Est de la RDC : Paul Kagame rejette les pressions sélectives et exige la même rigueur pour toutes les parties au conflit

Paul Kagame, Président du Rwanda

Alors que les États-Unis d’Amérique médiateur dans la crise entre Kinshasa et Kigali ne cessent d’accentuer les pressions diplomatiques sur le Rwanda pour son soutien à la rébellion de l’AFC/M23 et pour son implication dans la déstabilisation de l’Est de la République démocratique du Congo, le président rwandais Paul Kagame fustige une politique de deux poids, deux mesures de la part de ceux qu’il qualifie de détenteurs du pouvoir d’influer sur la résolution de la crise en cours dans la région des Grands Lacs.

Cette interpellation, au lendemain des sanctions américaines et des menaces de restrictions de visas visant des officiels rwandais, a été faite vendredi 6 mars 2026 lors d’un dîner avec les ambassadeurs, diplomates et représentants des organisations internationales accrédités à Kigali. Au cours de son intervention, Paul Kagame a d’entrée de jeu rappelé que le conflit dans l’Est de la RDC n’est ni nouveau ni difficile à comprendre. Selon lui, il se prolonge depuis des décennies en raison de la négligence et de la complaisance, notamment de la part de ceux qui ont le plus de pouvoir pour influer sur sa résolution.

Pour le commandant suprême des Forces de défense rwandaises, Paul Kagame, les préoccupations sécuritaires du Rwanda découlent de la présence continue des FDLR et de leur idéologie extrémiste violente, qu’il qualifie d’idéologie génocidaire. Malheureusement, a-t-il déclaré, cette idéologie semble bénéficier de soutiens dans la région et au-delà, sous toutes sortes de prétextes. Il a rappelé qu’à la fin des années 1990, des attaques transfrontalières menées par cette milice depuis le territoire de la RDC avaient fait des milliers de victimes au Rwanda.

"Le gouvernement congolais a apporté un soutien politique et financier aux FDLR et a intégré ce groupe dans ses structures militaires, d'où il opère désormais en toute impunité. Ils ont attaqué le Rwanda à plusieurs reprises. En conséquence, certains pays ont émis des avertissements aux voyageurs. Récemment, le fils de l'ancien dirigeant rwandais, responsable du génocide, et d'autres proches collaborateurs se sont rendus à Kinshasa pour renforcer leur alliance avec les FDLR, et ils y ont été accueillis plus ou moins ouvertement. Nous avons soulevé ces questions à maintes reprises dans toutes les instances pertinentes et directement auprès de nombre d'entre vous", a fait savoir le Chef de l'État Rwandais Paul Kagame dans sa communication. 

FDLR : considérées comme des forces résiduelles par Kinshasa, un avis que ne partage pas Kigali

Si pour Kinshasa, plus de 30 ans après le génocide rwandais, les FDLR, aujourd’hui considérées comme des forces résiduelles, ne peuvent plus être perçues comme une menace pour le Rwanda, Paul Kagame ne partage pas cet avis. Selon lui, elles constituent toujours une menace et ont propagé leur idéologie génocidaire à d’autres groupes armés.

"Mais systématiquement, les causes profondes et les facteurs structurels de ce conflit sont ignorés au profit de mesures et d'intérêts à court terme. Le Rwanda, de par son histoire et sa géographie, a besoin de frontières défensives. Nos mesures défensives visent cet objectif, et rien d'autre. Les FDLR sont loin d'être une force épuisée, comme je l'ai mentionné précédemment. En réalité, leur idéologie génocidaire s'est propagée à d'autres groupes armés, qui ciblent également les Congolais, les Tutsis et d'autres communautés", a fait remarquer Paul Kagame, President du Rwanda. 

Un seul camp porte le fardeau, sans égalité

Abordant la question liée à la mise en œuvre de l’Accord de Washington signé avec Kinshasa sous les auspices des États-Unis d’Amérique, Paul Kagame dénonce le fait qu’un seul camp subisse la pression, alors que l’autre partie se rend coupable de violations répétées du cessez-le-feu sans être interpellé.

"Par définition, un accord de paix signé devrait lier toutes les parties de manière égale et sa mise en œuvre devrait être conforme au texte. Or, tel n'est pas ce que nous avons constaté. Ce n'est pas le cas. Nous observons plutôt c'est qu'une partie est censée supporter seule la quasi-totalité du fardeau. Par exemple, les accords de Washington ont clairement instauré un cessez-le-feu, reconnu les préoccupations sécuritaires de chaque partie et défini une feuille de route pour l'action. Pourtant, alors même que les discussions progressaient, un renforcement militaire visible et durable a été constaté, suivi d'actions concrètes. Dans l'ouest et l'est de la RDC, des milliers de soldats burundais et de milices affiliées au gouvernement ont consolidé leurs positions offensives, imposé un blocus aux communautés civiles et lancé des frappes terrestres et aériennes incessantes au Sud-Kivu", a dénoncé Paul Kagame, President du Rwanda. 

Halte à la pression sélective et exiger la même rigueur de la part de toutes les parties

Pour le président rwandais Paul Kagame, l’intention du gouvernement congolais était de modifier l’équilibre des forces par la force, en dehors du cadre des négociations de paix en cours. Selon lui, c’est dans ce contexte que les événements d’Uvira se sont déroulés et qu’ils ont suscité des inquiétudes pendant plusieurs mois.
Pourtant, affirme-t-il, les suites de ces événements ont été présentées sous la forme d’un récit unilatéral, déconnecté de la réalité sur le terrain.

"Comme on pouvait s'y attendre, la responsabilité a été imputée exclusivement au Rwanda. Cette pression sélective n'a fait qu'encourager le gouvernement congolais et tous ses éléments génocidaires affiliés à reprendre les opérations militaires. Je ne vous demande pas d'approuver toutes les décisions prises par le Rwanda, mais nous vous demandons d'exiger la même rigueur de la part de toutes les parties" a plaidé Paul Kagame devant les ambassadeurs et diplomates.

Et de poursuivre :

"Dans la situation actuelle, le Rwanda est confronté à un choix impossible : soit tolérer la présence continue des FDLR et de leur réseau croissant de milices, et les laisser se rapprocher de notre frontière, soit se défendre et en subir les conséquences. Le choix est donc on ne peut plus clair. À notre place, un autre pays ferait-il un choix différent ? Et toute condamnation, soit dit en passant, est un honneur pour nos forces de sécurité".

Dans un contexte de tensions persistantes et de poursuite des hostilités sur le terrain, le département d’État américain a promis d’imposer des restrictions de visa à plusieurs hauts responsables rwandais accusés d’avoir alimenté l’instabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon Washington, en continuant de soutenir le M23 et en violant les accords de Washington, ces personnalités attisent la violence et compromettent la stabilité de l’ensemble de la région des Grands Lacs.
Selon un communiqué du département d’État, les États-Unis attendent de toutes les parties aux accords de Washington qu’elles respectent pleinement leurs engagements, notamment la neutralisation immédiate par la RDC du groupe armé FDLR et de ses groupes associés, ainsi que le retrait par le Rwanda de ses troupes et de son matériel militaire du territoire congolais. Bien plutôt, les États-Unis via l’Office of Foreign Assets Control (« OFAC ») du département du Trésor américain avaient déjà imposé des sanctions aux Forces de défense rwandaises (FDR) ainsi qu’à quatre de leurs officiers supérieurs pour leur soutien opérationnel direct au Mouvement du 23 mars (M23) et à ses affiliés dans l’est de la RDC.

Clément MUAMBA