Au deuxième jour du Sommet Africa Forward, ce mardi 12 mai à Nairobi au Kenya, le président français Emmanuel Macron a prôné un partenariat renouvelé entre l’Afrique et l’Europe, fondé sur la paix, la prospérité et l’autonomie stratégique.
Dans son mot en présence de plusieurs chefs d’État africains, de responsables onusiens et de représentants de l’Union africaine, le chef de l’État français a insisté sur la nécessité de bâtir une relation plus équilibrée et adaptée aux enjeux contemporains, dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques croissantes et des fragilités du multilatéralisme.
"Le partenariat que nous voulons pour ce sommet Africa Forum, le partenariat auquel je crois entre l’Afrique et l’Europe, est un partenariat au service de la paix, de la prospérité, mais aussi de l’indépendance et de l’autonomie stratégique. Il est très puissant, si nous arrivons à le faire, il nous permettra de rebâtir ensemble un ordre multilatéral aujourd’hui fortement bousculé, qui nous fragilise dont les dérives affectent aussi bien l’Afrique que l’Europe. Ce partenariat peut devenir une véritable source d’avenir pour chacun de nos peuples. Mais je crois profondément que la paix passera par l’unité du continent africain", a déclaré Emmanuel Macron.
M. Macron s’est dit heureux de voir "ses frères chefs d’État et de gouvernement" ainsi que les ministres présents à Nairobi malgré des agendas chargés, leur exprimant toute sa gratitude. Selon lui, cette présence collective donne une image forte d’un continent africain uni, s’étendant "du Maghreb à l’océan Indien, de l’Afrique australe jusqu’à l’Afrique de l’Ouest".
"Il n’existe pas plusieurs Afriques. On a souvent voulu nous diviser sur cette question, mais il n’y a qu’un seul continent africain, qui doit être respecté comme tel et porter un agenda commun. Cela suppose, pour nous Européens, d’être à vos côtés afin que l’Afrique soit mieux représentée dans les institutions financières internationales ainsi qu’au sein des Nations Unies. La France soutient pleinement l’idée d’une représentation africaine au Conseil de sécurité des Nations Unies", a fait savoir le président français.
Et de poursuivre :
"De la même manière que nous nous sommes battus pour que l’Union africaine obtienne un siège permanent au G20 il y a quelques années et nous y sommes parvenus, nous soutenons également une Union africaine disposant de davantage de capacités et de moyens pour conduire ses opérations de paix et de sécurité. En articulation étroite avec les Nations Unies, l’Union africaine doit pouvoir bâtir ses propres médiations et disposer des moyens nécessaires pour construire ses solutions africaines de paix et de sécurité".
Il a également insisté sur le rôle que doit jouer une Europe capable d’accompagner et de financer ces mécanismes, dans le respect total de la souveraineté des États africains, estimant que cet équilibre est indispensable pour construire une stabilité pérenne sur le continent.
Cette position du Président français Emmanuel Macron intervient dans un contexte marqué par la multiplication des conflits et des guerres à travers le monde, mais aussi sur le continent africain, avec de lourdes conséquences sur la situation humanitaire et les droits humains. Parmi les pays africains touchés figure la République démocratique du Congo, confrontée à l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23.
Dans la recherche de paix et de sécurité dans l’est de la RDC, la France a toujours exprimé son soutien aux médiations américaine et qatarie, ainsi qu’à l’Union africaine.
Mais à chaque étape des discussions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, les deux parties peinent à adopter un discours commun sur le retour de la paix dans l’est de la RDC. Depuis la rencontre de Montreux, en Suisse, Kinshasa et la rébellion AFC/M23 s’accusent mutuellement de violer les engagements de paix, notamment en raison de la poursuite des affrontements et des attaques de drones dans l’est du pays. Les avancées espérées sur le papier par les médiateurs continuent de céder la place à une méfiance grandissante et à une impasse diplomatique.
Parallèlement, il en est de même pour le processus de Washington, qui traite de la crise entre Kinshasa et le Rwanda. Malgré la tenue de plusieurs réunions entre médiateurs et facilitateurs, la situation sur le terrain peine à s’améliorer, dans un contexte où chaque partie interprète les dispositions des accords à sa manière, compliquant davantage leur mise en œuvre.
À ce tableau s’ajoute une série de massacres de populations civiles attribués aux rebelles terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF), qui continuent de semer la désolation parmi les populations civiles, malgré les opérations militaires conjointes menées par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les forces ougandaises. Cette situation aggrave davantage la crise humanitaire dans cette partie de la RDC et entraîne des déplacements massifs de populations.
Clément MUAMBA