Depuis la semaine dernière, de longues files d'attente se forment devant des stations-service, des véhicules disputant l’achat du carburant qui se fait de plus en plus rare. À mesure que la situation persiste, l’opinion redoute une pénurie des produits pétroliers, expliquée notamment par la guerre en Iran, dont le gouvernement a décidé de bloquer le détroit d’Ormuz après des frappes Israëlo-américaines.
Mais à Kinshasa, les autorités écartent l’hypothèse d’une quelconque pénurie au pays. Entre les propos de la ministre des hydrocarbures, niant l’existence d’une pénurie de carburant au pays et la situation sur le terrain, il y a un fossé. De l’intendance générale de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), passant par la station Salongo, le carrefour Sous-région, l’Échangeur de Limete dans la commune de Lemba, les longs des boulevards Lumumba, Sendwe et Triomphale, toutes les stations-service sont fermées, pompes accrochées.
Dans tous ces coins parcourus, seules deux stations-service fonctionnent timidement, celle en face du mausolée du premier Premier ministre Patrice Lumumba à Limete, ainsi que celle à l’entrée de l’avenue des Huileries, en face du stade des Martyrs dans la commune de Lingwala.
Souffrance des conducteurs et des Kinois
Sur chaque arrêt, ce matin, plusieurs personnes, prêtes pour sortir, font le pied de grue en attendant désespérément un moyen de transport qui n’arrive pas. Seuls quelques bus, et taxis-bus et motos prennent le risque de sortir, après approvisionnement auprès des revendeurs qui font le chou gras. Ils disent mettre plusieurs heures avant d’être servis, et regrettent la situation qui paralyse leurs activités.
Des coupes d’argent dénoncées dans des stations-service ouvertes
Quelques conducteurs, rencontrés à l’intendance générale, dénoncent ce qu’ils qualifient « des coupes d’argent » dans certaines stations-service où il reste un peu de stocks de carburant en vente, sans lesquels certains de leurs collègues ne sont pas servis.
Kabeya, allias Damso, a heureusement eu du carburant après plusieurs heures vers la frontière du district de la Tshangu, au versant Est de Kinshasa. Mais il dit être agacé pour avoir été contraint de se faire couper plus de deux mille francs congolais avant d’acheter cinq litres ce matin.
« Nous souffrons comme pas possible. Il n’y a pas de carburant. On met plusieurs heures à faire la queue pour attendre le carburant. Mais à part ça, on coupe 2000 FC sur chacun, je ne sais pas c’est pour quelle raison. Et lorsque nous, nous allons augmenter le prix de la course, les passants vont nous condamner. Que les autorités voient cette situation », s’est-il plaint à ACTUALITE.CD.
Un autre, conducteur de moto, témoigne avoir débarqué à la station-service à six heures et il a quitté à environ onze heures, et s’inquiète de perdre tout le temps pour réunir le versement journalier. Comme Kabeya, lui aussi dit avoir subi des coupes mais affirme que le prix du litre demeure le même, malgré la pénurie.
« Aller à la station à six heures pour y quitter à onze heure, c’est une perte de temps. On souffre, on peine à réunir le versement. Surtout avec des coupes que des stations-service ont adoptées, c’est compliqué. Imaginez que quelqu’un qui achète dix litres et on doit le couper dix mille francs. Ça s’explique comment ? », s’interroge-t-il.
Plusieurs conducteurs de motos, par mesure de prudence, trimballent des bidons de cinq litres derrière leurs pare-chocs, espérant trouver une station ouverte ou un Kadhafi disponible ( revendeur des pétrole en jargon kinois) afin de s'approvisionner pour continuer leur travail.
La ministre des hydrocarbures avait démenti l’existence d’une pénurie de carburant, dénonçant une rumeur, et assurant que le stock disponible pourra assurer la couverture, d’après les données lui fournies par Sep Congo.
Avant cette perturbation, elle avait proposé au gouvernement des mesures à moyen et en long terme pour contenir l’éventuelle crise qui se dessinait avec la guerre en Iran.
Il s’agissait de :
- la construction d’une raffinerie modulaire pour réduire l’indépendance du pays ;
- le développement de l’industrie pétrolière par la relance des appels d’offre ;
- la construction des infrastructures de stockage dans toutes les provinces.
Samyr LUKOMBO