La réouverture d’un poste frontalier clé à l’est du pays, des combats persistants au Nord-Kivu, une série d’ordonnances dans les secteurs stratégiques, des tensions universitaires et un renforcement massif de la magistrature : l’actualité du lundi 23 février reflète un pays traversé par des dynamiques contrastées.
À Uvira, la frontière rouvre sans cérémonie
Le poste frontalier entre Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, et Gatumba, au Burundi, a officiellement rouvert ce lundi 23 février, après plus de deux mois de fermeture consécutive à la prise d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23. Le Burundi avait fermé sa frontière le 10 décembre dernier.
Aucune cérémonie officielle n’a marqué cette reprise. Les deux parties se sont accordées pour laisser libre passage aux usagers, dans le respect des formalités migratoires. Le chef des services migratoires de Kavimvira, côté congolais, a rappelé, à l’issue d’un entretien avec le Commissaire général des migrations du Burundi, Maurice Mbonimpa, que « les formalités migratoires d’usage sont obligatoires comme d’ordinaire », la frontière étant ouverte tous les jours de 8 heures à 17 heures.
Sur place, la satisfaction domine. Des commerçants congolais, dont l’activité dépend des échanges avec Bujumbura, saluent une décision qui met fin à une période d’isolement économique. « La frontière est ouverte, nous remercions nos autorités et celles du Burundi d’avoir écouté notre cri d’alarme », témoigne une commerçante d’Uvira. Du côté burundais, la réouverture est décrite comme « un ouf de soulagement ».
Cette décision avait été annoncée la veille par le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki.
Au Nord-Kivu, un calme précaire après de violents affrontements
Dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, de violents combats ont opposé, dimanche 22 février, les rebelles de l’AFC/M23 aux combattants wazalendo dans les agglomérations de Kasenyi, Chugi et Kinigi, situées dans la chefferie des Bahunde, à proximité de la cité minière de Rubaya.
Selon plusieurs sources locales, les wazalendo auraient repris le contrôle de ces entités, considérées comme stratégiques en raison de leur proximité avec Rubaya, zone à fort enjeu sécuritaire et économique. Des sources évoquent la capture de plusieurs éléments rebelles et la récupération d’armes et de munitions, sans qu’aucun bilan chiffré ne soit avancé.
L’AFC/M23 a dénoncé, dans des communiqués distincts, une violation du cessez-le-feu par la coalition gouvernementale et fait état de frappes par drones. Ce lundi 23 février, un calme précaire est observé, dans un contexte que les habitants jugent toujours volatile.
Plus au nord, dans le territoire de Walikale, les rebelles ont renforcé leurs positions dans les villages de Mpety et Mindjendje, localité de Banakindi. Des colonnes d’hommes lourdement armés auraient été signalées en provenance de l’axe Kitshanga–Kalembe. Les autorités coutumières dénoncent une violation du cessez-le-feu et appellent à la vigilance.
Ordonnances présidentielles : recomposition dans les secteurs clés
Sur le plan institutionnel, une série d’ordonnances présidentielles a été lue ce lundi à la RTNC, annonçant permutations, confirmations et nouvelles nominations au sein d’entreprises publiques stratégiques.
À la Régie des voies aériennes (RVA), Tryphon Kinkey Mulumba est reconduit à la présidence du conseil d’administration. Louis Blaise Londole, jusque-là directeur général a.i., est confirmé au poste de directeur général, en remplacement de Ngoma Mbaki Leonard, suspendu après une coupure d’électricité à l’aéroport international de N’Djili ayant retardé l’atterrissage de l’avion présidentiel.
Dans le secteur minier, Guy Robert Lukama est nommé directeur général de la Société aurifère de Kilo-Moto (SAKIMA). À la Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO), François Kakese prend la présidence du conseil d’administration. À l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE), Jean-Marie Beya est nommé président du conseil d’administration et Soraya Aziz directrice générale.
La Générale des carrières et des mines (GECAMINES SA) connaît également un réaménagement. Baraka Kabemba est nommé directeur général, en remplacement de Placide Nkala Basadila, tandis que Me Ngele Masudi Deogratias devient président du conseil d’administration. Ces nominations interviennent dans le contexte de la mise en œuvre du partenariat stratégique signé à Washington entre la RDC et les États-Unis, portant notamment sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et la réhabilitation du corridor Sakania–Lobito.
À Kisangani, des médecins sans diplôme
À l’Université de Kisangani (UNIKIS), au moins 160 médecins de la 36ᵉ promotion dénoncent la lenteur dans la délivrance de leurs diplômes, six mois après la fin de leur cursus. Sans ce document, ils ne peuvent ni prêter serment ni obtenir un numéro d’ordre auprès du Conseil de l’Ordre des médecins.
Les intéressés qualifient la situation d’« injuste et préjudiciable ». Une vingtaine d’entre eux s’est rendue ce lundi au bureau du secrétaire général académique. Deux ont été reçus par le recteur intérimaire, mais la rencontre s’est soldée par un incident, les jeunes praticiens affirmant avoir été contraints de quitter les lieux « de manière humiliante ».
Le recteur a.i., le professeur Pionus Katuale, indique que 1 500 diplômes ont déjà été reçus et doivent être gravés avant envoi à Kinshasa pour signature au ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, sans pouvoir préciser de calendrier.
2 500 nouveaux magistrats pour « la force de la loi »
À Kinshasa, la deuxième vague de 2 500 magistrats, nommés par ordonnance présidentielle en mars 2025, a achevé une formation initiale de trois mois, clôturée le 21 février. Cette cohorte, ajoutée à une première vague équivalente, porte à 5 000 le nombre de magistrats recrutés depuis 2022.
Dieudonné Kamuleta Badibanga, président du Conseil supérieur de la magistrature et de la Cour constitutionnelle, a appelé les nouveaux magistrats à « résister aux pressions » et à refuser « les facilités contraires à l’éthique ». Le ministre d’État, ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a souligné que cette promotion répond à une exigence : rétablir la capacité de la justice à remplir sa mission constitutionnelle.
La formation, dispensée par 86 formateurs en 31 modules sur les sites de Kinshasa et Lubumbashi, vise à consolider l’État de droit dans un pays de plus de 100 millions d’habitants où le nombre de magistrats était estimé à environ 3 000 avant ces recrutements.
Tony Yoka officialise son engagement avec la RDC
Sur le front sportif, le champion olympique 2016 des super-lourds, Tony Yoka, a officialisé son engagement avec la République démocratique du Congo en obtenant une licence professionnelle délivrée par la Fédération congolaise de boxe.
Reçu le 19 février par le président Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, il a présenté sa médaille olympique et détaillé ses projets : porter le drapeau congolais sur le ring, former une nouvelle génération de boxeurs et organiser un combat en RDC face à Martin Bakole. Le stade des Martyrs de Kinshasa est évoqué, sans date fixée.
Le 23 février, il a réaffirmé son engagement sur les réseaux sociaux, se disant « fier de pouvoir faire rayonner la République démocratique du Congo aux yeux du monde ».