Dans un contexte marqué par des critiques récurrentes liées au fonctionnement de la justice congolaise, affectée par plusieurs maux qui gangrènent ce secteur stratégique du pays, l’appareil judiciaire congolais se renforce une fois de plus avec un nouveau lot important de 2 500 magistrats, qui viennent de boucler la formation initiale de la deuxième vague des magistrats nommés par ordonnance présidentielle le 28 mars de l’année dernière.
À l’issue de cette formation intensive de trois mois ( Novembre 2025- février 2026), axée sur le renforcement de l’éthique, de la compétence et de la déontologie des magistrats civils et militaires avant leur déploiement, et clôturée samedi 21 février 2026, Dieudonné Kamuleta Badibanga, président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), a affirmé qu’il s’agit d’une étape décisive consacrant l’aboutissement d’un parcours exigeant, rigoureux et porteur d’espérance pour le système judiciaire congolais.
Devant le Bureau et les membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ainsi que d’autres personnalités du secteur judiciaire et d'ailleurs réunies à la Salle des congrès du Palais du Peuple à Kinshasa, Dieudonné Kamuleta Badibanga, également président de la Cour constitutionnelle, a estimé que la cérémonie du jour ne constitue pas seulement la fin d’une formation, mais marque surtout le début d’une mission : dire le droit, donner raison à celui qui a raison et tort à celui qui a tort, quoi qu’il en soit et quoi qu’il en coûte.
"Résistez aux pressions de tous ordres. Refusez les facilités contraires à l’éthique et demeurez inébranlables face à la tentation de la corruption. Car la véritable grandeur du magistrat ne se mesure ni à son rang ni à son pouvoir, mais à sa droiture, à sa conscience et à son sens de la justice. Le Conseil supérieur de la magistrature, pour sa part, continuera d’assumer pleinement sa mission de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire, la discipline et la protection du magistrat dans l’exercice de ses fonctions. Nous resterons à vos côtés pour veiller à ce que votre carrière s’inscrive dans les principes de compétence, de mérite et d’intégrité. Nous vous offrons notre totale protection, si et seulement si vous êtes dans la droiture", a rassuré dans son discours Dieudonné Kamuleta Badibanga, president du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Pour ce haut magistrat de la République, le pays a besoin de cette nouvelle génération ; il a besoin d’eux pour faire régner, non pas la loi de la force, mais la force de la loi. Selon Dieudonné Kamuleta, ils incarnent ainsi une nouvelle génération pour la magistrature en République démocratique du Congo.
"Chers nouveaux magistrats, ce qui vous est demandé, c’est de servir la République, par la République et pour la République. Car aujourd’hui, c’est la République qui vous a recrutés, c’est elle qui vous a formés, c’est encore elle qui vous rémunère, et c’est toujours elle qui vous donne les moyens d’agir avec autorité. C’est donc elle qui doit être protégée et honorée. Qu’est-ce que la République ? C’est la res publica, la chose commune, notre patrimoine à tous. C’est notre pays, c’est notre nation", a-t-il interpellé dans son discours.
M. Dieudonné Kamuleta estime que le port de la toge, une fois en fonction, n’est pas un privilège mais une responsabilité pour eux, d’où l’importance de rester loyaux à la Constitution du pays et fidèles à leurs serments.
"Nous avons le devoir de veiller à ce que les lois de la République servent à la préservation de cette chose commune. Souvenez-vous toujours que la toge ou la tenue que vous porterez dans l’exercice de votre noble fonction n’est pas un privilège, mais une responsabilité. Elle symbolise votre engagement envers la nation, votre loyauté envers la Constitution et votre fidélité à votre serment. Elle vous rappelle que vous êtes avant tout des serviteurs de l’État, des esclaves de la loi et des gardiens des libertés fondamentales", a souligné Dieudonné Kamuleta Badibanga.
Par ailleurs, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a fait savoir qu’à travers ce nouveau recrutement, c’est l’institution judiciaire elle-même qui se renouvelle, se renforce et se projette dans l’avenir. Selon lui, cette promotion est le fruit d’une volonté politique claire des dirigeants du pays, et ce malgré un contexte budgétaire contraint.
Le Garde des Sceaux congolais a indiqué que cette formation répond à une exigence impérieuse : rétablir la capacité de la justice à remplir pleinement sa mission constitutionnelle. Car il ne peut exister d’État de droit effectif sans une magistrature numériquement suffisante, techniquement compétente et moralement irréprochable.
"Chers nouveaux magistrats, la formation que vous venez d’achever n’avait pas pour seule finalité de vous transmettre des connaissances juridiques. Elle visait avant tout à vous préparer à l’exercice d’une fonction constitutionnelle d’une gravité particulière : dire le droit au nom du peuple, au nom du peuple congolais. Vous accédez aujourd’hui à une fonction qui confère des prérogatives considérables, mais qui impose en contrepartie des obligations strictes. La magistrature n’est ni un métier ordinaire ni un simple emploi public. Elle est un office régi par la loi, encadré par la déontologie et fondé sur la responsabilité" a martelé le ministre Guillaume Ngefa.
Cette formation initiale de la deuxième cohorte de 2 500 nouveaux magistrats (nommés en mars 2025) a été lancée en novembre 2025 à Kinshasa et à Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga, avec pour objectif de consolider l’État de droit, redresser l’appareil judiciaire et lutter contre l’impunité.
Cette cohorte, ajoutée à la première de 2 500 magistrats, permet d’atteindre le chiffre de 5 000 magistrats dits de "l’État de droit", recrutés depuis 2022. Cette initiative s’inscrit dans la volonté de moderniser et de moraliser la justice congolaise. La formation des 2 500 nouveaux magistrats a été dispensée par 86 formateurs, répartis en 31 modules, sur deux sites, à savoir Kinshasa et Lubumbashi (Haut-Katanga).
Cette démarche du gouvernement de la République vise à fluidifier le traitement des affaires et à améliorer l’accès à la justice pour une population de plus de 100 millions d’habitants, dans un pays où le nombre de magistrats était jusque-là dramatiquement insuffisant, estimé à environ 3 000 avant ces recrutements.
Clément MUAMBA