message samedi 30 mars 2024 à la messe de Pâques, le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu a dénoncé l'insouciance des autorités compétentes face à cette situation.

Selon le chef de l'Église catholique en RDC, les autorités sont préoccupées par d'autres choses au lieu de se pencher sur les véritables préoccupations de la population. Il estime que la RDC est dans cet état parce qu'elle ne possède pas une armée capable de défendre son intégrité territoriale.

Dans ses propos, le Cardinal Fridolin Ambongo a semblé apporter un soutien à ceux qui accusent les autorités congolaises de poser des actes susceptibles de pousser à la rébellion au lieu de former un front commun pour faire face à l'ennemi. Cette déclaration semble justifier les adhésions au camp de ceux qui ont pris les armes à travers l'Alliance Fleuve Congo (AFC) contre la République.

Clément MUAMBA