Dans l’Est de la République démocratique du Congo, la province de l’Ituri vient de se doter de la première Stratégie provinciale des solutions durables en Ituri (2026–2030), élaborée sous la houlette du gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama. L’adoption de cette nouvelle stratégie fait suite à deux missions coordonnées du système des Nations Unies et de l’Équipe Europe (Team Europe Initiative – Paix et Sécurité), qui ont séjourné à Bunia, chef-lieu de la province du 2 au 6 mars 2026.
Selon un communiqué du système des Nations Unies rendu public mardi 10 mars 2026, ces missions ont réaffirmé l’engagement partagé en faveur de la protection des civils, du renforcement de la cohésion sociale et de la recherche de solutions durables face aux défis persistants en Ituri. Province stratégique de l’Est de la RDC, l’Ituri reste fortement affectée par des violences armées entraînant des déplacements massifs de populations, mais offre également des opportunités en matière de stabilisation et de retour.
"Dans ce contexte, la nouvelle Stratégie provinciale constitue une avancée majeure vers une approche véritablement intégrée humanitaire–développement–paix (HDP Nexus). Elle ambitionne de contribuer à faire de l’Ituri « une province résiliente, inclusive et pacifiée, où les personnes déplacées internes, les retournés et les communautés hôtes vivent dans la paix, la dignité, la sécurité et la prospérité grâce à des solutions durables intégrées ", lit-on dans le communiqué du Système des Nations-Unies
Lors de visites d’activités financées par l’Union européenne et ses États membres, ainsi que par le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF) des Nations Unies, les deux missions ont souligné l’importance du leadership national et provincial dans la mise en œuvre, à grande échelle, de cette stratégie. Elles ont également insisté sur la nécessité d’accroître les synergies entre les différents acteurs et de s’inscrire durablement dans le cadre structurant qu’offre cette stratégie provinciale.
D’après le même document du système des Nations Unies, le gouverneur et son équipe ont réaffirmé leur disponibilité à assurer la coordination des acteurs humanitaires, de développement et de paix en Ituri
"Le système des Nations Unies, à travers son équipe provinciale pour l’Ituri, et l’Équipe Europe ont exprimé leur engagement à accompagner une mise en œuvre inclusive, territorialisée et cohérente, en appui à cette ambition provinciale, en portant une attention particulière à l’égalité de genre et à la participation des femmes. Cette dynamique vise à renforcer une convergence entre construction de la paix, stabilisation, protection des civils et développement durable, afin de s’attaquer aux causes structurelles des besoins humanitaires et d’accompagner l’Ituri sur la voie de la paix et de la résilience", souligne le système des Nations Unies
Cet accompagnement du système des Nations Unies et de l’Union européenne intervient dans un contexte où la guerre et l’insécurité dans la province de l’Ituri sont perçues par certains acteurs du paysage sociopolitique congolais comme une crise oubliée ou peu médiatisée, alors qu’elle continue de coûter la vie à de nombreux civils. Cette situation rend également la crise humanitaire particulièrement préoccupante, marquée par un nombre élevé de populations déplacées et de victimes.
Depuis 2021, la province de l’Ituri est placée sous état de siège, avec une gestion administrative et la conduite des opérations sécuritaires assurées par les autorités militaires. Si certains estiment que cette mesure devrait être levée en raison de résultats jugés insuffisants, les autorités affirment qu’elle a permis certaines avancées, tout en reconnaissant que le processus de pacification de la province reste encore en cours.
Tout comme dans le Grand Nord, l’Ituri reste confrontée aux attaques répétées des ADF, un groupe armé initialement ougandais. Actifs depuis près de trois décennies dans l’est de la RDC, les ADF ont prêté allégeance en 2019 au groupe État islamique, qui les présente désormais comme sa branche en Afrique centrale. Malgré les opérations militaires conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise, la menace persiste. Outre l’activisme des ADF, la province est également fragilisée par des tensions intercommunautaires déjà explosives.
La pénurie de financements humanitaires au niveau international a considérablement affecté la réponse sur le terrain. De nombreuses voix s’élèvent pour appeler le gouvernement à combler ce déficit budgétaire, à rétablir la paix et à assumer pleinement sa responsabilité dans la prise en charge des populations déplacées. Ces appels insistent également sur la nécessité de renforcer la présence militaire afin de restaurer l’autorité de l’État et de faciliter le retour des habitants dans leurs villages.
Clément MUAMBA