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Insécurité dans l’Est de la RDC : commerçants, transporteurs et consommateurs victimes de la décision du FRN de fermer les axes routiers Goma-Walikale et Nyabiondo-Pinga

Walikale sur la carte

La fermeture de la route Goma-Walikale, à partir de Kashebere, par les rebelles du FRN continue de peser lourdement sur la vie socio-économique des habitants du territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Depuis plus d'un mois, cette situation perturbe l'approvisionnement des marchés locaux et entraîne une hausse considérable des prix de plusieurs produits de première nécessité, au détriment d'une population qui vit essentiellement de ses revenus journaliers.

À Walikale-centre, les habitants dénoncent une situation devenue de plus en plus difficile. La rareté de certaines marchandises en provenance de Goma favorise la flambée des prix, tandis que les commerçants disposant encore de stocks sont accusés par certains consommateurs de profiter de la situation pour augmenter leurs tarifs.

« Depuis que les éléments du FRN ont bloqué la route de Goma, les marchandises ne circulent presque plus sur l'axe Walikale-Masisi-Goma. Plusieurs produits que nous recevions habituellement de Goma comme la pomme de terre, les tilapias,... deviennent rares sur nos marchés. Ceux qui disposent encore de quelques stocks augmentent les prix, alors que nous n'avons pas les moyens de survivre. Nous vivons au taux du jour et cette situation nous enfonce davantage dans la précarité », déplore un habitant de Walikale-centre.

Les opérateurs économiques figurent également parmi les principales victimes de cette interruption du trafic. Le président territorial de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), antenne de Walikale, John Muganguzi, explique que les commerçants éprouvent de sérieuses difficultés à renouveler leurs stocks. Certains seraient même contraints de puiser dans leurs capitaux pour faire face aux charges et aux pertes enregistrées.

« Les commerçants de Walikale s'approvisionnent traditionnellement à Goma. Avec la fermeture de cette route, notre activité est fortement perturbée. Nous pouvons certes tenter de nous approvisionner à Kisangani, mais certains produits disponibles à Goma ne se trouvent pas nécessairement sur les marchés de Kisangani. Les difficultés deviennent telles que certains commerçants commencent à toucher à leurs capitaux pour maintenir leurs activités. À ce rythme, ils risquent de faire faillite », alerte John Muganguzi.

Le secteur du transport subit également les conséquences de cette situation. Pour atteindre Walikale, les transporteurs sont désormais obligés d'emprunter un long itinéraire passant par le Sud-Kivu, notamment Bukavu, Bulambika et Hombo. Un détour qui augmente les dépenses en carburant, les frais d'entretien des motos et les risques liés à l’insécurité sur cet axe.

Le président de la coordination des taximen motos de Walikale, Philémon Lungele, affirme que les conditions de travail sont devenues particulièrement difficiles. Selon lui, plusieurs conducteurs de motos-taxis préfèrent désormais suspendre leurs activités et rester à la maison, faute de moyens suffisants pour poursuivre le transport dans ces conditions.

« Nous traversons une période très difficile. Pour rejoindre Walikale, nous sommes obligés de passer par Bukavu, Bulambika et Hombo. C'est un trajet très long, sur une route en mauvais état où notre sécurité n'est pas garantie. Nos motos tombent régulièrement en panne, tandis que la consommation de carburant a considérablement augmenté. Plusieurs taximen ne savent plus comment poursuivre leur travail. Nous demandons la réouverture de l'axe Walikale-Goma afin de nous permettre de reprendre normalement nos activités », plaide-t-il.

Du côté de la société civile, la fermeture de cet axe est vivement dénoncée. Son président, Fiston Misona, considère cette mesure comme une forme de pression exercée sur les populations civiles de Walikale. Il accuse les rebelles du FRN de chercher à isoler économiquement la région parce que ses habitants n'auraient pas adhéré à leur mouvement.

« C'est un crime contre la population. Les habitants commencent à manquer de plusieurs produits essentiels et les conséquences se font sentir dans tous les ménages. Nous avons l'impression que cette mesure vise à asphyxier économiquement la population de Walikale parce qu'elle n'a pas fait allégeance à la rébellion. On ne peut pas forcer quelqu'un à adhérer dans un mouvement qu'il ne veut pas. Mais nous allons résister jusqu'au bout », déclare Fiston Misona.

Cette situation s'est davantage aggravée avec le blocage de la route Nyabiondo-Pinga, intervenu le 21 octobre dernier. Cet axe constitue également une importante voie d'approvisionnement pour plusieurs localités de la partie nord du territoire de Walikale.

À Pinga, les conséquences sur les prix sont déjà particulièrement préoccupantes. La tige de savon, qui se vendait auparavant à 1.000 FC, atteint désormais 10.000 FC. De même, le sachet de sel, autrefois vendu à 1.500 FC, se négocie actuellement à 5.000 FC.

La fermeture successive de ces deux axes routiers accentue ainsi l'enclavement de plusieurs agglomérations de Walikale, perturbe les échanges commerciaux et réduit les possibilités d'approvisionnement des ménages.

Au-delà des pertes enregistrées par les opérateurs économiques et les transporteurs, ce sont surtout les populations civiles, particulièrement les ménages à faibles revenus, qui supportent les conséquences de cette situation à travers la hausse du coût de la vie et la raréfaction de certains produits de consommation courante.


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