Après plusieurs tentatives restées sans succès ou avortées, se dirige-t-on désormais vers la constitution du fichier général de la population en République démocratique du Congo ? La question mérite d’être posée, d’autant plus que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a procédé, jeudi 19 février, à la remise officielle du fichier électoral des électeurs enrôlés au cours de l’année 2022 à l’Office national de l’identification de la population (ONIP). La cérémonie s’est tenue dans les installations du ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, à Kinshasa.
Cette activité marque une étape importante dans le processus de constitution du fichier général de la population et s’inscrit dans la dynamique voulue par le gouvernement de la République, visant la mutualisation des données entre les deux institutions publiques. Le fichier électoral, constitué lors des dernières opérations d’enrôlement, servira de base technique pour appuyer l’identification systématique des citoyens congolais.
À cette occasion, le président de l’institution chargée de l’organisation des élections en République démocratique du Congo, Denis Kadima Kazadi, a rappelé l’urgence et la nécessité d’une mise à jour régulière et rigoureuse de ce fichier. Il a justifié cette recommandation par les évolutions significatives intervenues au sein de la population, près de quatre ans après sa constitution et son utilisation lors des élections générales de décembre 2023.
" Le fichier électoral, constitué en 2022, appelle impérativement une actualisation, car depuis son établissement, des évolutions significatives sont intervenues au sein de la population. Il est donc indispensable d’en retirer les personnes décédées, de prendre en compte les changements de résidence et d’y intégrer les citoyens devenus majeurs après l’opération d’enrôlement. Cela signifie une chose simple, mais fondamentale : ce fichier nécessite une mise à jour régulière et rigoureuse. Le fichier électoral n’est donc pas une fin en soi. Il constitue une base, un socle précieux, mais perfectible, appelé à être enrichi, corrigé et complété ", a fait savoir le président de la Centrale électorale.
Pour le président de la centrale électorale, le fichier général de la population doit couvrir l’ensemble des personnes résidant sur le territoire de la RDC, qu’elles soient civiles ou militaires, qu’elles possèdent la nationalité congolaise ou qu’elles soient étrangères. Selon Dénis Kadima, aucun groupe ni aucune catégorie ne doit être exclu de ce processus d’envergure nationale.
" De plus, cette démarche doit impérativement intégrer tous les Congolais établis à l’étranger, car la citoyenneté ne s’arrête pas aux frontières. Un tel chantier implique un travail de terrain profond, méthodique et inclusif, mais aussi une approche de mutualisation intelligente des efforts et des ressources. Ce que nous posons aujourd’hui, ce n’est pas un simple acte administratif. C’est une pierre essentielle dans la construction d’un État moderne, organisé et souverain. La CENI assume pleinement son rôle, avec responsabilité, transparence et esprit de collaboration ", a souligné Dénis Kadima Kazadi.
Pour sa part, le directeur général de l’ONIP, Richard Ilunga, a salué cette avancée, estimant que la remise officielle du fichier électoral constitue un tournant décisif dans l’histoire administrative du pays. L’accès à ces données contribuera à accélérer la mise en place d’un registre national d’identification de la population. Il a également remercié le président Denis Kadima pour son sens de l’État et pour la qualité du travail accompli par son équipe dans la mise en place des bases du fichier général de la population.
Prenant la parole à son tour, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a salué cette démarche et encouragé la poursuite de la collaboration entre les différentes institutions impliquées.
La cérémonie s’est déroulée en présence des responsables et agents des structures du ministère de l’Intérieur, des cadres de l’ONIP ainsi que des membres de la CENI. Cette remise officielle relance concrètement la mutualisation entre la CENI et l’ONIP, considérée comme un levier essentiel pour la modernisation de l’état civil et la planification des politiques publiques en République démocratique du Congo.
Lors de son dernier discours sur l’état de la Nation devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, Félix Tshisekedi avait annoncé la relance du processus de délivrance de la carte d’identité nationale en RDC. Selon lui, lONIP se prépare, avec un budget stabilisé à partir de 2026, à lancer les opérations de collecte des données, en s’appuyant sur les acquis de la CENI.
En sa qualité de garant de la Nation et du bon fonctionnement des institutions de la République démocratique du Congo, le Président Félix Tshisekedi a précisé que les kits et les données d’enrôlement seront transférés à l’ONIP afin que les électeurs déjà enregistrés, dont les données biométriques sont disponibles, soient les premiers bénéficiaires d’une carte d’identité nationale sécurisée.
Promise depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême, la carte d’identité nationale tarde toujours à être délivrée malgré plusieurs tentatives. Cette promesse du Chef de l’État avait suscité un grand espoir au sein de la population, privée de ce document depuis 1984, tout comme du permis de conduire depuis plusieurs années.
Lors de la précédente tentative, la société Idemia avait obtenu le marché pour la fourniture des kits de délivrance des cartes d’identité. Ce contrat, d’un montant de 1,2 milliard de dollars, avait été conclu avec les entreprises Afritech et Idemia. Il avait toutefois été annulé après que l’Inspection générale des finances (IGF) a jugé le marché surfacturé. Des enquêtes menées par ACTUALITÉ.CD, en partenariat avec Lighthouse Reports et Bloomberg, avaient confirmé ces soupçons.
Clément MUAMBA