La fête de l'indépendance, comme c'est le cas en République démocratique du Congo (RDC), est généralement perçue comme un moment de dresser le bilan de la marche du pays depuis son accession à la souveraineté. Du côté de l'AFC/M23, cette commémoration a été l'occasion de faire le point sur le processus de paix dans lequel le mouvement est engagé avec le gouvernement congolais dans le cadre des pourparlers de Doha, menés sous l'égide de l'État du Qatar.
Dans une communication faite ce mardi 30 juin 2026, Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l'AFC/M23, a accusé Kinshasa de ne pas avoir honoré ses engagements, contrairement à son mouvement. L'ancien président de la CENI affirme que la volonté de l'AFC/M23 de privilégier la paix s'est malheureusement heurtée à « l'intransigeance du régime de Kinshasa », qui, selon lui, a délibérément choisi « la voie de la terreur et de la violence ».
« Alors que nous exécutons de bonne foi tous nos engagements contenus dans les protocoles déjà signés, le régime de Kinshasa n'a, pour sa part, jamais honoré les siens. Qu'il s'agisse du respect effectif du cessez-le-feu ou de la libération des prisonniers, Kinshasa considère les initiatives de paix comme des pauses tactiques pour réarmer ses forces et poursuivre la guerre », a déclaré Corneille Nangaa.
Pour étayer ses accusations, le coordonnateur politique de l'AFC/M23 évoque des bombardements indiscriminés visant des populations et des infrastructures civiles dans les zones densément peuplées des territoires de Rutshuru, Masisi et Kalehe. Selon lui, il en est de même du blocus humanitaire ainsi que du « pogrom en cours » dans les hauts et moyens plateaux de Minembwe, qui viserait, selon ses propos, à déposséder les populations banyamulenge de leurs terres ancestrales.
« Il appert que le régime de Kinshasa est la partie au processus de paix qui n'a jamais respecté aucun de ses engagements. Il est étonnant que l'AFC/M23, seule partie respectueuse des engagements, fasse l'objet de pressions et de sanctions, alors que le régime de Kinshasa n'a, quant à lui, jamais été sanctionné, encore moins blâmé pour ses violations répétées des protocoles signés dans le cadre du processus de Doha », a déploré Corneille Nangaa.
Selon l'ancien président de la CENI, Félix Tshisekedi agit de cette manière en se retranchant derrière les accords stratégiques conclus avec les États-Unis. Corneille Nangaa lui rappelle le principe de la continuité de l'État, soulignant que « les hommes passent, mais les institutions restent ».
« Bercé par l'illusion d'obtenir, en contrepartie des ressources naturelles du pays, une intronisation à vie par certains partenaires traditionnels, Monsieur Félix Tshisekedi se targue d'être la caution personnelle des accords stratégiques sur les minerais et sabote méthodiquement toutes les initiatives nationales, régionales et internationales de paix. C'est de la pure escroquerie politique, car les hommes passent et les institutions restent », a-t-il fait remarquer.
Selon le dirigeant de l'AFC/M23, Félix Tshisekedi, en sacrifiant le dialogue sur l'autel de son ambition personnelle, a gravement ébranlé le légendaire irénisme congolais. À l'en croire, ses reniements successifs, son obstination, ses revirements incessants et son mépris des engagements pris, aussi bien à l'intérieur du pays qu'auprès de ses partenaires internationaux, ont fini par lever toute ambiguïté sur sa véritable posture.
« Désormais démasqué, il apparaît aux yeux de nombreux Congolais et de la communauté internationale comme le principal obstacle au retour de la paix et à la résolution durable de la crise congolaise. Il n'y a plus d'équivoque ! Le mal porte désormais un visage. Monsieur Félix Tshisekedi n'est plus la solution ni une partie de celle-ci ; il est devenu le problème. Tant que la crise portera son empreinte, la paix demeurera hors de portée. Comme nous l'avons toujours dit, débarrassons-nous de Jonas et le navire Congo accostera à bon port », a soutenu Corneille Nangaa.
Le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés alors que Washington poursuit des sanctions contre Kigali et l'AFC/M23
Cette communication de Nangaa Corneille intervient alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de stabiliser l’Est de la RDC et parvenir à une issue politique durable au conflit. En date du 15 novembre 2025, Kinshasa et le M23 ont signé à Doha une feuille de route devant ouvrir la voie à un accord de paix dans l’Est de la RDC. Ce texte, soutenu par Washington, le Qatar et l’Union africaine, fixe huit protocoles à négocier en urgence.
L’Accord-cadre repose sur huit protocoles thématiques, considérés comme un condensé des principales problématiques au cœur de la crise : le mécanisme de libération des prisonniers, signé le 14 septembre 2025 ; le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, signé le 14 octobre 2025 ; l’accès humanitaire et la protection judiciaire ; la restauration de l’autorité de l’État, les réformes institutionnelles et la gouvernance participative ; les arrangements sécuritaires intérimaires ainsi que le DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) ; les questions liées à l’identité, la citoyenneté, au retour et à la réinstallation des réfugiés et déplacés ; la relance économique et la réhabilitation des services sociaux de base ; et la justice, la vérité et la réconciliation.
Si deux protocoles ont déjà été signés sans être exécutés, les six autres, qui devraient faire l’objet de discussions techniques afin d’en définir les modalités précises d’exécution, les échéances et les engagements réciproques des parties signataires, restent jusqu’à ce jour au point mort. En dépit des rencontres d’évaluation qui se sont succédé de Doha à Montreux, aucune avancée concrète n’a encore été enregistrée, une situation qui favorise davantage la poursuite des hostilités sur le terrain.
Clément MUAMBA