Est de la RDC: violences sexuelles liées aux conflits en baisse en janvier, le M23 reste le principal auteur (BCNUDH)

Photo d'illustration d'une femme violée
Photo d'illustration d'une femme violée

Au cours du mois de janvier 2026, le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme en République démocratique du Congo (BCNUDH) a documenté au moins 46 cas de violences sexuelles liées aux conflits (VSLC), affectant 61 victimes (39 femmes, 21 filles et un homme). Selon le rapport du Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme en République démocratique du Congo (BCNUDH), rendu public lundi 6 avril 2026, ce chiffre représente une diminution de 59 % par rapport au mois précédent, au cours duquel 147 victimes (102 femmes et 45 filles) avaient été documentées.

D’après ce document, cette baisse de 59 % des cas documentés en janvier 2026 s’explique principalement par la sous-documentation due à l’insécurité et aux difficultés d’accès des victimes à l’assistance humanitaire, plutôt que par une réelle diminution des violences. Sur le plan géographique, les VSLC sont concentrées à 54 % dans la province du Nord-Kivu (22 femmes et 11 filles). Viennent ensuite le Sud-Kivu, avec 36 % (13 femmes et 9 filles), et l’Ituri, avec 10 % (4 femmes, une fille et un homme).

À l’instar des mois précédents, les principaux auteurs restent les groupes armés, responsables de 52 % des cas de VSLC, soit 32 victimes. Les agents étatiques sont, quant à eux, responsables de 46 % des cas, soit 28 victimes. Les violations des droits de l’homme ayant fait au moins 25 victimes (15 femmes, neuf filles et un homme) sont attribuées aux Forces armées de la République démocratique du Congo. Deux femmes sont attribuées à la Police nationale congolaise, et une fille à un fonctionnaire de l’État affecté aux services des mines et de l’énergie.

Selon le rapport, aucun cas n’a été enregistré dans les provinces du Maniema et du Tanganyika. Sur l’ensemble des incidents documentés, le viol représente la forme la plus courante de VSLC, avec 20 cas enregistrés. Les viols collectifs constituent la deuxième catégorie la plus fréquente, avec 12 cas. À l’instar des mois précédents, les principaux auteurs restent les groupes armés, responsables de 52 % des cas de VSLC, soit 32 victimes.

Le M23 arrive en tête, avec 21 victimes (13 femmes et huit filles), suivi des Nyatura (quatre victimes : deux femmes et deux filles), des Raïa Mutomboki (trois victimes : deux femmes et une fille) et des ADF (deux femmes). Les agents étatiques sont responsables de 46 % des cas, soit 28 victimes. Parmi celles-ci, 25 victimes (15 femmes, neuf filles et un homme) sont attribuées aux FARDC, deux femmes à la PNC, et une fille à un fonctionnaire de l’État affecté aux services des mines et de l’énergie.

Conformément aux tendances observées au cours de ce mois, les violences sexuelles sont couramment utilisées comme moyen de représailles entre les parties au conflit. Par exemple, le 21 janvier, à Loda/Sanduku, dans le territoire de Djugu (province de l’Ituri), quatre militaires des FARDC ont violé une fille âgée de 9 ans, en la menaçant de mort avec leurs armes. Cet acte s’inscrirait dans le cadre de représailles exercées par les FARDC contre les populations locales, dans le contexte des opérations militaires en cours contre les membres de la CRP.

Parmi les 46 cas documentés, la majorité des victimes (30) a bénéficié de soins médicaux.

Depuis le début de l’année, l’escalade du conflit et l’intensification des attaques de la rébellion AFC/M23, appuyée par le Rwanda au Nord et au Sud-Kivu, ont déplacé des centaines de milliers de personnes, aggravant une crise humanitaire déjà critique. Les violences ont fait des centaines de morts et des milliers de blessés, tandis que les routes coupées et l’insécurité généralisée compliquent davantage l’accès des humanitaires aux populations vulnérables.

Malgré ces conditions difficiles, les acteurs humanitaires poursuivent leurs opérations vitales en négociant l’accès aux zones affectées et en fournissant des soins médicaux d’urgence, une aide alimentaire et d’autres formes d’assistance essentielle. L’ONU insiste sur l’urgence de garantir un accès humanitaire rapide, sécurisé et sans entrave, en levant tous les obstacles encore persistants.

En dépit des avancées annoncées dans le cadre des initiatives de médiation notamment le processus de Washington piloté par les États-Unis pour le dossier RDC–Rwanda, ainsi que l’implication du Qatar dans la crise opposant la RDC à la rébellion AFC/M23, la situation sur le terrain peine à s’améliorer. Face à ce constat, de nombreuses voix appellent les parties prenantes à respecter leurs engagements dans les différents accords et déclarations signés, afin de faire taire les armes et offrir enfin une chance à la paix après près de trois décennies de conflit.

Clément MUAMBA