Invité ce mercredi soir sur le Live Space X de Stanis Bujakera Tshiamala, Laurent Onyemba, professeur d'université et haut cadre du parti Ensemble de Moïse Katumbi, a livré une charge intellectuelle et politique contre le projet de changement constitutionnel porté par l'Union Sacrée.
Sur la Constitution
D'emblée, le professeur a posé le cadre. « Il n'existe pas de constitutionnaliste désintéressé », a-t-il affirmé, mettant en garde contre les experts juridiques mis en avant par le pouvoir pour justifier le changement constitutionnel. Il a également rejeté l'argument selon lequel la Constitution serait le testament politique d'Étienne Tshisekedi, père du président. « Le testament de Monsieur Tshisekedi, fût-il le père du Président, n'engage pas la communauté congolaise », a-t-il tranché. « De quel droit dois-je penser que ce que mon père me disait doit engager la République ? »
Sur le fond, Laurent Onyemba a opposé quatre arguments au camp présidentiel. Premier : la Constitution de 2006 n'a jamais été appliquée à 50% de ses dispositions. « Ceux qui disent le contraire vous mentent », a-t-il asséné, citant notamment les questions de rétrocession et de nationalité. « La majeure partie de ceux qui sont à la Présidence et au Gouvernement sont des étrangers. Si nous devons nous en tenir à l'écriture pure de la Constitution, nous sommes gouvernés par des étrangers. » Dès lors, a-t-il interrogé, « pourquoi changer une Constitution qui n'a pas été appliquée ? »
Deuxième argument : les maux du pays ne relèvent pas de la Constitution mais de la mauvaise gouvernance. « Les détournements, le tribalisme, le népotisme que nous vivons aujourd'hui, est-ce que ça relève de la Constitution ou c'est de la mauvaise gouvernance ? Du dossier des Cent Jours aux lampadaires et aux forages, connaissez-vous une disposition constitutionnelle qui a interdit à quelqu'un d'éviter les détournements ? »
Troisième argument : le véritable objectif du référendum n'est pas constitutionnel mais politique, remettre à zéro le compteur des mandats présidentiels. « Ces débats ne sont pas nouveaux en Afrique. On les a connus au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Sénégal. Les esprits éclairés savent qu'il s'agit de la déconstruction du décomptage des mandats », a-t-il affirmé, lançant un défi direct : « Peut-on organiser ce débat en 2029 ? »
Quatrième argument : « Il n'existe aucun argument scientifique qui plaide en faveur d'un changement constitutionnel. Le bilan d'une Constitution n'a pas de rapport avec la gouvernance publique. »
Sur l'UDPS et la gouvernance
Le professeur Onyemba n'a pas épargné le parti présidentiel. Il a accusé des militants de l'UDPS d'avoir mis en place un système de taxation parallèle à Limete, extorquant des commerçants souhaitant dédouaner leurs marchandises. « À Limete, si tu dois ouvrir ton conteneur qui vient de Matadi, tu dois payer à la Force du Progrès et à Kabuya. C'est l'UDPS. Augustin Kabuya les a reçus. Nous avons suivi. On les a vus », a-t-il déclaré, ajoutant avoir « vu le caractère bestial de ce genre de militants ».
Sur le Rwanda
Sur la question sécuritaire, il a interpellé le camp présidentiel sur ses propres contradictions. « On fait plus de publicité du Rwanda que le Paris Saint-Germain ou Arsenal. Mais qui a amené Paul Kagame ici dans ce pays ? Qui a logé le M23 ? Que faisait-on avec le M23 pendant leur séjour à Kinshasa ? Il est temps qu'on se dise la vérité. »
La mise en garde au président
Évoquant l’absence d'eau au robinet depuis trois mois chez lui, symbole selon lui des défaillances concrètes du pouvoir, le professeur Onyemba s'est adressé directement au président Félix Tshisekedi pour conclure. « Ces gens qui vous chantent vont vous abandonner. Kabila est resté seul », a-t-il averti. « Monsieur le Président, faites attention aux gens de l'Union sacrée. Ils discutent avec l'opposition. Ils ne sont pas sincères. »