Le fait du jour
Goma sous les drones. Tôt ce mercredi matin, des frappes ont touché le quartier résidentiel Himbi à Goma. Trois morts selon un bilan provisoire de l'AFC/M23, dont une humanitaire française de l'UNICEF, Karine Buisset, tuée dans la résidence où elle vivait avec d'autres travailleurs humanitaires, parmi lesquels des agents d'ECHO, le service humanitaire de la Commission européenne. L'armée congolaise n'a ni démenti ni revendiqué ces frappes. L'AFC/M23, qui contrôle la ville depuis janvier 2025, les attribue directement aux FARDC et accuse le président Tshisekedi de vouloir décapiter son leadership. Le mouvement affirme que les frappes visaient nommément le coordinateur politique Corneille Nangaa, le coordinateur militaire Sultani Makenga et leurs deux adjoints Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki.
Kinshasa, de son côté, dit avoir pris connaissance des explosions et indique que des enquêtes sont en cours pour en déterminer les circonstances exactes. Le gouvernement exprime sa tristesse et présente ses condoléances à la famille de la victime française.
Les réactions internationales
Elles ont été immédiates et unanimes dans leur condamnation.
Le président français Emmanuel Macron a confirmé la mort de Karine Buisset et appelé au respect du droit international humanitaire.
La commissaire européenne Hadja Lahbib a confirmé la piste du drone. Elle rappelle que les travailleurs humanitaires ne doivent jamais être pris pour cibles.
Le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot va plus loin. Il note que ce n'est pas un incident isolé. Il constate la multiplication de ce type d'attaques en violation du cessez-le-feu, menées par toutes les parties. Il condamne ces violences qu'il qualifie d'aveugles et appelle à la négociation.
Du côté de l'ONU, le chef par intérim de la MONUSCO Bruno Lemarquis réclame une enquête rapide, indépendante et crédible. Il rappelle que les attaques contre le personnel des Nations Unies pourraient constituer des crimes de guerre au regard du Statut de Rome.
Ce que révèle le rapport ACLED
Ces frappes de ce mercredi s'inscrivent dans une dynamique documentée. Selon l'organisation de suivi des conflits ACLED, le mois de février a enregistré le nombre mensuel le plus élevé de frappes aériennes et de drones jamais observé en RDC. L'armée congolaise utilise des drones chinois CH-4 et turcs TAI Anka, ainsi que des avions de chasse et des hélicoptères d'attaque. Elle bénéficierait aussi du soutien de sociétés militaires privées, dont Vectus, liée à l'Américain Erik Prince. De son côté, le M23 a mené plusieurs attaques de drones kamikazes contre la base aérienne de Kisangani, principale plateforme des opérations aériennes des FARDC.
Le processus de paix en danger
Ce drame survient dans un vide diplomatique préoccupant. Le processus de Washington n'a plus de réunions de suivi depuis près de quatre mois. Le processus de Doha piétine. Et pourtant, une équipe du mécanisme de vérification du cessez-le-feu est justement déployée à Goma en ce moment même. Dix pays occidentaux et l'Union européenne avaient déjà exprimé, dans une déclaration conjointe du 5 mars, leur profonde inquiétude face aux violations continues des cessez-le-feu, incluant l'utilisation de drones. Leur message était clair : il n'existe pas de solution militaire à ce conflit.
Sur le terrain
Des affrontements ont éclaté ce mercredi matin à Mikumbi, dans le territoire de Walikale, après une attaque des rebelles de l'AFC/M23 contre les positions des FARDC et des wazalendo. Ces combats ont provoqué la suspension du trafic sur l'axe Mungazi–Kashebere. En début d'après-midi, les affrontements se poursuivaient encore.
À Beni, l'aéroport de Mavivi a été partiellement ravagé par un incendie ce mercredi matin. La salle d'attente, les bureaux administratifs de la RVA et plusieurs autres bâtiments ont été consumés. Le feu aurait pris source dans la cuisine d'un restaurant. Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général Evariste Kakule Somo, a indiqué qu'il s'agit à priori d'un accident. Le trafic aérien n'a pas été interrompu. Rappelons que Beni est devenu le chef-lieu provisoire du Nord-Kivu depuis l'occupation de Goma par l'AFC/M23.
Droits humains
Human Rights Watch publie ce mercredi un rapport accusant le gouvernement congolais d'utiliser le Conseil national de Cyberdéfense pour procéder à des arrestations arbitraires d'opposants politiques et de personnes soupçonnées de soutenir l'AFC/M23. L'ONG dit avoir documenté 17 cas de personnes portées disparues depuis mars 2025. Parmi eux figurent Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, respectivement secrétaire permanent et vice-président du PPRD, l'ancien parti au pouvoir. Selon HRW, les arrestations ont lieu de nuit, sans mandat, avec les yeux bandés. Les détenus seraient d'abord interrogés au Stade des Martyrs ou à l'ONATRA avant d'être transférés dans des lieux non identifiés.
En bref
Le pont Balula, sur la route nationale 39 dans le territoire de Mutshatsha au Lualaba, est effondré depuis plus d'une semaine. Près de 100 véhicules sont immobilisés de part et d'autre. Fruits, légumes, carburant et marchandises ne peuvent plus atteindre Kolwezi. Les commerçants et transporteurs appellent à une intervention urgente des autorités.
Ils ont dit
« On ne peut pas parler de paix le jour et bombarder les civils la nuit. » - Corneille Nangaa, coordinateur politique de l'AFC/M23, lors d'une conférence de presse à Goma ce mercredi.
« Une humanitaire française de l'UNICEF a été tuée à Goma. À sa famille, à ses proches, à ses collègues, j'adresse le soutien et l'émotion de la Nation. » - Emmanuel Macron, président de la République française, sur X.
« Ce n'est malheureusement pas un incident isolé. Je condamne fermement ces violences aveugles, sans exception. » -Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, sur X.
À surveiller demain
L'ouverture de la session parlementaire est prévue le 15 mars. La question des drones et du cessez-le-feu devrait dominer les discussions diplomatiques dans les prochaines heures. À suivre aussi : les conclusions des enquêtes annoncées par Kinshasa sur les circonstances des explosions de Goma, et le rapport complet de l'AFC/M23 sur le bilan des frappes.
Ce soir, on retient
Une humanitaire française tuée à Goma. Un cessez-le-feu bafoué. Un processus de paix qui tourne à vide. Et pendant ce temps, un rapport de Human Rights Watch pointe des arrestations arbitraires à Kinshasa, un pont effondré coupe le Lualaba, et Beni, devenue capitale de fortune du Nord-Kivu, brûle à son tour. Ce mercredi, la RDC a montré plusieurs visages à la fois — et aucun n'est rassurant.