Aéroport de Goma: Kinshasa appelle l’AFC/M23 "à une prise de conscience" pour améliorer rapidement l’accès humanitaire et relancer les vols humanitaires 

Aérogare de l'aéroport de Goma/Ph ACTUALITE.CD
Aérogare de l'aéroport de Goma/Ph ACTUALITE.CD

L’aéroport de Goma, principale infrastructure pour le déploiement des actions humanitaires dans l’Est de la République démocratique du Congo, reste toujours fermé, en dépit des multiples appels à sa réouverture depuis la prise de la ville il y a plus d'une année par la rébellion de l’AFC/M23. Cette situation préoccupe la communauté internationale et le gouvernement congolais, au regard de la crise humanitaire dans cette partie du pays.

Au cours d’un échange avec l’ensemble du corps diplomatique accrédité à Kinshasa, mercredi 25 mars 2026, la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présenté une situation qu’elle qualifie de « préoccupante ». 

"Notre préoccupation est de voir que les corridors humanitaires soient rétablis, que l’accès humanitaire soit rétabli. Nous savons tous que les premières victimes de cette crise sont les populations civiles, d’abord congolaises, mais aussi celles de la région des Grands Lacs. Ce conflit a des répercussions directes mais aussi indirectes sur toute la région, sur sa capacité à se développer et à réaliser son potentiel. Nous demeurons préoccupés par le manque d’accès humanitaire. Du côté du gouvernement, nous avons signalé de manière aussi claire, à travers notre participation à différentes initiatives, y compris celle initiée par le président français, sur les questions humanitaires dans la région des Grands Lacs", a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner.

Se fondant sur les recommandations issues de la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, tenue à Paris le 30 octobre 2025, sommet qui avait permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros d’aide humanitaire ainsi que la réouverture de l’aéroport de Goma aux vols humanitaires , Thérèse Kayikwamba Wagner note que la situation sur le terrain n’évolue pas. Elle accuse l’AFC/M23 de manquer de volonté politique sur une question pourtant réalisable, en vue de soulager les populations civiles.

Coorganisé avec le Togo, cet événement visait à répondre à la crise en RDC, à sécuriser l’acheminement de l’aide aux civils et à promouvoir une stabilité durable face à l’urgence humanitaire.

"Nous n’avons pas encore vu les améliorations que nous aurions souhaité voir, y compris la réouverture de l’aéroport de Goma. Nous avions pourtant fait un travail important avec nos différents partenaires humanitaires. À la veille de la réunion de Paris, j’avais eu une réunion de travail assez pratique avec des collègues humanitaires pour identifier les voies et moyens de faciliter une réouverture de l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires. Nous constatons que, d’un point de vue pratique, cela est tout à fait faisable. Ce qui semble manquer dans l’équation, c’est la volonté politique et peut-être aussi une dose d’humanisme. Nous espérons qu’il y aura, du côté opposé, une prise de conscience qui se matérialisera rapidement par une amélioration de l’accès humanitaire, notamment par une réouverture partielle de l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires", a-t-elle fait savoir.

Les questions liées à la situation humanitaire et à la réouverture de l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, ont toujours été au cœur des tensions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23. Si Kinshasa et l’ensemble de la communauté humanitaire estiment que la situation reste préoccupante et nécessite des réponses urgentes en faveur des populations civiles, tel n’est pas le cas du côté de la rébellion. Celle-ci affirme plutôt qu’il y a une amélioration de la situation humanitaire dans les zones sous son contrôle, soutenant en revanche que la situation est alarmante dans les zones contrôlées par le gouvernement de Kinshasa.

À Goma, le 20 février, Corneille Nangaa, Coordonnateur politique de l'AFC/M23 avait voulu corriger une image. Celle d’un mouvement accusé de bloquer la réouverture de l’aéroport international, infrastructure stratégique fermée depuis l’occupation de la ville par l’AFC/M23 fin janvier 2025. Devant la commissaire européenne Hadja Lahbib, puis face à la presse, le coordonnateur politique de la rébellion avait assuré que les « premiers demandeurs » de la réouverture étaient les autorités présentes à Goma, c’est-à-dire son mouvement.

Si l’aéroport reste fermé, avait-il expliqué, c’est en raison de « contraintes d’ordre sécuritaire, technique et surtout administrative ». Il avait regretté que les partenaires internationaux « aient toujours toqué à la mauvaise porte », en s’adressant à Paris, à Kinshasa ou en évoquant Kigali, alors que, selon lui, les « autorités gardiennes » du site se trouvent à Goma c'est-à-dire les dirigeants de l'AFC/M23.

Clément MUAMBA