Si l’armée rwandaise occupe illégalement le territoire congolais en soutenant le mouvement rebelle AFC/M23, devenu le Front pour la refondation de la nation (FRN), l’armée ougandaise quant à elle, y est présente dans le cadre d’un accord bilatérale pour mener l’opération Shujaa conjointement avec les FARDC contre les islamistes ADF qui continuent de semer la mort et la désolation parmi les populations civiles dans l’est de la République démocratique du Congo.
Alors que cette opération fait l’objet de critiques cinq ans après son lancement, une nouvelle enquête de l’organisation The Sentry, dévoilée mardi 27 octobre, appelle l’Ouganda à respecter « strictement » les accords existants avec la République démocratique du Congo, en s’abstenant d’étendre unilatéralement la portée géographique de l’opération Shujaa.
« Le gouvernement ougandais devrait veiller à ce que les déploiements de l’armée ougandaise respectent strictement les accords existants avec la RDC et s’abstenir d’étendre unilatéralement la portée géographique de l’opération Shujaa. Toute modification du mandat ou des zones de déploiement de l’opération devrait faire l’objet d’un accord conjoint, être clarifiée publiquement et se limiter aux objectifs démontrables de lutte contre les ADF », rapporte l’enquête de The Sentry.
Par ailleurs, face à la rareté des attaques des ADF sur le sol ougandais, l’enquête souligne que toute nouvelle extension des déploiements de l’UPDF devrait être justifiée par des preuves claires d’une menace persistante pour l’Ouganda. Selon l’organisation, cette situation ne devrait pas servir de prétexte au maintien d’une présence militaire ougandaise illimitée sur le territoire congolais.
« Compte tenu de la rareté des attaques des ADF sur le sol ougandais depuis la fin de l’année 2023, toute nouvelle extension des déploiements de l’UPDF devrait être justifiée par des preuves claires d’une menace persistante pour l’Ouganda, plutôt que de servir de prétexte à une présence militaire ougandaise illimitée visant à perpétuer des intérêts politiques, commerciaux ou liés aux ressources, sans rapport avec la lutte contre les ADF dans l’est de la RDC », ajoute le rapport.
Au-delà de l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, devenue le Front pour la refondation de la nation, à la tête duquel se trouve l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, la République démocratique du Congo reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans, et la violence ne faiblit pas, en dépit des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise menées depuis mai 2021 mais aussi de l’état de siège proclamé dans ces deux provinces par le chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Si les dirigeants se sont toujours montrés relativistes et optimistes face à ces deux mesures, à savoir les opérations militaires conjointes entre la RDC et l’Ouganda et l’état de siège, cinq ans après leur mise en place, estimant que des résultats palpables sont visibles tout en reconnaissant que des défis restent à relever, les élus du coin et certaines organisations de la société civile estiment que ces deux mesures n’ont pas donné les résultats escomptés et qu’elles ont, au contraire, contribué à aggraver la situation. À ce jour, l’activisme des ADF est également signalé dans la province du Haut-Uele, une province qui n’était pas touchée avant l’instauration de l’état de siège et le lancement des opérations conjointes.
Clément MUAMBA