Après la sortie officielle de la plateforme dénommée « Coalition Article 64 » (C64), l’Alliance pour le Changement (A.Ch), parti de Jean-Marc Kabund et membre de cette plateforme, a animé, dimanche 23 mai 2026, une matinée politique de restitution à son siège. L’objectif était d’expliquer à ses cadres, militants et, par ricochet, à la population, le bien-fondé de cette initiative mise en place pour défendre l’ordre constitutionnel en RDC et empêcher toute perspective d’un troisième mandat du président Félix Tshisekedi, actuellement à son second et dernier mandat à la tête du pays.
Après avoir dressé un tableau sombre de la situation socioéconomique, sécuritaire et sociopolitique du pays, imputant cette dégradation au régime Tshisekedi pour non-respect de ses engagements électoraux et pour avoir, selon lui, « tourné le dos aux besoins vitaux de la population », le secrétaire général de l’Alliance pour le Changement, Jean Paleke Atwana Tonay, a vivement critiqué toute initiative de révision ou de changement de la Constitution en République démocratique du Congo. Il estime que le contexte sécuritaire actuel ne se prête pas à un tel débat.
S’exprimant au cours de cette activité, le secrétaire général voit derrière ces manœuvres du régime une stratégie visant à se maintenir au pouvoir par voie de référendum. Pour l’Alliance pour le Changement, « il n’y aura pas de référendum tant qu’une partie de la RDC restera sous occupation rebelle ». Selon lui, le régime devrait plutôt œuvrer à l’organisation d’un dialogue national inclusif afin de résoudre la crise actuelle et de préserver l’ordre constitutionnel.
« Le message était clair : la Constitution elle-même ne prévoit pas son changement, même si l’on peut parler de révision. Le véritable problème se situe au niveau du timing. Pourquoi vouloir changer ou réviser la Constitution aujourd’hui ? La République démocratique du Congo compte 26 provinces et, aujourd’hui, deux sont occupées. Voilà pourquoi nous estimons que ce n’est pas le moment approprié », a déclaré devant la presse le secrétaire général de l’Alliance pour le Changement, Jean Paleke Atwana Tonay.
Pour la formation politique de l’ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund, la population congolaise adhère largement à la démarche de la coalition C64. Selon son secrétaire général, le peuple congolais est prêt à se mobiliser aux côtés de cette plateforme au moment opportun afin de barrer la route à toute tentative visant à maintenir Félix Tshisekedi au pouvoir par la force ou en violation de la Constitution.
« Le peuple congolais est déjà prêt et, le moment venu, il sera du côté de l’opposition. Nous avons accepté de ne pas prendre les armes, même si le pouvoir cherche constamment à associer l’opposition à ce qui se passe dans l’Est du pays. Nous sommes une opposition reconnue par la Constitution et par la loi. Le peuple sera avec nous au moment opportun et nous allons sortir pour barrer la route à quiconque pense qu’il faut toucher à cette Constitution », a prévenu Jean Paleke Atwana Tonay.
Par ailleurs, interrogé sur la mise en place, quelques jours après le lancement de la coalition C64 opposée au projet de révision constitutionnelle, d’une autre coalition initiée par le camp au pouvoir, le parti de Jean-Marc Kabund estime qu’il ne s’agit nullement d’une réplique à sa démarche, mais plutôt d’une manifestation de la peur du régime face à la montée de la contestation.
« Je pense sincèrement que cela traduit une certaine peur. Nous sommes là et nous allons barrer la route à tout groupe d’individus qui chercherait à prendre le pouvoir par la force. Le simple fait qu’ils commencent déjà à parler de changement de Constitution montre, selon nous, qu’ils considèrent eux-mêmes leur mandat comme pratiquement terminé. Mais nous, en tant que démocrates, nous attendons l’échéance normale des cinq ans », a indiqué le secrétaire général du parti de Jean-Marc Kabund.
La guerre et l’insécurité dans l’Est de la RDC, la réforme constitutionnelle ainsi que le dialogue national figurent parmi les principaux sujets qui continuent d’occuper une place prépondérante dans le paysage sociopolitique congolais. Pour certains acteurs, notamment au sein de l’opposition, la réforme constitutionnelle pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi, alors qu’il est actuellement à son second et dernier mandat.
Du côté du pouvoir, cette démarche est justifiée par la volonté de renforcer les institutions, tout en rejetant tout lien entre cette initiative et une éventuelle prolongation du mandat présidentiel.
Cette division de la classe sociopolitique congolaise autour de la réforme constitutionnelle intervient dans un contexte particulier : la Constitution de la RDC, promulguée en 2006, totalise désormais vingt ans d’existence.
Clément MUAMBA