12 juin 2022 - 12 juin 2026, quatre ans se sont écoulés depuis le début de la crise sécuritaire liée au conflit Teke-Yaka, qui a, par la suite, dégénéré en une milice armée appelée « Mobondo ». Ce nom fait référence à des pratiques fétichistes censées neutraliser tout effet des armes en cas d'affrontements, selon le récit dûment documenté depuis le début du conflit.
Quatre ans après, l'histoire ne se résume pas uniquement à des milliers de morts, à des maisons détruites et incendiées ainsi qu'à de nombreux déplacés, mais aussi à une lueur d'espoir pour le retour de la paix.
Le déclic a été donné au mois de janvier 2026, lorsqu'une nouvelle mission de pacification a été déployée par le Gouvernement central. Elle est conduite par le ministre délégué à la Défense, en charge des anciens combattants. Objectif : sensibiliser les miliciens en vue de la reddition, de la démobilisation, du désarmement et de la réinsertion.
Dans les territoires de Kwamouth (Maï-Ndombe), Bagata (Kwilu), Popokabaka et Kenge (Kwango), ainsi que dans la commune de Maluku (Kinshasa), Eliezer Ntambwe a reçu des armes, des munitions et des miliciens rendus. Ils sont estimés à plus de 600 à avoir déposé les armes au profit du processus de paix.
Le ministre évalue la mission comme un grand succès. Selon Eliezer Ntambwe, le gros du travail a été réalisé à hauteur de 90 %. Le ministre reconnaît toutefois la nécessité de poursuivre la mission dans certaines zones identifiées comme des poches d'insécurité.
« Le bilan est très positif depuis que nous avons commencé le travail. Plusieurs villages ont été pacifiés. Au moment où nous parlons, la circulation et la vie reviennent petit à petit. En termes de pourcentage, nous pouvons dire que nous sommes à 90 % parce qu'il y a quelques poches qui restent certainement à pacifier. C'est un conflit qui date de plus de 4 ans. On ne pouvait pas y aller de manière automatique. Ce qui reste à faire, c'est de convaincre quelques leaders qui sont encore restés, entre autres vers Engweme, mais également d'organiser le retour de la population », a déclaré Eliezer Ntambwe, ministre délégué à la Défense, en charge des anciens combattants.
L'élan de pacification est également jugé positif par les acteurs politiques et coutumiers de la région du Grand Bandundu. Ceux-ci parlent, à cet effet, d'une réussite partielle. C'est le cas du député national Garry Sakata qui exige la poursuite de la mission pour déloger la milice, notamment dans le secteur de Wamba où des villages sont occupés depuis des années.
« Le phénomène Mobondo n'appartient pas au passé. Il y a toujours des poches importantes d'insécurité, notamment dans la province du Kwilu, spécialement dans le territoire de Bagata, au secteur de Wamba, où plusieurs villages sont toujours désertés. Même à Kwamouth, si je prends l'exemple du village Mbusie, depuis trois ans, il n'y a plus aucun habitant. Tous les villageois sont à Fambondo. Il y a plusieurs cas comme ça. L'insécurité n'est pas encore totalement terminée », a indiqué Garry Sakata.
Les résultats partiels, on en parle aussi à Kwamouth. Chef du village Kimomo, Stany Libie estime que la mission de pacification ne s'est concentrée que sur la RN17, où la circulation a repris depuis le passage du ministre. Il évoque une persistance de l'insécurité dans les villages environnants.
« Le long de la RN17, il y a la paix. La circulation est libre. Mais à l'intérieur, même en allant vers la cité de Kwamouth, pratiquement les assaillants sont là. Le travail est vraiment partiel. Quand vous êtes à Engweme, c'est toujours entre les mains des miliciens. Mbomo, Liduma, Kimomo chez moi, Mbusie, Falio, c'est toujours entre les mains des miliciens », a déclaré le chef coutumier Stany Libie.
En 2023, une première mission de pacification de la région, conduite par le chef coutumier Fabrice Zombi Kavabioko, a accouché d'une souris. Les engagements signés par les miliciens et les chefs traditionnels en avril et en septembre 2024, en présence du Président de la République et du ministre de l'Intérieur, n'ont eu d'effets que sur le papier.
Jonathan Mesa