L'ambition de doter la RDC d'un fichier général de la population pourrait redevenir un objet de tensions politiques autour du calendrier électoral de 2028, selon une note de l'institut congolais de recherche Ebuteli publiée en mai 2026.
Le document rappelle que le 25 février 2026, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a officiellement remis son fichier électoral à l'Office national d'identification de la population (Onip), tout en précisant que ce fichier devra d'abord être mis à jour. Quelques semaines plus tard, le 6 mai, le président Félix Tshisekedi a déclaré qu'il n'y aurait pas d'élections en 2028 tant que la guerre dans l'Est n'aurait pas pris fin.
Dans ce contexte, Ebuteli souligne que l'enrôlement des électeurs par la Ceni n'a toujours pas réellement démarré conformément à sa propre feuille de route. Faute de financement, l'institution n'a pas pu lancer l'enrôlement prévu dans une aire opérationnelle au dernier trimestre 2025. Selon le rapport annuel de la Ceni pour l'exercice 2025-2026, le gouvernement ne lui a versé en 2025 que 12,6 milliards de francs congolais, loin des montants sollicités.
Sur le front du recensement général, une table ronde des bailleurs de fonds tenue le 23 mars 2026 à Kinshasa a permis de mobiliser près de 200 millions de dollars pour le deuxième recensement général de la population et de l'habitat (RGPH-2), soit davantage que les besoins initialement projetés à 188,47 millions puis réévalués à 192 millions de dollars. Cette opération doit se dérouler sur trente mois à compter de la mise à disposition des financements, ce qui rend peu probable, selon Ebuteli, la disponibilité de données démographiques suffisamment actualisées avant les élections initialement prévues en 2028.
La note pointe également les rivalités institutionnelles entre la Ceni et l'Onip. Dans sa feuille de route publiée en avril 2025, la Ceni rappelle que ses attributions en matière d'identification et d'enrôlement des électeurs sont "non négociables". L'idée de mutualisation entre les deux institutions, instaurée par décret en mars 2022, "n'est plus du tout consensuelle au sein de la Ceni depuis 2022", selon Ebuteli.
Les marchés liés à l'identification biométrique alimentent par ailleurs des soupçons récurrents de corruption. En 2023, un contrat évalué à 1,2 milliard de dollars avait été signé avec le consortium Afritech-Idemia avant d'être résilié en août 2024, à la suite d'un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) évoquant des indices de surfacturation et une répartition des revenus jugée déséquilibrée : 60% pour le consortium, 20% pour l'État congolais, à égalité avec les banques chargées du financement.