RDC : Denis Mukwege monte au créneau contre une éventuelle révision constitutionnelle

Denis Mukwege en conférence de presse ce 29 novembre 2023 à Bukavu
Denis Mukwege en conférence de presse ce 29 novembre 2023 à Bukavu

Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a publié, dimanche 17 mai, une déclaration virulente contre toute tentative de révision constitutionnelle susceptible de permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat à la tête de la République démocratique du Congo. 

Dans ce document de deux pages relayé sur ses réseaux sociaux, le médecin congolais appelle au respect de la Constitution et met en garde contre « une dérive autoritaire » dans un contexte marqué par la persistance de la guerre dans l’Est du pays et une forte instabilité politique.

Le gynécologue et militant des droits humains estime que le débat sur une éventuelle modification de la Constitution pour permettre un troisième mandat « met à nouveau en danger les principes de base de la démocratie en RDC ».

« La Nation semble à la merci d’un homme, le président de la République, et d’un regroupement de partis politiques, l'Union sacrée, qui cherchent à s’accrocher au pouvoir », écrit-il, dénonçant ce qu’il qualifie de « système basé sur le culte de la personnalité » au détriment du principe d’alternance démocratique.

Cette sortie intervient alors que plusieurs acteurs politiques et analystes évoquent depuis plusieurs mois l’éventualité d’une réforme constitutionnelle, notamment autour des dispositions relatives au mandat présidentiel. À ce stade, aucune initiative officielle de révision n’a cependant été annoncée par les institutions congolaises.

Le contexte sécuritaire au cœur des inquiétudes

Dans son texte, Denis Mukwege lie directement cette question institutionnelle à la crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC, notamment les violences attribuées au groupe armé AFC/M23, soutenu par le Rwanda.

Le prix Nobel évoque une « menace existentielle » pesant sur le pays à cause de « la dernière guerre d’agression et d’occupation dans l’Est de la RDC ».

Il critique également les arguments sécuritaires avancés par certains acteurs pour justifier un éventuel report des élections prévues en 2028. Selon lui, si l’insécurité empêche la tenue d’un scrutin dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les mêmes contraintes rendraient également difficile l’organisation d’un référendum constitutionnel.

« Les mêmes raisons empêcheraient l’organisation d’un référendum national permettant au souverain primaire de s’exprimer sur un changement de la Loi fondamentale », affirme-t-il.

Référence aux articles verrouillés de la Constitution

Dans sa déclaration, Denis Mukwege s’appuie explicitement sur plusieurs dispositions constitutionnelles. Il cite notamment l’article 220 de la Constitution congolaise, qui interdit toute révision portant sur « le nombre et la durée des mandats du président de la République ».

Il rappelle également l’article 219, selon lequel « aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège ».

Ces références traduisent la volonté du lauréat du Nobel de défendre ce qu’il considère comme des « garde-fous démocratiques » établis après les longues crises politiques et institutionnelles qu’a connues la RDC.

Au-delà de la critique politique, Denis Mukwege lance un appel à la mobilisation citoyenne afin de préserver les acquis démocratiques.

« Nous lançons un appel à un sursaut citoyen pour que la base se réapproprie la Constitution qui énumère nos droits et libertés fondamentales et organise le fonctionnement de nos institutions », écrit-il. 

Selon lui, la constitution de la RDC dénonce à juste titre dans son préambule « l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme », qu’il considère comme des facteurs majeurs de « la ruine du pays ».

Il estime que le pays devrait plutôt concentrer ses efforts sur les priorités sécuritaires et sociales, notamment « mettre fin à la guerre dans l’Est et restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national ».

Un climat politique sous tension

Alors que la RDC traverse une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale, les débats autour des institutions et de la gouvernance prennent une dimension particulièrement sensible.

Dans sa conclusion, Denis Mukwege appelle les Congolais à « rejeter toute tentative de dérive autoritaire » et à préserver l’unité nationale face aux défis sécuritaires.

« Réaffirmons notre volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un État de droit et une Nation puissante et prospère », conclut-il, avant de reprendre le slogan : « Touche pas à ma Constitution ! ».

James Mutuba