Alors qu’ils ont toujours entretenu des relations tendues depuis les élections générales de décembre 2018, malgré une accalmie observée après sa rencontre avec Félix Tshisekedi autour de l’initiative du dialogue national, une nouvelle guerre politique est désormais ouverte entre Martin Fayulu, président de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECIDé), et le parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS/Tshisekedi).
Au cours de sa communication faite au lendemain de la sortie médiatique du chef de l’État Félix Tshisekedi, Martin Fayulu a affirmé avoir contribué à la relance des activités de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) au début des années 2010. À l’en croire, après les élections de 2006, l’UDPS était absente de la scène politique congolaise. Le leader de l’ECIDé a révélé que c’est lui qui était allé voir Étienne Tshisekedi afin de pousser l’UDPS à se réveiller politiquement.
" En 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 où était l’UDPS ? Quelqu’un parlait de l’UDPS dans ce pays ? Si quelqu’un veut me contredire, qu’il vienne. C’est moi qui ai ressuscité l’UDPS. Je suis allé voir Étienne Tshisekedi en février 2010. J’ai fait un programme avec lui, je lui ai dit que j’ai un plan d’action. Il m’a envoyé Albert Moleka ( ancien porte-parole d'Etienne Tshisekedi), Shabani Jacquemain est là et il peut témoigner ", a déclaré Martin Fayulu.
Une déclaration qui a rapidement suscité une vive réaction du secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya, qui a accusé, lundi 11 mai, le leader de l’ECIDé de vouloir réécrire l’histoire politique de l’opposition congolaise.
Augustin Kabuya rejette ce qu’il qualifie de " récit mal préparé ", affirmant que les propos de l’opposant relèvent d’une tentative de récupération politique et d’une falsification des faits.
" Comment a-t-il vécu entre 2006 et 2010 ? (…) L’UDPS avait boycotté le processus électoral. Pourtant, à cette même période, Monsieur Martin Fayulu était député provincial. Lui participait donc au processus ", a réagi Augustin Kabuya.
Selon lui, l’UDPS était déjà active durant cette période malgré le boycott électoral de 2006. Il rappelle notamment les activités politiques menées sous la direction d’Alexis Mutanda comme Secrétaire général ainsi que les actions de restructuration du parti à travers le pays. Kabuya affirme, par ailleurs, que Martin Fayulu avait été introduit au sein du parti par Albert Moleka dans un contexte lié à l’élection du gouverneur de Kinshasa opposant André Kimbuta à Adam Bombole.
" Pourquoi était-il venu vers nous ? Tout le monde connaît le contexte de l’élection du gouverneur de Kinshasa entre André Kimbuta et Adam Bombole. Il fallait se rapprocher d’un grand parti comme l’UDPS. Voilà ce qui s’était réellement passé. Il n’était pas venu soutenir l’UDPS. Au contraire, il était venu chercher une légitimité politique pour être blanchi à travers l’UDPS ", a fait savoir Augustin Kabuya.
Augustin Kabuya est également revenu sur plusieurs épisodes ayant opposé Martin Fayulu à l’UDPS, notamment après les élections de 2011, lorsque Martin Fayulu avait choisi de siéger à l’Assemblée nationale malgré le mot d’ordre de boycott lancé par Étienne Tshisekedi. Le chef du parti présidentiel a aussi évoqué les discussions de Genval en 2016, affirmant que Fayulu tenait déjà, selon lui, des positions critiques en interne vis-à-vis du parti et du retour d’Étienne Tshisekedi au pays.
" Venir aujourd’hui raconter des contrevérités devant la presse était pour nous une humiliation. Il fallait rétablir cette vérité. Martin Fayulu sait très bien dans quelles conditions il est arrivé à l’UDPS. Nous l’avons fabriqué politiquement. Je pèse bien mes mots. Nous l’avons fabriqué. Dans tous les combats menés par l’UDPS pendant de longues années, Fayulu n’était pas avec nous. Tous les anciens du parti savent de quoi je parle. Chercher aujourd’hui à tromper le peuple congolais avec des mensonges sur un grand parti qui possède une longue histoire politique revient à manquer de respect à la mémoire d’Étienne Tshisekedi ", a fait savoir Augustin Kabuya, chef du parti présidentiel.
Et de poursuivre :
" En 2016, Étienne Tshisekedi nous confie la mission de réunir l’ensemble de l’opposition congolaise pour les discussions de Genval, en Belgique. À cette époque déjà, nous savions que Fayulu tenait plusieurs discours négatifs en interne. Il doutait même du retour vivant d’Étienne Tshisekedi au pays. En 2016 encore, qu’il dise à la presse ce qu’il avait conseillé à un acteur important de la société civile : il lui avait recommandé de rester derrière Étienne Tshisekedi s’il voulait exister politiquement. Et lorsqu’il s’est retrouvé plus tard sur le boulevard Triomphal au meeting d'Etienne Tshisekedi, il avait même rappelé cette personne pour lui dire : “Vous m’avez sauvé ".
Toujours dans la logique de son argumentaire, Augustin Kabuya est revenu sur les dernières élections ayant conduit Félix Tshisekedi à la magistrature suprême face à Martin Fayulu. Selon lui, cette victoire démontre la grandeur et le poids politique de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).
" En 2018, il était candidat avec nous. Il a beaucoup contesté les résultats en se proclamant président élu. Mais nous maintenons que c’est Félix Tshisekedi qui a remporté les élections. Fayulu est une fabrication médiatique et des réseaux sociaux. Politiquement, il ne représente pas ce qu’on veut faire croire. Mais manquer de respect à un grand parti politique qui possède une histoire dans ce pays reste extrêmement grave ", a fustigé Augustin Kabuya.
Cette bataille politique intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, marqué par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, mais aussi par les tensions autour d’une probable réforme de la Constitution, un sujet qui divise davantage la classé sociopolitique de la République démocratique du Congo.
Clément MUAMBA