Peinture : Henri Kalama présente “Abstraire”, une immersion dans l’expressionnisme des couleurs

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Exposition "Abstraire"

La Trust Merchant Bank (TMB) a accueilli, ce vendredi 3 avril, le vernissage de la deuxième phase de l’exposition "Abstraire" du peintre, artiste plasticien congolais et Directeur Général de l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, Henri Kalama Akulez. À travers une sélection d’œuvres issues de plusieurs séries majeures, l’artiste propose une immersion dans un univers où la musicalité des couleurs dialogue avec un expressionnisme profondément marqué par les tensions du monde contemporain et les combats de l’âme.

Cette nouvelle étape du cycle d’exposition met en évidence une démarche artistique qui s’inscrit dans une exploration sensible de la réalité. Loin de s’éloigner du réel, l’abstraction devient, pour Henri Kalama, un moyen d’en révéler la profondeur par l’expérience plutôt que par la représentation figurative.

« Pour moi, l’abstraction n’est pas l’absence de la réalité. Dans l’abstraction, la réalité se vit sous forme d’expérience, contrairement à la figuration où elle se vit par ressemblance. J’invite votre sensibilité. Ne venez pas pour reconnaître, mais pour connaître », a expliqué l’artiste lors du vernissage.

Dans "Abstraire", Henri Kalama conçoit la peinture comme une forme de composition où la couleur devient langage et vibration. L’artiste se présente comme un « compositeur de couleurs », élaborant des œuvres où matières, rythmes et intensités lumineuses participent à une expérience sensorielle et spirituelle. Cette approche puise notamment dans la notion du "Duende", concept cher au poète espagnol Federico García Lorca, qui évoque une force mystérieuse et profondément émotionnelle animant l’acte créateur.

À travers cette référence, l’artiste revendique une dimension mystique de la création, où l’œuvre devient un espace de tension entre lumière et obscurité, joie et gravité, présence et absence. Cette dualité se manifeste dans plusieurs séries exposées, notamment "Charnier des innocents", "Terrain de jeux", "Vibrations cosmiques" et "Présence-Absence", qui traduisent une réflexion à la fois esthétique, existentielle et politique.

Vingt-cinq œuvres pour une exploration plastique et conceptuelle

La deuxième phase de l’exposition rassemble vingt-cinq œuvres issues principalement des séries « Présence-Absence », « Vibrations cosmiques » et « Terrain de jeux ». Ces ensembles témoignent d’une cohérence artistique fondée sur une recherche plastique rigoureuse, où les formes, les textures et les dynamiques chromatiques construisent un espace de contemplation et d’interprétation.

La série "Vibrations cosmiques" explore notamment une dimension énergétique du monde, mettant en scène des flux et des pulsations évoquant des forces invisibles à l’œuvre dans l’univers. À travers ces compositions, l’artiste interroge la relation entre matière et spiritualité, tout en invitant le spectateur à dépasser la simple lecture formelle pour accéder à une expérience sensible.

Selon Henri Kalama, l’abstraction constitue un cheminement intellectuel et émotionnel permettant de synthétiser la réalité. 

« Cette exposition est un voyage, un processus. L’abstraction n’est pas un refus du réel, mais une manière de le condenser, de le vivre autrement », explique-t-il. 


Une démarche collaborative portée par l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa

L’exposition « Abstraire » s’inscrit également dans une dynamique collective associant enseignants, étudiants et anciens étudiants de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. La scénographie a mobilisé plusieurs jeunes artistes, parmi lesquels Arsène Mpiana, Ronald Bosete, Dareck Tuba, Azgard Itambo, Melisa Kayowa, Serge Matuta, Landry Ndungi, Guylith Jr Tambwe, Wage Masongi, Moise Kunga, Jessy Dunga, Jules Mema, Exaucé Mono, Shilo Kabeya, Trésor Nzolameso, Adriel Bwami, Michaël Kakule, Sam Bosingwa, Symeon Kalonji, Georges Buanga, Exaucé Mambuku et Belone Mitombe.

Le commissariat de l’exposition a été assuré par Prisca Tankwey, artiste plasticienne et cheffe du département peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, qui a piloté le travail curatorial en collaboration avec une équipe pluridisciplinaire.

Pour Henri Kalama, cette approche collective reflète l’ambition de renforcer la position de l’Académie comme institution de référence dans la formation artistique en Afrique. 

« Toutes ces expositions sont le fruit d’un travail collaboratif. Elles traduisent la volonté de construire une école d’excellence au cœur de l’Afrique, en valorisant une jeunesse compétente, créative et décomplexée », a-t-il souligné.

Cette exposition reste ouverte jusqu’au 4 mai prochain. Après cette deuxième phase organisée à la TMB, le cycle "Abstraire" se poursuivra dans les prochains jours à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa ainsi que dans une galerie privée de la capitale. Cette itinérance vise à favoriser l’accessibilité des œuvres et à renforcer les échanges entre artistes, chercheurs et amateurs d’art contemporain.

James Mutuba