Le fait du jour
L'est de la RDC reste sous tensions. Les FARDC et les wazalendo ont repris ce lundi deux positions stratégiques au Nord-Kivu. D'abord Kazinga, dans le secteur d'Osso Banyungu, territoire de Masisi, après deux semaines d'occupation par les rebelles de l'AFC/M23. Des combats intenses ont mobilisé armes lourdes et légères toute la journée avant que la localité retrouve un calme relatif en fin de soirée. Cette reprise intervient quelques jours après le retrait des rebelles de Buabo et Ndete, deux localités proches. Ensuite Mukole, dans le groupement Kisimba, territoire de Walikale. Trois rebelles ont été tués, des blessés sont signalés dans les deux camps. Les rescapés des deux localités ont fui vers la brousse. Ce mardi matin, un calme précaire est observé, mais de nombreux habitants restent encore dans leurs lieux de refuge.
Sur le terrain
À peine rouvert, l'axe Kashebere–Kibati, dans le territoire de Walikale, a déjà enregistré son premier pillage de l'année. Lundi, un convoi de commerçants en provenance de Goma a été attaqué à Lukoma par des hommes armés. De l'argent, des téléphones et divers biens ont été emportés. Les assaillants ont pris la fuite, laissant les victimes dans la désolation. Malgré l'incident, les commerçants ont poursuivi leur route vers Walikale. La zone est sous contrôle de l'AFC/M23. En 2025, Lukoma avait déjà été le théâtre de plusieurs actes similaires.
À Rubaya, dans le territoire de Masisi, un nouveau glissement de terrain a frappé ce lundi la cité minière. Plusieurs maisons ont été emportées. Les habitants ont fui rapidement dès les premiers signes, ce qui aurait permis d'éviter des pertes humaines. Mais depuis février, au moins quatre glissements de terrain ont été enregistrés dans cette zone. Les trois précédents ont causé la mort de plusieurs centaines de personnes, dont des creuseurs artisanaux. L'AFC/M23, qui contrôle la zone, bloque l'accès à certains sites, rendant toute évaluation globale impossible.
Violences sexuelles : un bilan accablant, une campagne lancée
887 cas de violences sexuelles documentés en 2025, pour 1 534 victimes — dont une majorité de femmes et de filles. C'est le bilan dressé par le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'homme pour l'est de la RDC. Les groupes armés sont responsables de 75 % des cas. Le M23 arrive en tête avec 439 victimes. Mais 19 % des cas impliquent des acteurs étatiques : FARDC, police nationale, ANR.
Face à ce tableau, le ministère du Genre et le BCNUDH ont lancé ce lundi une campagne contre l'esclavage sexuel et pour la protection des enfants nés du viol dans les conflits armés. La ministre Micheline Ombae Kalama a rappelé que ces enfants vivent trop souvent dans l'ombre de la stigmatisation et du rejet, portant malgré eux le poids d'un crime dont ils sont les premières victimes. Le directeur du BCNUDH Patrice Vahard a lui mis en garde contre une lecture trop littérale des chiffres : derrière chaque victime documentée, des milliers d'autres se taisent encore.
Moins de 2 % des victimes bénéficient d'une prise en charge holistique incluant un accompagnement juridique, psychologique et social. 70 % accèdent seulement à des soins médicaux d'urgence.
Diplomatie : Suminwa à New York, la RDC s'installe face à l'ONU
La Première ministre Judith Suminwa est à New York pour la 70e session de la Commission de la condition de la femme, qui se tient jusqu'au 19 mars. Devant les délégations du monde entier, elle a dénoncé les violences faites aux femmes dans l'est du pays, qu'elle attribue directement à l'agression rwandaise. Elle a rappelé que la participation des femmes dans les sphères décisionnelles en RDC est passée de 21 % en 2021 à 32 % en 2024, et qu'un gouvernement est pour la première fois dirigé par une femme Première ministre.
En marge de ces assises, Suminwa a annoncé que la RDC ouvrira d'ici deux ans de nouveaux bureaux de représentation permanente face au siège de l'ONU à New York, dans un immeuble de dix étages. La mission congolaise fonctionne actuellement dans des locaux provisoires au 355, 47e rue.
Politique : Bahati Lukwebo recule, la pétition avance
Bahati Lukwebo tente de recadrer. Une semaine après ses propos jugés dévastateurs au sein de la majorité, le deuxième vice-président du Sénat s'explique dans un message écrit. Il affirme avoir été mal compris, et dit n'avoir jamais exprimé d'opposition à la modification de la Constitution. Il précise avoir simplement suggéré d'en débattre au sein de l'Union sacrée, et accuse certains d'avoir sorti ses propos de leur contexte.
La réponse ne convainc pas ses détracteurs. La pétition initiée par le sénateur Dany Kabongo pour le déchoir de son poste au bureau du Sénat a déjà recueilli plus de 37 signatures. L'initiateur a précisé ce lundi à Actualite.cd que la démarche évolue normalement et qu'un point de presse sera bientôt tenu. La session ordinaire s'ouvre le 15 mars. La pétition devrait être déposée dès ce jour.
Entre-temps, son propre groupe politique, l'AFDC-A, s'est désolidarisé de lui hier. Et pour l'opposant Claudel André Lubaya, la séquence révèle quelque chose de plus profond : sous Tshisekedi, dit-il, la loyauté exigée au sein de la majorité confine à la servilité. Toute voix dissonante y est rapidement assimilée à une faute politique.
SICOMINES : la société civile fixe ses conditions
L'annonce du lancement d'un audit technique et financier du projet SICOMINES continue de faire réagir. La coalition Le Congo n'est pas à vendre salue la démarche, mais pose des conditions fermes. L'audit doit couvrir 17 ans d'exécution du projet, de Kabila à Tshisekedi. Il doit être financé par le Trésor public, et non par le projet lui-même. Ses résultats doivent être rendus publics. Et s'il établit des faits de détournement, les responsables doivent répondre devant l'État et le peuple congolais. Le porte-parole Jean-Claude Mputu cite notamment le paiement de 22,5 millions de dollars de jetons de présence aux membres de la précédente commission de renégociation comme un point qui devra être examiné. Le directeur général de l'APCSC, lui, a précisé que ce processus ouvrira la voie à la signature d'un avenant 6 au contrat sino-congolais.
Ils témoignent
« Les statistiques trompent très souvent. Cela représente le courage de celles qui parlent au nom de milliers de personnes qui ne sont pas notées. Une personne suffit, parce que derrière cette personne il y a aussi le stigma et le regard de cette société. »- Patrice Vahard, directeur du BCNUDH, lors du lancement de la campagne contre l'esclavage sexuel à Kinshasa.
« Nulle part, il est sorti de ma bouche que je m'opposais à la modification de la Constitution. J'avais plutôt suggéré qu'on en débatte dans le cadre de l'Union sacrée de la Nation. » - Bahati Lukwebo, dans son message de clarification publié ce mardi.
À surveiller demain
La session ordinaire du Parlement s'ouvre le 15 mars. La pétition contre Bahati Lukwebo sera déposée dès ce jour. À suivre aussi : la situation humanitaire à Kazinga et Mukole, où des milliers de déplacés attendent de rentrer chez eux. Et les suites de l'annonce de l'audit SICOMINES, après la conférence de presse de l'APCSC.
Ce soir, on retient
Deux localités reprises à l'est, mais des civils toujours dans la brousse. Des femmes qui témoignent à l'ONU pendant que leurs bourreaux sévissent encore sur le terrain. Un sénateur de la majorité qui recule sous pression, dans un système où parler librement est devenu, selon ses propres alliés, un risque politique. Et un contrat minier vieux de 17 ans qui attend enfin d'être audité, à condition que les règles du jeu soient claires dès le départ.