Le M23 continue d’attaquer les journalistes, plusieurs sont enlevés dans les zones sous son contrôle dans l’Est de la RDC, rapporte le BCNUDH

Les rebelles du M23 à Goma
Les rebelles du M23 à Goma

Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme en République démocratique du Congo (BCNUDH) a documenté sept violations et atteintes aux droits humains liées à l’espace civique, ayant fait neuf victimes, dont une femme. Selon le rapport couvrant le mois de février 2026, rendu public lundi 6 avril 2026, cela représente une diminution par rapport au mois précédent, où 28 violations avaient été enregistrées, faisant 62 victimes.

Toutes ces violations ont été signalées dans la province du Sud-Kivu (sept violations). D’après le BCNUDH, elles ont été commises par des groupes armés, dont six par les Wazalendo et une par l’AFC/M23. Selon cette branche du système des Nations Unies en RDC, le M23 continue de mener des attaques contre les journalistes dans les zones sous son contrôle.

"Pendant le mois en revue, des journalistes ont été  enlevés pour avoir couvert des sujets ou publié des faits sans l’autorisation des responsables locaux de l’AFC/M23. A titre d’illustration, le 28 janvier, à Kamanyola, territoire de Walungu, province du Sud Kivu, un journaliste a été enlevé  par des membres du M23. La victime a été extraite de la salle de classe, alors qu’elle dispensait un cours et conduite vers une destination inconnue pour avoir prétendument rédigé et publié un article sur l’assassinat d’un officier des FARDC par le M23", indique le BCNUDH dans son rapport du mois de janvier.

Ces faits corroborent le dernier rapport de Reporters sans frontières (RSF), intitulé « Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs ». Ce document, rendu public le jeudi 26 mars à Kinshasa lors d’une conférence de presse conjointe avec Journalistes en Danger (JED), propose une immersion dans le quotidien des journalistes évoluant dans une région confrontée à une instabilité politique et économique persistante. Il rend notamment hommage aux journalistes blessés, agressés ou tués ces dernières années, souvent dans un contexte d’impunité.

Le rapport accorde une attention particulière à la République démocratique du Congo, considérée comme l’un des épicentres de la dégradation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, conséquence notamment de la situation conflictuelle dans sa partie orientale, avec des répercussions directes sur l’exercice du métier de journaliste.

Dans ses conclusions, RSF dresse un état des lieux préoccupant de la liberté de la presse dans les six pays couverts par l’étude : la RDC, le Burundi, l’Ouganda, le Rwanda, le Kenya et la Tanzanie, où la situation est jugée « difficile » à « très grave ». Près de 500 journalistes y ont été arrêtés ou détenus, dont 111 pendant plus de deux jours, parmi lesquels figure le journaliste congolais Stanis Bujakera. Le rapport mentionne également des meurtres et disparitions non élucidés, des cadres juridiques et administratifs contraignants, ainsi que la précarité économique affectant l’indépendance des médias.

Concernant la partie orientale de la RDC, RSF indique que cette zone concentre le plus grand nombre d’exactions contre les journalistes. L’organisation souligne que des recommandations spécifiques ont été adressées à certains pays de la région, notamment pour la mise en place de mécanismes d’alerte, la lutte contre l’impunité et la cessation des violences à l’encontre des professionnels de l’information. Sur le plan méthodologique, RSF précise que ce travail repose sur un dispositif de monitoring assuré depuis son bureau de Dakar, couvrant l’Afrique subsaharienne, et s’appuyant sur un réseau de correspondants et partenaires répartis dans 43 pays.

Face à ces constats, l’organisation recommande la mise en place de mécanismes de protection des journalistes, incluant des systèmes d’alerte rapide, l’ouverture systématique d’enquêtes en cas d’atteinte à la liberté de la presse, ainsi que le renforcement des dispositifs de protection en faveur des journalistes contraints à l’exil. Cette publication met en lumière l’urgence d’une mobilisation accrue, tant au niveau régional qu’international, afin de garantir des conditions d’exercice sécurisées pour les professionnels des médias et de préserver la liberté d’informer dans l’espace des Grands Lacs.

La publication de ce rapport intervient dans un contexte marqué par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, qui occupe de vastes pans des provinces du Nord et du Sud-Kivu, ainsi que par des tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, caractérisées par des accusations mutuelles concernant des violations de l’Accord de Washington, signé sous les auspices des États-Unis d’Amérique. Les initiatives diplomatiques censées gérer ces tensions restent au point mort, sans progrès réel sur le terrain.

Clément MUAMBA